Politique

Tous les coups sont permis

Avant le duel fratricide, Juppé attaque Fillon sur ses « soutiens d’extrême droite »

Publié le 23 novembre 2016

Dernière ligne droite. Il est bien loin le temps où Juppé faisait figure de grand timoré. L’ex-favori de la primaire de la droite semble avoir retrouvé du répondant, les coups pleuvent. La très large victoire de Fillon laisse en effet peu de chance pour le second battu du premier tour après Sarkozy. Extrême droite, IVG, programme d’attaque du monde du travail irréaliste, Poutine, les attaques ne manquent pas. Pour espérer l’emporter au second tour, Juppé tire ses dernières cartouches. L’objectif étant de polariser les débats pour démontrer qu’il y a deux droites. Celle « moderne et réaliste », dont il serait l’incarnation, et l’autre, « extrêmement traditionaliste, pour ne pas dire rétrograde ». Le débat ce jeudi sera décisif.

Damien Bernard

À la veille du débat entre Alain Juppé et François Fillon, la tension est à son comble. À quelques jours du second tour, le temps est compté. Pourtant, il se peut que le combat ne laisse pas le gagnant indemne.

Extrême droite, plan d’attaque irréalisable, IVG, Juppé attaque fort l’entre deux tours

Dès lundi, le combat fratricide mené par Juppé a démarré en mettant en cause le programme économique et sociétal de Fillon. En particulier sa proposition de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires, une proposition que le maire de Bordeaux dit « impossible » à mettre en œuvre. Mardi, Alain Juppé a notamment dénoncé les « soutiens d’extrême droite » de son rival. En meeting à Toulouse, il en a remis une couche : « Depuis quelques jours d’ailleurs les soutiens de l’extrême droite arrivent en force pour cette équipe  », a-t-il ajouté en évoquant la candidature Fillon. C’est aussi sur le plan sociétal que Juppé tente de tacler Fillon. L’équipe d’AJ est d’ailleurs sur le pont. Elle a retrouvé une déclaration de M. Fillon en date du 22 juin et ayant eu lieu à Aubergenville (Yvelines), où ce dernier avait estimé que « compte tenu de [s]a foi personnelle », il ne pouvait pas « approuver l’avortement ». Tous les coups sont permis pour mettre en lumière le côté « réactionnaire » de son adversaire.

Juppé joue la carte de la porosité entre Fillon et le FN

Pour mieux polariser et diaboliser Fillon, le maire de Bordeaux a évoqué les soutiens d’extrême droite du député de Paris. L’entourage d’Alain Juppé en évoque deux. Le premier est le député-maire d’Orange, Jacques Bompard, ancien élu FN. Sur Twitter, celui-ci a en effet fait savoir qu’il voterait François Fillon au second tour de la primaire car « Juppé est encore plus à gauche qu’Hollande  ». Par ailleurs, le député européen ex-FN Aymeric Chauprade, a déclaré se mettre « à la disposition » du député de Paris. Dans le même temps, le maire de Bordeaux tente de mettre en valeur son alliance avec François Bayrou. «  J’entends sur les ondes de plus en plus de soutiens venus de l’extrême droite qui soutiennent la candidature de François Fillon. Moi je suis avec une droite ouverte et le centre, l’UDI, le MoDem, sans lesquels nous ne gagnerons jamais une élection présidentielle ». La menace d’une candidature Bayrou en cas de défaite n’est pas bien loin.

Fillon ou Juppé, qui est le meilleur « rempart » contre Marine Le Pen ?

Une si lourde défaite face à Fillon n’avait pas été imaginée par l’équipe de campagne de Juppé. Avant même la fin du premier tour, dimanche après-midi, tout le monde était sur le pont pour redéfinir une stratégie à même de renverser la tendance. Se dessinait ainsi la stratégie visant à faire de Juppé le meilleur rempart contre le FN, dans la continuité même de l’alliance centre/droite de mise depuis le début de la campagne. Pourtant, ce n’était pas comprendre jusqu’au bout la dynamique que porte Fillon. Certes, l’anti-sarkozysme et la percée de Fillon le plaçant comme recours ont joué fortement pour grignoter sur Juppé, mais le choix de l’ancien Premier ministre est surtout un signe clair des sympathisants pour une droite dure. En ce sens, c’est un appel à la droite dure et conservatrice que les militants ont fait, notamment pour faire barrage au FN. D’après un sondage, le « rempart Fillon » est le plus crédible chez les Républicains pour battre Marine Le Pen (71 % contre 18 % pour Alain Juppé).

Une défense sobre de Fillon avant le dernier débat

Face à l’offensive, Fillon reste droit dans ses bottes et maintient sobriété et sang-froid. « Je n’ai aucune alliance avec l’extrême droite, j’ai toujours combattu l’extrême droite et je continuerai. Et d’ailleurs je pense même que le programme que je propose est justement le seul qui peut permettre d’éviter l’extrême droite ». De la sorte, il conforte son statut de rempart face au FN. Mais dans le même temps, Fillon attaque Juppé sur son propre terrain. Ce mercredi, le député de Paris a mis en avant le frais soutien des élus centristes Hervé Morin, François Sauvadet et Maurice Leroy : « Je reçois surtout des soutiens du centre en ce moment  », a-t-il clamé. Et ce avant de sévèrement tancer Alain Juppé : « C’est une attaque inutile, politicienne, qui n’a pas de sens (…) Moi je présente mon programme aux Français et je ne tombe pas dans ces attaques pas dignes ni des enjeux de cette primaire ni des candidats en présence. ». À la veille d’un débat décisif en vue du second tour de la primaire, le ton n’est décidément plus le même entre les candidats. Le dernier débat, jeudi soir, sera sans doute décisif.