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Chantage patronal : précarité ou licenciement ? Les deux, pour tous, maintenan

Automobile. Intégration de SevelNord et de la Française de Mécanique à PSA : l’accord de la honte

Publié le 21 novembre 2016

Alors que les usines SevelNord (Hordain) et Française de Mécanique (Douvrin), jusqu’alors deux filiales détenues à 100% par PSA, ont été intégrées organiquement au groupe l’an dernier pour « pérenniser l’activité », la direction a réussi, avec la collaboration active des tous les syndicats excepté la CGT, à faire passer un accord de convergence, c’est à dire une synthèse entre les accords de compétitivité existants, très défavorable pour les travailleurs. Chez SevelNord, 2400 salariés sont concernés ; à la Française de Mécanique, ce sont 2860. Leur nouvel accord d’entreprise ? Toujours plus de flexibilité, plus de souffrance au travail, moins de rémunérations, le tout alors que l’entreprise a fait près de 2,8 milliards de bénéfices l’an dernier, et a vu ses ventes augmenter de 10%.Un accord de la honte, qui pose la question des moyens qu’ont aujourd’hui les travailleurs pour défendre leurs conditions de travail et de vie.

George Waters et Vincent Duse

Nouvel accord de convergence : encore un grave recul pour les conditions de travail

L’accord, bien qu’évidemment présenté comme une « avancée » par la direction et comme une « véritable sécurité pour les salariés des deux sites » par Bruno Michaux (délégué FO SevelNord), le détail de cet accord de convergence est loin d’être joyeux. Celui n’arrive d’ailleurs pas à n’importe quel moment : si SevelNord appartient entièrement à PSA depuis 2012 (date à laquelle PSA rachète les parts de l’usine à Fiat) et la Française de Mécanique depuis 2013 (lorsque PSA rachète les parts de Renault), la signature récente de l’accord tri-annuel Nouvel Elan pour la Croissance (NEC) au sein du groupe PSA était l’occasion rêvée d’harmoniser les conditions de travail à la baisse.

Ce sera bientôt chose faite, avec ce nouvel accord particulièrement difficile pour les salariés. Ainsi, à SevelNord, un accord de compétitivité datant de 2012 actait le gel des augmentations de salaires jusqu’à 2017, date à laquelle une augmentation serait accordée aux travailleurs, à raison d’1% par an, soit 4% au total. Coût de cette baisse pour un salaire base de 1500€ ? 720€ net par an selon la CGT.

Autre dispositif : le compteur de modulation (CMOD), qui permet à la direction de moduler le temps de travail des ouvriers, pour les faire travailler plus ou moins sans rentrer dans les heures supplémentaires (qui sont majorées), va être augmenté. Ainsi, le CMOD était auparavant de 5 jours (35 heures), il passe à 8 jours (56 heures). Dans les faits, cela veut dire travailler 3 jours de plus avant de toucher les primes d’heures supplémentaire, 3 jours qui sont de surcroît généralement les samedis, c’est à dire les jours où les ouvriers peuvent vivre (un peu) en famille. Toutes ces heures travaillées mais non rémunérées constituent un vivier d’heures colossal pour l’entreprise, qui épargnera ainsi sur le dos des chaque ouvrier 672€ avec le nouveau CMOD.

Au total, ce sont donc près de 1392€ de perte sèche pour tous les salariés de SevelNord.

La collaboration active des syndicats : Force Ouvrière pris en flagrant délit de mensonge !

Une perte sèche qui vient faire mentir les responsables syndicaux, notamment ceux de Force Ouvrière : Bruno Michaux expliquait en effet que « les salariés de SevelNord vont gagner un peu plus d’argent sans que cela n’ait d’impact sur la compétitivité du site ». En effet, 1392€ dans la poche de PSA pour chaque ouvrier, cela ne risque pas d’avoir d’impact important sur la productivité. Force ouvrière, qui avait tenté au printemps de se présenter comme un syndicat de lutte au service des travailleurs montre là toute l’envergure de sa politique : eux qui ont signé le NCS puis le NEC, les deux accords de compétitivité chez PSA, vont, de toute évidence, acter ce nouvel accord de convergence. Une collaboration avec le patronat qui se fait à toutes les échelles, comme le montre la récente signature d’un accord de branche très défavorable aux ouvriers dans la métallurgie (PSA est donc concerné).

