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« Balancer les gens dans leur lit n’est pas ma politique », s’indigne un soignant en EHPAD

Ce témoignage révoltant d’un aide-soignant en EHPAD nous a été adressé après la publication de celui de Zam, aide-soignante et illustratrice. A l’instar du reportage d’Elise Lucet, il vient confirmer qu’il ne s’agit pas de situations isolées mais que le néolibéralisme à la sauce Macron est synonyme de mépris pour les personnes âgées.

Crédit photo : capture d’écran de l’émission Envoyé Spécial du 20 septembre.

« Je suis aide-soignant au sein d’un EHPAD associatif. Nous avons la chance de tout mettre en œuvre pour le bien-être de nos résidents. Cependant, la triste réalité revient au galop. Le matin, nous devons finir à tout prix nos accompagnements avant 10h30 pour les transmissions. Une heure que je ne comprends pas, puisque le principe même des transmissions est de communiquer lors du changement d’équipe à 6h, 14h et 21h. Nous nous sommes battus pour changer cet horaire mais notre direction a refusé de le décaler sous prétexte que certaines filles prenaient des pauses le matin. Enfin bref. Nous devons en moyenne aider 30 résidents par étage et aider au petit-déjeuner alors que nous ne sommes que deux ou trois soignants par étage. Et je ne vous parle pas des week-ends où nous sommes en effectif réduit.

Lorsque nous sommes du soir, après 20 heures nous nous retrouvons à deux soignants seulement. Ce qui veut dire que nous faisons tous les transferts de la salle de restauration à deux, soit un peu plus de 30 résidents chacun. Et nous devons coucher ces résidents en une heure, voire moins si nous voulons faire nos transmissions et finir à l’heure. Balancer les gens dans leur lit ne fait pas partie de ma politique. Où se trouve la dignité ? Il en va de même pour le gavage alimentaire et les toilettes faites au plus vite. De même qu’où se trouve la nôtre lorsque nous n’avons pas le matériel nécessaire pour faire des soins (absence de gants en vinyle, de gants de toilettes, de draps ou de serviettes) ou bien que les aides techniques (verticalisateur ou lève-personne) sont HS ou en nombre limité ?

Et nos salaires dans tout cela ? Nous n’avons pas le droit à la prime de pénibilité ? Je suis titulaire d’un diplôme reconnu par l’état et je ne gagne que 1350€ ! A côté de ça, les résidents déboursent en moyenne 2200€ par mois pour des conditions d’accueil indignes. On va droit dans le mur. Et que va faire la France pour nous soigner et permettre de mieux accompagner nos résidents et leurs familles ?

J’aime profondément mon métier mais les conditions de travail deviennent de plus en plus dures à cause des économies de merde et du profit à la place de l’humain. Cela fait 4 ans que je suis diplômé et que je fais ce formidable métier. Je continuerai à me battre pour nous, pour eux, pour notre avenir en tant que soignant et futur possible résident. »




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