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Politique

Justice de classe

Balkany avoue avoir des comptes offshore. Après Cahuzac, à quand le tour de Balkany ?

« L’homme le plus honnête au monde » pratique les montages financiers. Patrick Balkany dirige la mairie de Levallois-Perret depuis plus de 27ans cumulés, puisqu’il a dirigé la ville de 1983 à 1995 avant d’être battu par le candidat Chirac puis rattrapé par la justice pour « prise illégale d’intérêts » après avoir affecté trois agents municipaux de sa ville à son usage personnel pour entretenir son appartement et sa résidence secondaire, le moulin de Giverny. Il a été condamné à 15 mois de prison avec sursis, 200 000 francs d’amende et deux ans d’inéligibilité. Jérôme Cahuzac a pris 3 ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment d’argent début décembre. Ici, c’est le couple Balkany qui aurait oublié de déclarer une partie de son patrimoine au fisc. La justice a déjà saisi trois propriétés, le riad Dar Gyucy, contraction de Gyula, le prénom du père de Patrick Balkany et de Lucy, sa petite fille, la villa Pamplemousse à Saint-Marin et le moulin de Giverny. Accroché à son poste malgré de nombreuses secousses, il a fait des déclarations aux juges qui pourraient bien le précipiter enfin dans une tourmente judiciaire au sujet d’une quatrième villa, la villa Serena.

Le 5 octobre 2016, Patrick Balkany a été convoqué pour prise illégale d’intérêts et blanchiment de fraude fiscale aggravée. Après avoir nié, il a admis l’existence de fonds cachés dans des comptes offshore et posséder la villa Serena à Saint-Marin. Propriété où il était parti se réfugier après sa première condamnation. 

Après avoir été réélu à Levallois en 2001, Balkany a revendu la villa dissimulée derrière une société écran du Liechtenstein, Belec Etablissement, et une fiduciaire suisse, Atlas Finanz Services, qui est installée à Zoug, l’un des cantons préférés des évadés fiscaux. Patrick Balkany était le « bénéficiaire économique » d’un compte ouvert par Belec à la banque LGT du Liechtenstein, où ont été virés, en août 2002, plus de 2 millions d’euros, juste après la revente de la villa Serena. En 2014, Isabelle Balkany avait clairement dit à la justice qu’elle ne connaissait pas la villa. Patrick, lui, avait exercé son droit de silence. Située au bord de la plage avec accès direct à la mer, elle comporte six chambres, cinq salles de bain, une salle multimédia avec écran géant, une vaste terrasse entourée d’arcades, avec bien sûr une piscine king size. Comment oublier une telle propriété ? En revanche, elle avait reconnu détenir la villa Pamplemousse qu’elle avait acquise, selon elle, avec sa fortune personnelle. Au sujet de tout cet argent, Balkany insiste pour dire qu’il « ne s’agit en aucune manière d’argent provenant de la corruption ou d’une quelconque activité illicite » mais « de l’argent de sa famille » hérité après la mort de son père. Pourtant, si l’élu n’avait rien à se reprocher, pourquoi aurait-il, le 20 décembre 2013, soit 16 jours après l’ouverture de l’enquête, procédé à un nouveau montage financier avec la création d’une structure offshore, Unicorn, immatriculée aux Seychelles ? À l’aide de ce nouveau montage, il aurait ainsi fait disparaître 2,1 millions d’euros… le prix de la vente de la villa Serena.
Patrick Balkany qui est prêt à faire porter la faute sur son défunt géniteur, oublie sans doute que part le passé il a déjà eu recours à l’ouverture de compte en Suisse. Le 26 juillet 1994, il a ouvert un compte à la banque ABN Amro lui permettant d’empocher des commissions occultes versées par des entreprises travaillant pour l’office des HLM des Hauts-de-Seine. Il a été poursuivi pour complicité de trafic d’influence en 2000 pour ce dossier mais a été relaxé en 2005. Était-ce déjà son père et est-ce également lui qui a caché au fisc les luxueuses propriétés de son fils ? La justice a saisi à titre conservatoire plusieurs propriétés dont la villa de Marrakech, la villa Pamplemousse à Saint-Marin et le moulin de Giverny. 

