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Jeunesse

Destruction de l’Enseignement Supérieur

Avec l’autonomie , 15 universités « en situation financière très préoccupante »

Le 31 mai dernier, la Cour des Comptes analysait dans son rapport annuel la situation budgétaire des universités françaises et de leur autonomie. Une situation alarmante quant aux impacts de l'autonomisation des universités et de la baisse des dotations publiques dont le processus n'a fait que s'accélérer depuis les réformes Pécresse de 2007.

Crédits photo : Ruines d’Université

Alors qu’elle annonçait leur asphyxie dans son rapport de 2015 , la Cour des Comptes a fini par constater que les budgets des universités en 2016 avaient largement subi le processus d’autonomisation qu’elle avait préconisé jusqu’ici. Dans la même mesure où des universités ont vu les conditions d’étude (qualité de l’enseignement, suppression de filière etc.) et de travail (suppression de poste, surcharge etc.) se dégrader, le rapport annuel de la cour distingue aujourd’hui 15 universités « en situation financière très préoccupante ». 6 sont jugées en situation très dégradée (difficultés financières avérées, risque d’insoutenabilité à court et moyen terme), à savoir Bretagne Sud, Limoges, Orléans, Pau, Reims-Champagne-Ardennes et Toulouse Paul Sabatier. Une situation de déficit qui n’est pas nouvelle et qui n’a fait qu’empirer depuis le début des réformes d’autonomisation qui étaient en droite ligne d’une idéologie libérale de mise en concurrence des universités à l’échelle internationale sur les critères du classement de Shangai et de mise en avant de filière rentable .

La plupart de ces universités étaient déjà depuis plusieurs années dans une situation critique, comme celle de Paris-Est-Marne-la-Vallée qui se retrouve dans une situation de quadruple déficit. Sont mises en cause notamment les mesures sécuritaires portées au sein des universités par Najat Vallaud Belkacem, alors ministre de l’Enseigenement Supérieur et de la Recherche, qui avait débloqué près de 30 millions d’euros aux universités dans le budget du FIPHFP (Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) dans le cadre du climat sécuritaire imposé jusque dans nos établissements d’enseignement.
Face à de telles situations, l’injonction à « l’excellence » et au mérite (bien évidemment organisée selon les critères du classement de Shangai, en droite ligne de l’idéologie néolibérale qui organise les universités à l’échelle internationale) semble être la seule réponse du gouvernement aux manques budgétaires. La Cour des Comptes avait aussi su critiquer en 2015 le PIA (Programmes d’Investissement d’Avenir, si ce n’est pas de réadaptation politique), dans lequel elle critiquait la manoeuvre d’une irrigation pauvre des universités par l’Initiative d’Excellence (Idex).

C’est en ce sens qu’ Emmanuel Macron a inscrit dans son programme pour l’Enseignement Supérieur la poursuite et l’intensification des fusions d’universités, dans la lignée de l’autonomisation des universités qui a d’ores et déjà fait preuve de son caractère néfaste pour un enseignement de qualité et des conditions de travail décentes ! Des critères qui bien évidemment ne répondent en aucun cas, ni aux projets d’une université libre et émancipée du marché, ni aux attentes de ses étudiants et personnels. Le journal L’étudiant rappelle notamment que « depuis leur passage à l’autonomie, avec la loi Pécresse promulguée en 2007, les universités françaises ne cessent de tirer la sonnette d’alarme face au manque de moyens. En plus de la progression de leur masse salariale, due à l’évolution de carrière des fonctionnaires qui y travaillent, elles voient arriver depuis trois ans les enfants du boom démographique des années 2000. Selon les derniers chiffres, 40 000 étudiants supplémentaires sont ainsi attendus à la rentrée prochaine dans l’enseignement supérieur. »

En d’autres termes, la rentrée 2017 sera marquée, comme il est malheureusement maintenant de coutume, par des milliers d’étudiants « sans fac », des amphithéâtres surchargés, de nouvelles coupes budgétaires pour répondre aux éxigences financières du privé et ce malgré le fait que même les institutions de la classe dominante avouent à demi mot que les premiers bilans de ces politiques sont désastreux. Si le constat est réel, il est clair que la politique menée par Macron et son gouvernement ira dans le sens des intérêts des grands groupes siégeant dans les conseils d’administration. C’est pourquoi la riposte sur les campus doit s’organiser, contre les coupes budgétaires, pour un investissement 100 % public, pour l’embauche massive de personnel et la requalification en CDI de l’ensemble des travailleurs précaires de l’Université. Des revendications que nous ne pourrons imposer que sur le terrain de la lutte des classes, pour une Université ouverte à toutes et tous, gratuite et démocratique, où les étudiants, personnels et enseignants seront en première ligne dans les prises de décisions qui incombent à leur lieu d’étude et de travail.




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