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Genres et Sexualités

Journée internationale pour le droit à l’IVG

Avortement. L’égalité face à la loi n’existe pas

Le droit à l’IVG – qui est sans cesse attaqué dans le monde entier – est une revendication qui fait accord dans les milieux féministes. Mais la journée internationale pour le droit à l’IVG, le 28 septembre, est l’occasion de s’interroger sur les inégalités qui subsistent même dans les pays où l’avortement a été légalisé.

Crédit photo : Michel Giroux

Il suffit de regarder une carte du monde montrant les pays où l’accès à l’avortement est fortement restreint, voire purement et simplement interdit, pour s’apercevoir qu’en fonction de leur lieu de vie, les femmes voient leur droit à disposer de leur corps fortement bafoué.

En Amérique latine, l’avortement est interdit quelles que soient les circonstances de la grossesse dans plusieurs pays. On se souviendra notamment du cas emblématique de la salvadorienne Evelyn Cruz, violée par un gang à l’âge de 17 puis condamnée à 30 de prison pour « homicide volontaire » sur le fœtus, après avoir fait une fausse couche. Outre le Salvador, l’avortement est totalement interdit au Honduras et au Nicaragua, mais également dans un pays d’Europe : Malte. Mais de nombreux autres pays restreignent fortement l’accès à l’avortement, le conditionnant à des risques de santé mortels pour la mère notamment (dans 68 pays au total) ou si la grossesse est issue d’un viol. C’est par exemple le cas en Argentine et au Venezuela, mais aussi à Chypre, en Pologne et Irlande. A titre de rappel, plusieurs centaines de milliers de femmes meurent chaque année des suites d’avortements clandestins.

Mais les inégalités ne sont pas seulement géographiques, car l’avortement a un coût. En France, les frais liés à une IVG médicamenteuse sont estimés entre 200 et 300 € en fonction de l’établissement où elle est pratiquée (public ou privé). Ce chiffre s’élève à plus de 500 € pour les IVG chirurgicales. Bien entendu, les IVG sont intégralement remboursées par l’Assurance maladie. Mais quid de celles qui n’y ont pas accès, et en premier lieu, les migrantes ? Même dans les pays où l’accès à l’avortement n’est pas restreint par la loi, les premières victimes restent les plus précaires, qui ne peuvent pas débourser des centaines d’euros pour mettre un terme à une grossesse non désirée, et qui se font souvent avorter dans des conditions désastreuses, au péril de leur vie.

De plus, dans de nombreux pays où l’avortement est légal, le délai est très court : 12 semaines en France contre 24 semaines en Angleterre ou aux Pays-Bas. C’est pourquoi, bien souvent (grossesse détectée trop tard, difficulté à prendre une décision, changement de situation…) les femmes se voient obligées de se rendre dans un autre pays pour avorter. Et là encore, cela implique des frais. Car outre le trajet, une IVG coûte près d’un millier d’euros aux Pays-Bas par exemple. Celles qui sont issues des milieux les plus populaires ne peuvent donc pas user de ce recours.

Enfin, si le droit à l’IVG n’est pas directement remis en cause en France, son accès est fortement compromis par les politiques menées par les gouvernements successifs dans le domaine de la santé. La casse de l’hôpital public a engendré la suppression de plusieurs dizaines de milliers de lits destinés aux IVG. La réduction du budget et du personnel, dans de nombreux endroits, a entraîné la fermeture de centres IVG et allongé la durée d’attente dans d’autres. Ainsi, de nombreuses femmes voient le délai légal de 12 semaines dépassé avant d’avoir pu consulter.

C’est dans ce contexte que de nombreuses organisations ont signé un appel européen pour le droit et l’accès à l’IVG, à l’occasion de la journée internationale pour le droit à l’IVG qui a lieu le 28 septembre. Autour de cette date, en France et au-delà, un ensemble d’actions et de manifestations se tiennent dans de multiples villes, à l’image de ce qui a été organisé à Toulouse samedi dernier. Sur le site web du collectif « Avortement, les femmes décident ! », la liste de toutes les initiatives à venir.




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