Société

Le 10ème homme le plus riche de France dans la tourmente ?

Au Cameroun comme en France, Bolloré mis en cause dans divers scandales

Publié le 11 novembre 2016

Vincent Bolloré n’aime pas trop que l’on parle précisément de ses activités africaines. Evoquer les grands investissements qu’il y fait, ou encore ses bonnes relations avec les gouvernements de l’ex-empire colonial français, cela va encore. Mais quand France 2 tente d’exposer ce qui se passe dans les entreprises où il est actionnaire en Afrique, les choses sont moins reluisantes : de l’embauche de personnes qui pourraient être mineures dans des sociétés de production d’huile de palme, au déraillement qui a couté la vie à 79 Camerounais, gare à ceux qui voudraient mettre en lumière les activités du 10ème homme le plus riche de France.

George Waters

Le groupe Bolloré a beaucoup (trop ?) fait parler de lui ces derniers temps, et jamais en bien. Entre la grève à I>télé et sa gestion du groupe Canal +, l’accident ferroviaire de la compagnie Camrail qui a couté la vie à 79 personnes le 21 octobre et les attaques en diffamation, en France et au Cameroun, contre un reportage de France 2 paru en avril « Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien ? » qui mettait en lumière les activités de Socapalm, une des sociétés dont le milliardaire détient des actifs, la 10ème fortune de France montre actuellement son vrai visage.

La grève à I>Télé, qui entamera sa cinquième semaine de grève ce lundi, montre, au plus proche de nous, quelles sont les pratiques de Bolloré : le « management par la terreur » que dénonce un syndicaliste, des journalistes qui se battent pour « leur indépendance ». Mais les salariés d’Itélé, qu’il faut évidemment soutenir, ont une chance que n’ont pas celles et ceux qui font 80% des bénéfices de l’homme d’affaire, c’est à dire tous les travailleurs du continent africain disséminés dans les multiples filiales du milliardaire français.

Une nouvelle plainte contre un reportage de France 2 sur l’homme d’affaire, cette fois ci au Cameroun

Un reportage, diffusé en avril sur France 2, et rediffusé en juillet, tentait d’exposer les réalités de l’exploitation dans le secteur de l’huile de palme au Cameroun, notamment dans la Société Camerounaise de Palmeraies, Socapalm. Les journalistes de France 2 y avaient notamment filmé des employés affirmant avoir 14 et 16 ans. Cela avait particulièrement agacé celui qui détient 39% de Socfin, la holding qui détient elle même 20% de Socapalm. Face à cela une procédure est lancée contre France 2, et Bolloré réclame 50 millions d’euros de dommages et intérêts dès juillet. Loin de poursuivre l’auteur du reportage, Nicolas Poincaré, devant le tribunal de grande instance de Paris, qui s’occupe d’habitude de ce genre de cas, le milliardaire a choisi le tribunal de commerce pour attaquer France 2. Un avocat au barreau de Paris expliquait en effet à Arrêt sur Images que « les avocats du groupe ont peut-être voulu éviter les juridictions parisiennes qui traitent les cas de diffamation, qui sont assez sensibles à la question de la liberté d’expression, et pour qui la question la qualité de l’enquête va entrer en compte. Ce n’est pas le cas du tribunal de commerce, qui sera peut-être plus sensible aux arguments d’un groupe comme Bolloré ». Pour couronner le tout, une plainte a été lancée par Socapalm à l’encontre de France 2, au Cameroun cette fois ci, elle aussi pour diffamation, histoire d’enfoncer le clou contre la liberté d’information dans un pays classé 126ème pour la liberté de la presse par Reporter Sans Frontière, et où la diffamation est passible de prison ferme.

Chez Camrail, un déraillement coûte la vie à 80 personnes au Cameroun

Vendredi 21 octobre, l’image médiatique des activités africaines de Vincent Bolloré en ont pris un sacré coup. Depuis la privatisation des chemins de fer camerounais en 1999, le groupe Bolloré gère le secteur ferroviaire via la compagnie Camrail dont l’actionnaire majoritaire (à 77%) est la Bolloré Africa Railways. Il est, depuis cette date, régulièrement épinglé pour ses manquements en termes de maintenance et d’entretien des infrastructures. Un train de voyageurs en provenance de Yaoundé et en direction de Douala a déraillé vendredi en gare d’Eseka. Le bilan est lourd : au moins 79 personnes seraient mortes dans l’accident et on dénombre plus de 500 blessés.

Alors qu’un pont routier très fréquenté s’était écroulé, beaucoup de voyageurs s’étaient orientés vers le train pour aller de Douala (capitale économique) à Yaoundé (capitale politique), les deux métropoles du pays. Camrail a décidé de doubler le nombre de wagons, faisant passer le convoi de neuf à dix-sept rames au mépris des règles de sécurité. Le président de Bolloré Africa Railways a d’ores et déjà mis en cause la trop grande vitesse du train. Une enquête interne a été diligentée par Bolloré Africa Railways. Les premiers éléments, soulignent que le train roulait trop vite, confirmant les témoignages des rescapés. Le président de Bolloré Africa Railways, Eric Melet, a précisé que beaucoup de facteurs pouvaient avoir joué un rôle dans le déraillement, mais que la vitesse était « anormalement élevée ». Beaucoup de rescapés affirment que ces voitures étaient surchargées et que de très nombreux passagers voyageaient debout. Il semble ainsi que, bien que selon l’enquête le train roulait à une vitesse « anormalement élevée », on peut émettre l’hypothèse selon laquelle les conditions de voyage ont pu aggraver le bilan de l’accident.

Après les morts, les plaintes des familles contre le géant des transports africains

Ce lundi 7 novembre, 28 victimes ont porté plainte, pour que soit établie véritablement la chaine de responsabilité. La plainte, déposée à Eseka, pourrait être doublée d’un dossier à Paris, où se trouve la direction de l’entreprise, à savoir Vincent Bolloré. La plainte, qui vise le Français et Camrail, est dirigée pour « défaillances, négligences et omission de porter secours ». Parallèlement, une enveloppe de prise en charge des obsèques de 1,5 millions de francs CFA a été débloquée pour les familles, soit 2300€ par victime, une goutte d’eau pour un milliardaire qui, en 2016, était riche de 7 milliards d’euros.