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Édito

Bataille du Rail. Vers la fin de l’unité syndicale ?

Entre les tergiversations du côté de la CFDT et de l'UNSA et la bataille ouverte publiquement entre la CGT et Sud Rail, l'intersyndicale à la SNCF semble battre de l'aile. La faute, avant tout, aux intérêts d'appareil des différentes organisations syndicale, et ce alors que la Bataille du Rail est loin d'être terminée.

Ces derniers jours, les divergences et les manœuvres des différentes composantes de l’intersyndicale historique à la SNCF sont de plus en plus visibles, ce qui fait les choux gras de la presse dominante. Symptôme important de cette fissure l’unité de façade – car il s’agit d’un secret de polichinelle que de dire que les différentes directions syndicales ont des point de vue différents sur la grève – la déclaration publique de la CFDT Cheminots, appelant à suspendre la grève pour les TER et RER lors des épreuves du baccalauréat, sur demande expresse d’Edouard Philippe. De son côté, l’UNSA s’est émue non pas de la manœuvre en elle-même, mais plutôt de la méthode. « Ils reprennent unilatéralement une proposition que nous avions mise sur la table de l’intersyndicale la semaine dernière et qu’ils avaient eux-mêmes rejetée. Ce ne sont pas des méthodes » s’est ainsi offusqué un représentant de l’UNSA ferroviaire, sans doute agacé d’être « doublé » par la CFDT, qui cherche à entrer dans les bonnes grâces de Macron.

La bataille fait également rage entre la CGT et Sud Rail. En effet, ce dernier s’est vu, le 13 mai dernier, « non convié » à une réunion de l’interfédérale, sous le prétexte de la mise en place, au début du conflit, d’un préavis de grève distinct et d’un désaccord sur la question des négociations de la convention collective. Sud Rail, de son côté, a depuis le début défendu la nécessité d’une grève reconductible, sans pour autant mener vraiment la bataille jusqu’au bout. Récemment, de nombreuses assemblées générales se sont prononcés pour « bouger » le calendrier malgré une forte pression, même de la part des appareils, à l’unité. En réalité, ce qui transparaît de cette situation, c’est que la CGT Cheminots cherche avant tout à éviter un tête-à-tête avec Sud Rail, alors que la CFDT et l’UNSA guettent le meilleur moment pour sortir du conflit. Quant à Sud Rail, le « tournant à gauche », qui a pris la forme d’une interpellation publique (enfin !) de la stratégie mise en œuvre, s’apparente à une volonté de se positionner pour capitaliser sur une partie de la colère qui s’exprime à la base contre cette « stratégie de la défaite » et sur les méthodes bureaucratiques pour l’imposer.

Ce qui est particulièrement frappant, au milieu de ces manœuvres multiples, c’est de voir à quel point la grève en elle-même, et plus largement les intérêts des cheminots grévistes, syndiqués ou non, sont relégués au second plan. Le fait que, lors de la fameuse interfédérale du 13 juin, un dispositif de CRS massif ait été déployé pour empêcher les cheminots grévistes
syndiqués et non-syndiqués venus, sous l’impulsion de l’Intergare, d’interpeller les directions syndicales pour réaffirmer le retrait du pacte ferroviaire sans condition ni négociation et la mise en place d’un nouveau plan de bataille face à un gouvernement qui reste intransigeant est en ce sens hautement significatif.

Pour les directions syndicales, les intérêts d’appareil priment sur les intérêts des cheminots. Et c’est bien cela qui non seulement explique l’acharnement à transformer les assemblées générales en simples « meetings syndicaux », sans prise en main réelle de la lutte par la base, mais aussi qui, aujourd’hui, est en train de fissurer une unité qui n’était que de façade, et ce depuis le départ.

Quoi qu’il en soit, la réalité de la grève aujourd’hui est également le fait que les cheminots ne lâchent pas et restent déterminés et nombreux en grève pour le retrait du pacte ferroviaire. Cela reste le principal caillou dans la chaussure de tous ceux qui voudraient siffler la fin de la partie.




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