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Politique

Jusqu’à cinq ans de prison ferme annoncé

Au tribunal, ce vendredi, le procès politique des arrêtés du 1er mai a commencé

Suite à la manifestation du 1er mai qui a rassemblé à Paris près de 70 000 personnes, 276 d’entre elles ont été arrêtées par la police. Ce vendredi 4 mai, 33 comparaissaient devant la chambre correctionnelle du nouveau Tribunal de Grande Instance de Paris. Récit d’un procès politique.

S’inscrivant dans un contexte de mouvement social d’ampleur contre le pacte ferroviaire et la loi de sélection à l’entrée de l’université (Loi ORE), la fête pour la lutte des travailleurs a d’entrée de jeu été perçue par le gouvernement comme une date politique à absolument contrecarrer afin de ne pas risquer une résurgence de la contestation sociale, présentée comme faiblissante par Philippe, Vidal, et les grands médias.
En cohérence avec le discours macroniste tendant à réduire le mouvement à de simples agitateurs professionnels extérieurs aux secteurs visés par les réformes, la préfecture de police de Paris a diffusé un communiqué en fin de matinée, avertissant la population de la présence de « militants de groupes contestataires issus de mouvances extrémistes » prêts à en découdre avec les forces de l’ordre et les symboles du capitalisme. Une provocation pour mieux préparer la séquence qui allait suivre à savoir la dislocation du cortège par les CRS dès le premier prétexte trouvé.

Si la répression a commencé dans la rue avec les 276 personnes interpellées, elle avait d’autant plus vocation à se poursuivre devant la Justice. Comme l’a été le procès du Quai de Valmy, les comparutions immédiates d’hier et d’aujourd’hui devaient au-delà des inculpés eux-mêmes, rappeler à l’ensemble du mouvement social le poids de la Justice. 

Alors que les charges consistaient concrètement en la détention, entre autres, de masques à gaz et de sérum physiologiques pour se protéger des lacrymogènes, la Procureure de la République, représentante de l’Etat, a systématiquement demandé des contrôles judiciaires lourds voire des détentions provisoires pour tous les prévenus ayant demandé un report de leur procès afin de constituer leur défense.
Pour les deux camarades ayant décidé de comparaitre aujourd’hui, elle a requis une peine de 3 mois avec sursis ainsi que l’interdiction de manifester pendant deux ans.
Aussi, toujours en misant sur la propagande anti-Black-block, les camarades inculpés ont systématiquement dû répondre auprès des juges et de la Procureure de leur tenue vestimentaire au moment des faits reprochés, ce qui a parfois pu « tourner au ridicule » : alors qu’il a été discuté de la couleur turquoise du blouson de l’un d’entre eux, certifiée par les photos en couleur transmises par son avocat aux juges, il a été reproché à un autre de porter un cache cou qui selon les jurés n’était pas nécessaire au regard de la météo de ce mardi 1er mai. Enfin, une camarade devait répondre du port et de l’utilité d’une écharpe.

Au-delà d’illustrer une véritable entreprise de construction médiatique et politique d’un ennemi intérieur, caractérisé par le « port de tenue sombre et anonyme », cela démontre aussi toute la fragilité des charges, qui sont pourtant passible de peines d’emprisonnement ferme.

Allant plus loin dans le procès politique, il a même été reproché à l’une d’entre eux d’avoir été simplement présente à la manifestation du 1er mai, et ce au niveau du cortège de la CGT 95 ! Pour un autre, le juge, en l’interrogeant sur ses correspondances passées avec un « militant anarchiste », a semblé signifier à l’audience que la contestation politique était une preuve à charge passible d’une peine d’emprisonnement.

Une question récurrente lors du procès a été le degré d’intégration sociale affichée par les inculpés. Pour ceux qui n’avaient pas d’activité professionnelle ou universitaire, il leur a été demandé un justificatif, comme si la précarité et le chômage étaient des choix de vie, de surcroîts incriminants. Pour une des camarades, la Procureure a même demandé à ce que la condition de non retenue en détention provisoire soit la justification d’une activité professionnelle jusqu’à la date de son procès.

Ce dernier élément est loin d’être anodin. Il s’agit d’une pièce maitresse dans l’opération politique menée par le gouvernement et dont la justice se fait le relais. Construire l’image du coupable idéal : marginal, radicalisé par de dangereuses théories et surtout extérieur au reste de la société. Une manière de donner de l’eau au moulin à la propagande du gouvernement sur les « agitateurs professionnels » qui seuls seraient responsables des blocages des universités, pendant que la masse des étudiants seraient au mieux passive, voire hostile au mouvement. Et de ce point de vue, les faits importent bien moins que le « pedigree » social et politique des inculpés.

Cependant, la tâche ne semble pas aussi aisée que ne l’aurait imaginé lé gouvernement. Au regard de la vacuité des charges retenues contre eux, les juges ont décidé de relaxer deux des trois inculpés ayant comparu ce jour. Pour les autres, les requêtes ultra-répressives de la Procureure ont pour la plupart été écartées, même si la répression se fait toujours sentir puisque deux inculpés ont été mis en détention provisoire et tous sont obligés dans le cadre du contrôle judiciaire auquel ils sont soumis à pointer au commissariat de manière hebdomadaire. Également, alors qu’il avait été fait état de sa situation précaire lors de l’audience, un des inculpés ayant comparu aujourd’hui a été condamné à une amende de 1 000 euros pour avoir été en possession d’un fumigène (non allumé).

Cette journée de premières comparutions est venue montrer les failles de la propagande gouvernementale et médiatique. Après avoir annoncé en grande pompe l’arrestation de « 200 [dangereux] Black Blocks » lors de la manifestation du 1er mai, la réalité se donne à voir autrement. D’abord parce que plus de 150 d’entre eux ont déjà été relâchés faute de preuves. D’autre part parce que le profil des inculpés est bien loin des « casseurs sans foi ni loi » que nous présentent le gouvernement et les médias. Il s’agit d’étudiants, de travailleurs, de chômeurs aussi, qui subissent de plein fouet la politique du gouvernement. Il s’agit surtout de camarades, qui ont décidé de prendre le pavé le 1er mai, au-delà des méthodes que celles et ceux-ci ont pu choisir.

C’est pourquoi, dans le contexte actuel de mobilisation contre Macron, la solidarité avec les camarades réprimés est une tâche essentielle pour refuser la division que celui-ci cherche à instaurer entre nous. Et ce d’autant plus que les premiers camouflets du gouvernement vont l’inciter à durcir le ton. Les charges et les peines annoncées sont lourdes : jusqu’à cinq ans de prison ferme. Dès maintenant, il s’agit donc de construire la mobilisation la plus large possible pour exiger la relaxe de tous les camarades interpellés.




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