Le riad Dar Gyucy à Marrakech, le fils du couple Balkany y est également mêlé. Alexandre Balkany loue à l’année ce somptueux palace et parfois le prête à papa et maman. Or, ce petit pied-à-terre a été acheté en janvier 2010 par une société panaméenne au porteur, Hayridge, dont l’ayant droit est Jean-Pierre Aubry, l’ancien bras droit de Patrick Balkany à la mairie de Levallois. « Les fonds qui ont permis l’achat, le versement d’un dessous de table et les travaux proviennent d’un compte à Singapour » détenu par une autre société panaméenne au porteur, Himola qui est contrôlée par ce même Aubry. Deux hommes d’affaires proches de Balkany ont alimenté le compte Himola. Georges Forrest, richissime industriel minier du Katanga, y a versé 5 millions de dollars. Mohamed Al-Jaber, un milliardaire saoudien un temps candidat à un projet immobilier de plus d’un milliard à Levallois y a mis également de sa poche. 

Balkany se défend en expliquant que le riad appartient à Al-Jabber, or celui-ci n’y a jamais mis les pieds, contrairement à notre bon Patrick qui l’a visité avant son achat et discuté de son prix avec le propriétaire. D’ailleurs depuis, le couple Balkany s’y comporte en propriétaire comme le montre le fait qu’Isabelle achète du mobilier de jardin pour la propriété, achat réglé par la société Himola, ou bien les serviettes en papier de la propriété sur lesquelles est imprimé le nom de la villa, impression faite chez un imprimeur en France et réglée en liquide par Madame Balkany, chose qu’elle a fait également pour la villa Pamplemousse et le moulin de Giverny. 

De plus, George Forrest connaît bien Balkany puisque ensemble ils sont intervenus dans un différend entre Aréva et le dictateur centrafricain François Bozizé. Balkany a également permis à Areva de faire l’acquisition pour 1,8 milliard d’euros de plusieurs mines d’uranium en 2007, mines où les gisements sont inexploitables. C’est ce qu’on appellera le scandale de l’affaire UraMin. Pour cette généreuse intervention, Balkany aurait touché 8 millions de dollars sur un compte à Singapour. Un compte à Singapour a étrangement servi lors de l’achat du riad. Le maire de Levallois est également inquiété pour corruption dans cette affaire.

L’étau se resserre autour du couple Balkany. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Patricia Simon, en charge du dossier depuis fin 2013, ont enfin pu mettre en difficulté les Balkany qui ont admis détenir des comptes offshore. Pourtant, rien n’est joué encore et le couple connu pour ses affaires pourrait une fois encore s’en sortir. En effet, la justice n’est pas la même pour la classe des dirigeants que pour nous. En un peu plus de 15 ans, le couple a été inquiété dans pas moins de 11 affaires, corruption, blanchiment de fraude fiscale, trafic d’influence, etc. La dernière en date, abus de faiblesse. Une ancienne employée municipale, proche des époux Balkany, aurait épousé en 2014, lors d’un mariage prononcé par Patrick et se trouvaient Isabelle, témoin de la mariée, ainsi que deux de leurs proches, sans la famille du marié. Le marié dont la maison était convoitée pour un projet immobilier et qu’il a toujours refusé de vendre. Une fois mariés, ils ont vendu la maison puis déménagé en Normandie, libérant ainsi le champ au projet immobilier. Rien de choquant si ce n’est le fait qu’ils se soient séparés juste après. La famille du pauvre homme a saisi la justice pour abus de faiblesse. Les Balkany ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La plus grande majorité des politiciens vivent de malversation tandis qu’ils s’engraissent sur le dos des revenus payés par les salariés. Quand ils ne volent pas ouvertement et détournent des fonds. Avec ce changement de défense des Balkany, c’est potentiellement les barreaux qui se rapprochent.




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