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Avec Macron, la sélection en licence c’est pour bientôt ?

A peine nommée, la nouvelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, annonce déjà la couleur des cinq prochaines années pour les universités, avec un premier « chantier » central : la sélection à l’université dès la licence.

Une mise en place de la sélection par la petite porte

 
Emmanuel Macron l’a toujours dit : l’université française, avec ses 1,2 millions d’étudiants inscrits en licence, master ou doctorat, va devoir changer de modèle, et rapidement. Au cœur de l’idéologie du nouveau président, l’idée de la sélection dans les universités, une réforme dure à mettre en place tant l’idée de sélection est contraire au modèle universitaire ouvert à (presque) tous –sur le papier en tout cas – issu des mobilisations étudiantes des années 1960-1980. Du coup, Emmanuel Macron tente d’inscrire la sélection par des chemins plus tortueux. En effet, son programme voulait mettre en place des « prérequis » à l’entrée en licence. Le programme précisait : « un lycéen ne disposant pas de ces prérequis pourra s’inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d’été ou par la validation de modules universitaires […] Chaque université affichera les prérequis de chacune des formations qu’elle propose. »

Cependant, il y a un hic dans le programme du président : la notion de « prérequis » « n’a pas de définition juridique et le Conseil d’Etat a déjà écarté cette notion [quand il s’est prononcé sur le master] », comme l’explique Emmanuel Roux, président de l’université de Nîmes et de la commission juridique de la Conférence des Présidents des Universités. Du coup, on abandonne les prérequis et la nouvelle ministre en profite pour donner aux universités des « objectifs » qui pourront être réalisés par la sélection. C’est ce qu’on appelle noyer le poisson dans l’eau !

Frédérique Vidal promeut des « objectifs » pour les université et leur autorise de sélectionner leurs étudiants

 
Après cette petite manœuvre tortueuse arrive la nouveauté de la ministre de l’ESR et de la CPU : ils proposent « que l’Etat fixe des objectifs aux établissements - accueillir un nombre donné d’étudiants ou des étudiants de tel territoire, par exemple - et leur laisse une liberté d’expérimentation, évaluée à l’issue de celle-ci ». L’idée serait donc de faire des « expériences » sur des universités pour « tester » la sélection. On se doute que celles ci soient mécontentes du résultat d’une réforme dont les directions d’université rêvent depuis longtemps. Le président de la CPU, Gilles Roussel, justifie l’idée de l’expérimentation : « aujourd’hui, personne n’a la solution, donc il vaut mieux expérimenter, justifie-t-il. Que chacun essaie, qu’on voie ce qui marche ou pas et ensuite, éventuellement, on généralise. Cela peut se mettre en place pour la rentrée 2018, sans changer le cadre juridique actuel. »

Evidemment, on se doute que la généralisation ne tarderait à pas survenir dans toutes les universités françaises. En effet, la sélection en licence est une pièce maitresse du projet de mise en concurrence des universités exigé par le patronat français depuis des décennies, avec les fusions d’université – déjà enclenchées - et l’augmentation des frais d’inscription - une idée évoquée à chaque rentrée universitaire ou presque. Cette mise en concurrence aboutirait à une forme d’université à deux vitesses : d’un côté, des universités dites « d’élite », très sélectives, aux frais d’inscription élevés et de l’autre des universités « poubelles », plus accessibles mais sans débouché ni perspective. Le tout avec un programme universitaire calqué sur les besoins du patronat français qui a déjà fait son apparition massive dans les conseils universitaires.

L’UNEF et la FAGE accompagnent les réformes du gouvernement

 
Formellement, les syndicats étudiants se sont dits « inquiets ». Un bien joli mot pour celles et ceux qui ont laisser passer la sélection en master 1 il y a quelques mois encore. En effet, le président de la FAGE, Jimmy Losfeld a expliqué : « on a toujours été favorables aux expérimentations, mais si c’est pour expérimenter une forme de sélection et exclure des jeunes du système de l’enseignement supérieur, on s’y opposera.  » De son côté, Lilâ le Bas, présidente de l’UNEF, s’est dite « plus que sceptique sur l’expérimentation des prérequis, craignant une sélection qui ne dit pas son nom […] On est inquiets de la tournure que prend l’accueil des bacheliers à l’entrée de l’université » a-t-elle expliqué au Point. Une inquiétude que l’UNEF ne s’est visiblement pas empressé de signifier aux étudiants : pas un mot sur la page facebook du syndicat, ni sur son site internet. Peut-être le syndicat étudiant prépare-t-il une réaction d’ampleur contre la sélection en licence comme il l’avait fait contre la sélection en master : en avril, le syndicat avait fait adopter par le CNESER (un comité consultatif du ministère de l’ESR) une motion contre la sélection, sans jamais tenter de mobiliser les étudiants…

Une certitude en tout cas : dès la rentrée prochaine, il va falloir reprendre le chemin de la lutte contre ce gouvernement qui n’aime décidemment pas les jeunes.

Photo : ©JEFF PACHOUD, AFP




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