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Politique

Macron, c’est marche ou crève !

Baisse des APL. Le gouvernement est déterminé et voici ce qu’il nous prépare

5 euros en moins par mois et par foyer pour toutes celles et ceux qui touchent les APL. C’est le projet de rentrée du gouvernement Macron-Philippe, et bien que le mécontentement monte, ce dernier semble toujours déterminé à le mettre en place.

Crédit Photo : TWITTER / @MERRYLABALLE

Depuis que l’information est sortie du ministère de la Cohésion des territoires ce samedi 22 juillet, les réseaux sociaux se sont enflammés contre ce projet de réforme. Les étudiants, plus particulièrement touchés et actifs sur les réseaux sociaux, ont postés, commentés, tweetés un grand nombre de réactions. Pour n’en citer que quelques unes : « j’abandonne mes études ou mon appartement ? », « passons de bouffer des pâtes h24, à bouffer des cailloux », ou encore : « déjà précaire avec, je n’aurais probablement pas réussi à aller au bout de mes études sans les APL. Pour beaucoup c’est vital… »

Cependant, Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires en charge du logement, compte bien déposer un projet de loi en octobre-novembre et « espère qu’il soit débattu le plus rapidement possible. »

Malgré le tollé, le gouvernement insiste et invoque le « serrage de ceinture »...

« Le précédent gouvernement avait prévu, sans l’annoncer, une baisse du montant de ces aides de 140 millions d’euros [...] Nous n’avons pas d’autre solution que de la mettre en œuvre pour combler le déficit. Même si cela ne fait jamais plaisir de baisser des aides. »

- Jacques Mézard, dans Le Parisien -

Mézard voudrait-il se déculpabiliser ? Pourtant, il fait bien le choix de poursuivre et mettre en œuvre les mesures votées par le gouvernement Hollande. Et pour (essayer) de faire passer la pilule, il déclare ces propos sur le ton de la fatalité : cela ne fait pas « plaisir » mais « nous n’avons pas d’autre solution » pour faire des économies à l’Etat.

Le 4 juillet dernier, le Premier ministre Édouard Philippe a qualifié le dispositif des APL « d’exemple de dépense publique coûteuse et inefficace », lors de son discours de politique générale.

Quant à Claire O’Petit, députée En Marche qui a fait preuve d’un mépris total pour les bénéficiaires des APL, maintient ses propos et se justifie, en restant dans le ton « il-faut-se-serrer-la-ceinture » :

« J’ai bien parlé des étudiants pour les 5 euros, je n’ai pas généralisé. [...] Les étudiants en ce moment sont chez papa-maman ou ils travaillent parce qu’il n’y a plus de cours, et ils vont toucher leur APL en entier. Ils reprennent en octobre, donc 16 centimes de moins pour octobre et novembre, excusez-moi, mais je ne pleure pas. »

Contrairement à Mézard qui veut nous tirer des larmes avec ses discours, O’Petit répond à sa première déclaration de manière extrêmement crue et violente. Mais surtout, comme pour de nombreuses réformes avant celle-ci, le message est clair : on nous montre que nous n’avons pas le choix pour baisser la tête et vider nos poches dans celles de l’Etat

…et justifie par les chiffres

Le ministre Jacques Mézard défend aussi son projet par les chiffres. Selon le gouvernement, de nombreuses études démontrent que le système d’aide au logement est responsable de l’inflation des loyers. Réduire les aides reviendrait donc à la baisse des prix des loyers. Ainsi, « quand on met un euro de plus sur l’APL, ça fait 78 centimes de hausse des loyers, » a dit Mézard. De plus, le coût de fonctionnement des APL s’élève à 600 millions d’euros. Sa conclusion est alors la suivante : « il faudra bien sortir de ce système qui est pervers. »

Revenons-en aux chiffres : 5 euros en moins par mois revient à 32,5 millions d’euros d’économie mensuelle pour l’Etat. Pour une année pleine, c’est 390 millions d’euros d’économie pour 1 250 milliards d’euros de dépenses publiques : en chiffre non astronomiques, si le gâteau des dépenses publiques de l’Etat était coupé en 3 205 parts, baisser les APL de 5 euros revient à priver l’Etat d’une part du gâteau. Autrement dit, ce dernier n’est pas prêt de se mettre au régime, surtout lorsqu’il veut aussi baisser l’impôt sur la fortune d’autre part.

Le gouvernement vise trois domaines pour réduire les dépenses publiques : les dépenses sociales, la formation professionnelle et le logement. Des priorités déjà risquées, au vu des contestations que la baisse des APL a pu faire émerger en seulement quelques jours, mais aussi pour un bien faible résultat : l’économie réalisée avec 5 euros d’APL en moins par mois n’est qu’une paille face au défi budgétaire de 20 milliards d’euros d’économies pour 2018 (ce qui revient à couper notre gâteau précédent en seulement 63 parts, et retirer une part représentant ce défi budgétaire).




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