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Monde

Culture du viol

Au Maroc, des manifestations après une agression sexuelle dans un bus

Deux jours après la diffusion sur Internet d’une vidéo montrant l’agression sexuelle d’une jeune femme par un groupe d’adolescents dans un bus de Casablanca, des sit-in ont été organisés par des militantes féministes pour dénoncer les violences faites aux femmes. (Crédit photo : STRINGER/AFP)

« L’habit ne fait pas le viol ! »

Les images sont difficilement soutenables. Dans un bus de Casablanca et en plein jour, une jeune femme crie et pleure dans l’hilarité générale de ses agresseurs qui la dénudent et s’adonnent à des attouchements sexuels. Dans le bus, personne n’intervient, ni le chauffeur, ni un éventuel passager. Cette scène, filmée il y a 3 mois, a été publiée sur Internet dans la nuit du dimanche 20 au Lundi 21 août, produisant une vague de colère sur les réseaux sociaux. Se saisissant de cet élan d’indignation générale, un collectif de militantes féministes a organisé des sit-in dans plusieurs grandes villes marocaines ce mercredi 23 août afin de dénoncer les violences faites aux femmes. Ainsi, dans les villes de Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger et Agadir, ont eu lieu simultanément des manifestations pour condamner l’agression sexuelle de cette jeune femme mais aussi pour protester contre la culture du viol inhérente à la société patriarcale. Car si les actes perpétrés sur cette vidéo ont entraîné une onde de choc générale sur les réseaux sociaux, ils ont aussi permis l’expression de tout ce que l’inconscient collectif, sous couvert de progressisme affiché, recèle de schémas sexistes concernant les agressions sexuelles. Aussi, nombreux sont les internautes qui ont eu recours à la technique bien connue d’inversion des rôles, transformant la victime, trop dénudée à leur goût, en prédatrice ayant délibérément suscité l’intérêt sexuel de ses agresseurs, devenus par la même des victimes de leur désir incontrôlable. C’est ce que dénonce Selma, l’une des organisatrices de l’évènement, pour qui « la femme est constamment tenue pour responsable », entretenant ainsi « une apologie du viol [..] qui en dit long sur les mentalités dans notre société ». C’est pour contrer cette banalisation du viol que la foule réunie mercredi a scandé à l’unisson des slogans tels que « L’habit ne fait pas le viol », « Libérez l’espace public » et « Les lois pour les hommes, le viol pour les femmes ».

« Qu’est-ce qu’on fait des autres, celles qui ne sont pas filmées ? »

Malgré une mobilisation en dessous de leurs espérances, les militants n’ont pas hésité à faire part de leurs revendications, attaquant même de front la sphère politique à travers la ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, Bassima Hakkaoui. Car si le Parlement marocain fait miroiter depuis 2013 une loi contre les violences faites aux femmes, son inaction totale dans ce sens soulève de sérieux doutes quant à l’urgence qu’il accorde à cette question. Et le traitement de cette affaire par la police n’apporte aucun apaisement puisqu’ il aura fallu attendre la publication de la vidéo, trois mois après les faits, et le tollé engendré par celle-ci pour que les six jeunes soupçonnés de l’agression soient arrêtés par la police. « Combien de femmes vont-elles subir le même sort avant que la justice n’applique des sanctions à la mesure de ces actes ? », se demandent les militantes réunies mercredi. Et « qu’est-ce qu’on fait des autres, celles qui ne sont pas filmées ? » renchérit Chaima Lashimi, porte-parole du collectif féministe à Rabat. Car selon les chiffres officiels, deux femmes sur trois sont victimes de violences au Maroc et ces agressions sont la plupart du temps ignorées par les autorités. « La loi marocaine condamne le harcèlement des femmes au travail, mais pas dans les espaces publics », avait concédé début août à l’AFP Mustapha Ramid, ministre d’Etat chargé des droits de l’homme.

La culture du viol n’a pas de frontières

Cette affaire, comme bien d’autres auparavant, fait écho au climat de banalisation des violences faites aux femmes dans lequel évolue notre société. Car n’en déplaise au Monde ou à d’autres quotidiens qui tentent de voir dans cette affaire un problème intrinsèque à un pays « tiraillé entre le conservatisme et la modernité », la culture du viol s’inscrit dans le contexte généralisé d’un système de domination patriarcale organisé . Aussi, en France, seulement une victime de viol sur 10 dépose plainte contre son agresseur. En 2016, une enquête réalisée par Ipsos révélait qu’environ 40 % des Français estiment que la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a une attitude provocante en public, et 38% si elle a flirté avec lui. De plus, le nombre de viols est pour beaucoup sous-estimé et circule encore trop souvent le mythe du violeur inconnu quand la plupart des viols sont commis par des proches. L’espace public n’est pas non plus épargné comme en témoignent les projets mis en place pour dénoncer le harcèlement de rue. Plus récemment, Titiou Lecoq dénonçait la réalité qui se cache derrière les statistiques sur les violences conjugales. En France et dans le monde, on meurt parce qu’on est une femme et c’est donc partout dans le monde que le mouvement de protestation entamé au Maroc se doit d’être soutenu.




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