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Culture et Sport

Art comptant pour rien

Avec ses œuvres à plusieurs millions d’euros, la FIAC : un évènement purement commercial

Maryline Dujardin La FIAC (Foire Internationale d'Art Contemporain), qui avait lieu à Paris du 22 au 25 octobre, est le regroupement des plus riches galeries au monde au Grand Palais, les plus riches parce que les galeries payent une somme incroyable pour pouvoir "exposer" leurs nouveautés. Le billet d'entrée du visiteur coûte 40 euros, ce qui fait déjà une belle sélection pour un événement prétendument culturel. En effet, à la FIAC, n’entre pas qui veut.

  • L'œuvre la plus chère de la FIAC 2015 : Roy Lichtenstein, Des choses sur le mur. 4,3 millions d'euros
  • Andy Warhol, portrait de Joseph Beuys. 2 millions de dollars

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Le mercredi soir : les VIP

La FIAC s’ouvre aux privilégiés, les acheteurs, le mercredi soir. Ils sont invités et ont préalablement reçu un petit livre où leur sont indiquées les bonnes affaires, certains viennent également accompagnés de conseillers. Ils sont invités avant l’ouverture officielle pour faire leurs courses tout en sirotant des coupes de champagne. Cela se fait la veille de l’ouverture au grand public, laissant donc la possibilité à ces élites de repartir avec une ou plusieurs œuvres et ainsi en priver le public. C’est le moment où François Pinault (fondateur de Kering) et Bernard Arnault (PDG de LVMH) se disputent les œuvres les plus chères, c’est un peu leur terrain de jeux à ces deux là. Beaucoup sont là pour acheter un capital, une valeur. Nous voilà donc dans la réalité de l’évènement ; l’achat, il ne s’agit en rien de venir contempler ou s’instruire sur l’art, mais de passer un bon moment décomplexé à acheter des œuvres aux sommes improbables, atteignant les millions d’euros. Puisque si ce n’est pas inabordable, les gens ne sont pas intéressés, et surtout parce que les œuvres d’art achetées sont défiscalisées, elles ne sont donc pas à déclarer sur l’impôt sur la fortune. En voilà un bon investissement !

La FIAC se joue au Grand Palais mais également hors les Murs, cet évènement envahit le tout Paris : Jardin des plantes, Petit Palais, Maison de la radio, place Vendôme... Le grand Paris s’organise pour faire de cet évènement de quelques jours le moment magique organisé pour ces élites invitées, nourries et logées dans les grands hôtels parisiens. Au programme : bateaux mouches, visites culturelles et shopping… Tout est fait pour créer un climat propice aux affaires.

La FIAC s’ouvre

La FIAC s’ouvre le jeudi aux visiteurs, qui doivent alors dépenser 40 euros pour accéder à ce soi-disant événement culturel. Le public est connaisseur ou non informé, il est difficile de s’orienter, de comprendre vraiment ce dont il s’agit quand on n’est pas là pour acheter. Il ne s’agit pas d’une exposition sur une thématique ou d’une rétrospective, mais d’une foire monstrueuse où l’on passe de galerie en galerie en s’attardant comme on peut sur un nom connu ou une œuvre qui nous séduit. Mais le rapport à l’art ici se fait difficile, tortueux, compliqué, on s’épuise à déambuler, à ne pas tout comprendre, à ne pas être informé de ces galeristes qui cherchent à vendre. Alors pourquoi vous informer vous, simple spectateur ?

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Maurizio Cattelan, les paravents. 25 000 euros le paravent


Des œuvres inscrites dans une logique marchande


L’artiste représenté à la FIAC ne s’inscrit pas dans l’actualité de son temps ni dans la revendication. Cet artiste présente le plus souvent des œuvres a-contextuelles, sans propos, au sujet léger mais qui sont fortes d’un "concept".
Pour marginaliser le public lambda, le public de non-initiés, les critiques artistiques vous forcent à penser que vous ne comprenez pas le "concept". Que cet art monstré ici est plus intelligent que vous. Que vous n’avez pas les clés pour interpréter, ressentir et comprendre l’oeuvre. La vérité est tout autre, la vérité c’est que ces œuvres sont pour beaucoup inscrites dans ce système marchand, bien plus que dans tout critère de l’esthétique et de recherche de l’émotion. Elles ne sont véritablement là que pour séduire leur potentiel investisseur, et répondre aux critères de l’offre et de la demande.

Le voici donc l’artiste d’aujourd’hui, l’artiste a-contextuel qui une fois qu’il a saisi le bon filon, parce que c’est nouveau, parce qu’on n’a encore jamais vu ça, sérialise et répète le même sujet jusqu’à la nausée. Le système de l’art contemporain fonctionne beaucoup là-dessus, sur « du jamais vu ».

Finalement ces œuvres ne sont pas contextuelles parce qu’elles ne regardent en rien l’actualité, elles ne témoignent pas de point de vue, ni de revendication. Mais cet art contemporain en revanche lui, est bien ancré dans son temps, contextuel au possible, puisque témoin, voire instrument de ce monde capitaliste, de ce monde du marché.

Le capitalisme est en train de noyer l’essence même de l’art, celui des mouvements, des idées, des courants, des revendications, pour en faire un investissement économique à part entière, désintéressant le peuple de l’art, l’évacuant même complètement.

Il s’agit bien d’un événement commercial et non culturel qui se joue chaque année à la FIAC. Rappelons que pour que ce système de défiscalisation ou de placement d’argent par le biais de l’art contemporain fonctionne il faut qu’il soit garanti par un État, le nôtre !

Quelques références nous permettront de l’aborder et de le comprendre… par la dérision. D’abord avec l’émission radiophonique La bas si j’y suis, qui date de 2013 mais qui est toujours autant d’actualité, dans laquelle de Daniel Mermet, accompagné de Giv Anquetil et Franck Lepage, ces trois "réacs", se baladent à la FIAC et commentent les œuvres…mais aussi, dans cet extrait d’une des conférences gesticulées de Franck Lepage sur l’art contemporain, la culture et l’inculture, traitant de sa propre expérience dans le milieu. Bonne écoute !