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L’écologiste Alexander Van der Bellen élu président de l’Autriche

Autriche. L’extrême-droite aux portes du pouvoir, mais ne passe pas

Publié le 23 mai 2016

Le second tour à suspens de l’élection présidentielle s’est avéré comme prévu très serré en Autriche. Le candidat d’extrême-droite Norbert Hofer du FPÖ, arrivé en tête du premier tour, s’est retrouvé devant les portes du pouvoir, mais n’est finalement pas parvenu à franchir dimanche 22 mai le seuil du palais impérial. C’est son adversaire écologiste Alexander Van der Bellen qui devient ainsi président de l’Autriche avec 50,3 % des suffrages.

Une courte défaite pour l’extrême-droite

A l’issue du premier dépouillement du scrutin dimanche soir, Norbert Hofer disposait d’une avance de 140 000 voix sur le candidat des Verts Alexander Van der Bellen (51,9 % contre 48,1 %). Les Autrichiens ont cependant dû attendre le décompte des votes par correspondance (750 000 bulletins, environ 14 % du corps électoral) avant de connaître le nom du nouveau président.

Au final c’est le candidat écologiste Van der Bellen qui est arrivé en tête du scrutin avec 50,3 % contre 49,7 % pour Hofer. Celui-ci a concédé sa défaite lundi après-midi dans un statut publié sur Facebook. La course était serrée – seules 35 000 voix séparaient les deux candidats – mais Van der Bellen est parvenue à faire barrage à l’extrême-droite.

Une crise de gouvernement ouverte par les bons scores de l’extrême-droite

S’il avait remporté l’élection présidentielle, Hofer aurait été le premier chef d’État issu de l’extrême-droite à occuper ce poste en Autriche depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le nouveau président autrichien cohabitera avec le Chancelier fédéral, chef du gouvernement, qui détermine et dirige effectivement la politique du gouvernement et du pays. Si le président remplit surtout des fonctions symboliques, Hofer, si élu, avait promis de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections législatives.

La campagne du parti d’extrême-droite avait mis en avant des thèmes nationalistes et xénophobes comme « les Autrichiens d’abord », dénonçant « la menace des migrants » ou « le danger de l’islam ». « L’islam est étranger à l’Autriche et si nous maintenons notre politique actuelle, en 2025, la moité des jeunes de 0 à 12 ans de tout le pays seront musulmans » martelait souvent Hofer.

Depuis quelques semaines le pays connaît une véritable crise du gouvernement, dans laquelle les bons scores de l’extrême-droite ont joué un rôle central. Le 9 mai, Werner Faymann a annoncé sa démission du poste de Chancelier fédéral comme de la direction du Parti social-démocrate (SPÖ). Depuis lors, Vizekanzler Reinhold Mitterlehner du Parti populaire (ÖVP, droite) assumait de manière provisoire les fonctions du chef du gouvernement.

Les deux partis, qui gouvernaient ensemble et avaient été les piliers du régime autrichien depuis la Seconde Guerre mondiale, se sont vus infliger une défaite retentissante et historique lors du premier tour du scrutin présidentiel, chacun étant exclu du second tour.

La crise de la social-démocratie et l’ascension de l’extrême-droite

La crise des migrants a accéléré la crise de la social-démocratie. Gouvernant en coalition avec le parti conservateur, la social-démocratie s’est appropriée une grande partie du programme de l’extrême-droite. Sa gestion de la crise des migrants en étant peut-être le meilleur exemple, la politique appliquée ayant consisté en la mise en place de quotas quotidiens pour reteindre l’arrivée des migrants et la construction d’un mur le long de sa frontière avec la Slovénie.

La politique de conciliation entre le PS autrichien et l’extrême-droite a généré un important mal-être dans les secteurs du monde du travail et de la jeunesse qui composaient historiquement la base sociale social-démocrate, y compris au sein même du parti de gouvernement.

Le président du parti social-démocrate Faymann a été fortement hué et sifflé lors des rassemblements traditionnels du 1er mai. Des membres du parti ont même brandi des pancartes exigeant sa démission immédiate. Selon le journal britannique The Guardian, il a annoncé sa démission deux jours plus tard lorsque des centaines de personnes manifestaient contre la politique migratoire du gouvernement à la frontière austro-italienne.

Pendant que le gouvernement perdait son soutien aussi bien à gauche qu’à droite, l’extrême-droite grandissait. Le parti d’Hofer a beaucoup avancé dans les provinces du centre du pays et dans certains secteurs du monde du travail. La peur d’un chômage en hausse et l’agitation des fantasmes xénophobes, que le gouvernement a beaucoup contribué à alimenter avec ses murs et ses mesures répressives, constituaient le terreau alimentant l’extrême-droite, y compris jusqu’à dimanche dernier où elle a réalisé son meilleur score électoral dans l’histoire du pays. Au-delà de ce résultat, la polarisation politique et la crise du régime se poursuivront sans doute.

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