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Au Grand Débat, Poutou et Arthaud remettent au goût du jour les antagonismes de classe

Le grand débat de ce mardi, une première avec l'ensemble des candidats, aura permis aux deux candidats trotskystes, notamment Poutou, de crever l'écran... et de remettre au gout du jour les antagonismes de classe.

Moqueries, mépris, menaces...

Quatre heures de débat, l’ensemble des candidats à l’élection présents - ce qui constitue une première dans l’Histoire - et deux ovnis au milieu des costumes cravates. Nathalie Arthaud et Philippe Poutou ont portés et fort les couleurs de l’extrême gauche et les intérêts des travailleurs, malgré un mépris de classe affiché.
Par les journalistes d’abord, qui non contents de favoriser les cinq candidats en tête pour l’Elysée dans le temps de parole, ont affiché une hargne particulière à couper les interventions des deux candidats trotskystes de la présidentielle. Bien mal leur en a pris, par ailleurs. Mais force est de constater que l’obtention des parrainages, épreuve oh combien anti-démocratique, n’est pas le seul pare-feu pour offrir une tribune au camp des travailleurs. Cette tendance s’est même accentuée au sortir du débat, où les chiens de garde ont montré les crocs et accusé le candidat du NPA d’avoir faire preuve "d’irrespect" envers les maîtres. Un comble !

Par l’ensemble des candidats des classes dominantes ensuite. Gros plan sur des visages tantôt ouvertement moqueurs, tantôt scandalisés lorsque Nathalie Arthaud et, surtout, Philippe Poutou ont déballé ce que des millions de travailleurs rêvaient de balancer à Fillon, Macron et autre Le Pen. Pour faire face à la situation, le candidat d’En Marche aura joué le garde-fou des candidats du système, oubliant un temps son propre combat pour défendre les intérêts communs de son camp social, tandis que François Fillon, avec une haine de classe non dissimulée, a menacé Poutou d’un procès pour avoir osé mentionner l’affaire de corruption dans laquelle l’ex premier ministre est trempé jusqu’au cou. Au travers de ces réactions et autres méthodes plus nauséabondes les unes que les autres, ce sont bel et bien tout autant de crachats faits à la figure des travailleurs. Une démonstration, en prime-time, que médias et candidats des classes possédantes méprisent profondément la classe ouvrière, et sont prêts à toutes les ignominies pour la faire taire et lui imposer les pires réformes néo-libérales.

... punchlines et programme de classe !

Face à l’adversité, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou ont tous deux, à leur manière, tenu la dragée haute ! Difficile, en une minute trente, de pouvoir détailler les contours spécifiques d’un programme qui ne se veut pas électoraliste, mais au contraire de combat, pour armer le camp des travailleurs pour les batailles à venir. Pêle-mêle, ouverture des frontières, partage du temps de travail, interdictions des licenciements, désarmement de la police, anti-colonialisme avec le mouvement en cours en Guyane et même posture ouvertement pro-ouvrière, lorsque les deux candidats ont explicitement affirmé vouloir rassembler le camp des travailleurs. La question des violences policières et des surenchères sécuritaires n’auraient pas été abordées sans les interventions des deux candidats trotskystes. Le contraste a été saisissant entre le déballage d’un ensemble de mesures qui ne se caractérisent que par des variantes de gauche/centre/droite pour mener les réformes voulues par le grand patronat et les positions ouvertement tournées vers la lutte des classes d’Arthaud et de Poutou.

Au rayon des punchlines, Philippe Poutou sort grand vainqueur par KO. Peut-être parce que sa répartie corrosive était en adéquation avec la réalité vécue par des millions de travailleurs ? En effet, la phrase mémorable du candidat du NPA sur l’immunité ouvrière transpire la remise en cause d’une justice aux ordres des dominants, qui amnistie des Lagarde et condamne des milliers de militants contestataires, notamment lors de la loi travail. Face à cela, la réplique offusquée d’un Benoît Hamon sur le temps de parole – il est vrai avantageux, de Marine Le Pen –, fait par exemple pâle figure.

Batailler jusque dans les élections. Heureusement, Arthaud et Poutou en sont !

Aux questions "Pourquoi des Révolutionnaires aux élections ? N’est-ce pas une participation qui "légitime" le processus démocratique bourgeois ?", le débat de ce mardi aura apporté une réponse nette. Sans Arthaud et Poutou, aucune place n’aurait été faite au monde du travail, si ce n’est pour ne promettre qu’un avenir sombre à grand coup de réformes ultra-libérales. De plus, l’annulation du débat du 20 avril prochain, quelques heures à peine après l’avalanche de réactions favorables au candidat du NPA, marque une certaine fébrilité à l’idée de rouvrir la tribune au sniper Poutou, prêt à dégainer contre les candidats du système, et bénéficiant d’une crédibilité renforcée après ce Grand Débat.

Fondamentalement, cette passe d’arme télévisuelle démontre que oui, les révolutionnaires peuvent, et même doivent, s’immiscer dans les brèches du système pour démasquer les classes dominantes devant des millions de personnes. Les performances d’Arthaud et de Poutou démontrent que les idées révolutionnaires et anticapitalistes sont tout à fait aptes à répondre aux programmes bourgeois sur leur propre terrain et, surtout, à faire éclater l’antagonisme irréconciliable de classe entre les exploiteurs et les travailleurs. A ce titre, la réussite de ce mardi est prometteuse pour la suite de la campagne. Et un score important de l’extrême gauche aux élections est un réel objectif, pour que les travailleurs se saisissent d’un programme de combat à même de résister et de contre-attaquer face aux attaques patronales qui se profilent.




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