PSA et ses filiales, des entreprises en difficulté ? Alors que l’entreprise multiplie ses bénéfices, les annonces de licenciement pleuvent

Parallèlement à ces accords de compétitivité, PSA multiplie les annonces de licenciement : alors que 2016 avait vu près de 2650 emplois supprimés, l’annonce pour 2017 vient d’être faite : ce seront 2133 travailleurs qui quitteront la boîte, de gré selon la direction, de plus en plus de force dans la réalité, notamment grâce à une répression patronale et policière de plus en plus féroce.

Pour SevelNord, ce sont 133 postes qui seront sûrement supprimés, et d’autres viendront. En effet, deux annonces sont particulièrement inquiétantes pour les travailleurs : tout d’abord, le « compactage », c’est à dire la concentration de l’activité industrielle dans des surfaces plus réduites, qui sera effective au 01er janvier 2018. Franck Thery, secrétaire général de la CGT SevelNord, explique en effet que « 400 à 500 postes pourraient être supprimés », ce pourquoi un CE extraordinaire a été demandé pour le 1er décembre. De plus, l’annonce récente de la signature par PSA d’un contrat de 8 milliards d’euros avec Gefco, un groupe logistique dont il détient 25% des parts, inquiète aussi. En effet, le contrat prévoit que Gefco s’assure de la chaîne d’approvisionnement, de la fourniture des composants aux usines jusqu’à la distribution des véhicules. En d’autres termes, c’est une externalisation pure et simple de toute la logistique de l’entreprise. A SevelNord, ce sont 479 salariés de la logistique qui sont concernés.

Pourtant, PSA semble être pour n’importe quel actionnaire un bon investissement : sur les 18 derniers mois, le groupe a dégagé un bénéfice de 2,4 milliards d’euros, et ses ventes ont augmenté de 10% au troisième trimestre 2016. En 2015, 2,98 millions de véhicules étaient vendus dans le monde, soit une augmentation de 1,2%, de 5,86% pour la seule Europe. Le groupe marche tellement bien que Carlos Tavares, son PDG, a vu sa rémunération doubler en 2015, atteignant 5,23 millions d’euros.

Pour en finir avec la précarité et les attaques sur les conditions de travail

Autant de mensonges que les syndicats jaunes, de la CFDT à FO n’arrivent plus à couvrir : les ouvriers sont particulièrement excédés par les annonces à répétition d’une baisse de leurs conditions de travail et de rémunération : « pour les 4% [d’augmentation supprimée], les gars sont énervés, parce qu’en plus on travaille tous les samedis et tous les jours fériés. Il faudrait pas que Tavares double encore son salaire, parce qu’il va y avoir la révolution:il manque pas grand chose pour que cela pète » nous confiait Franck Thery.

Les mensonges du patronat et la précarité toujours plus grande qui sévit dans les usines du groupe est en effet en train d’aboutir à un point critique : aucune n’embauche n’est faite en CDI, et toutes les annonces d’emplois sont en réalité des emplois précaires – intérim et emplois-jeunes – subventionnés par le gouvernement. Au point où les 500 intérimaires embauchés récemmentne sont payés que 9,96€ de l’heure, pour un total d’à peine 1700€ par mois, alors qu’ils t font les 3x8 et qu’ils travaillent le dimanche ! La politique de PSA est simple : remplacer le maximum de CDI par des intérimaires, afin de réduire au maximum les coûts, mais aussi les capacités de mobilisation des travailleurs, même si de plus en plus d’intérimaires commencent à se rapprocher des syndicats, et commence à penser avec eux un programme. Le remplacement de tous les contrats précaires par des CDI, et la retraite à 55 ans pour les métallurgistes est déjà pour nous une base de revendications minimales, dans un système qui épuise les forces des travailleurs jusqu’à la moelle pour les profits d’un très petit nombre. Mais ne nous trompons pas : Tavares et ses actionnaires ne nous donneront pas une miette si nous ne remettons pas en cause leur pouvoir. Le printemps et le mouvement contre la loi travail avait vu d’importante journées de mobilisation, notamment à Mulhouse (1000 salariés en grève fin mai), mais aussi à Poissy, où la direction avait lock-outé le site le 31 mars de peur d’une mobilisation. Ces méthodes, qui sont les nôtres, doivent être remises au goût du jour.