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Politique

Une trahison de plus ?

Bataille du rail. La CFDT prête à abandonner le mouvement de grève à la SNCF ?

Invitée de France Info, Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe de la CFDT, a annoncé les conditions pour un retrait de la fédération syndicale du mouvement du rail. Une preuve en bonne et due forme que l'unité des cheminots passe par une prise en charge collective, par la base, du mouvement.

Crédits photo : AFP/JACQUES DEMARTHON

Alors que la bataille du rail est à un tournant, plus encore après un 1er mai aussi réussi que violemment réprimé, la CFDT semble plus proche que jamais de briser l’unité syndicale historique à la SNCF.

« On a le respect de la démocratie politique, quels que soient les gouvernants en place. Nous on s’inscrit dans le débat avec eux, dans la discussion, la négociation » a ainsi annoncé Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe de la CFDT, ce 1er mai sur France Info. Mais il ne s’agissait que d’un prélude. Ainsi, Descacq est allée jusqu’à explicitement pointer deux points pour que la CFDT rompe l’unité de lutte contre la réforme du ferroviaire : « Il faut que l’État s’engage très clairement sur la reprise de la dette de la SNCF, un montant, un calendrier, sinon la SNCF continuera d’être dans la difficulté d’investir. Autre sujet, la convention collective. Dans la mesure où la SNCF va s’ouvrir à la concurrence, il va y avoir de la mobilité des salariés dans le rail. Donc il faut une convention collective qui protège tous les salariés du rail, SNCF ou pas. Là, ce sont les employeurs qu’il faut mettre en demeure de négocier ». Tout un programme. Si nous savions déjà que la CFDT avait abandonné la défense du statut des cheminots, voici maintenant qu’elle en vient à légitimer la mise en concurrence et donc, par conséquent, la privatisation du service public du rail.

Des déclarations d’autant plus explicites que le gouvernement, par la voix d’Edouard Philippe, a lui même déclaré que 35 milliards de la SNCF serait repris par l’État. Autant dire que l’on ne sait pas vraiment ce que Descacq veut négocier, si ce n’est peut être le calendrier de reprise. Quant à la convention collective, étant donné qu’elle se négocie directement avec l’entreprise, il s’agit juste d’une pirouette assez ridicule visant avant tout à limiter la mobilisation actuelle au cadre sectoriel des cheminots. Une position d’autant plus claire que Laurent Berger s’érige, à grand coup de déclaration fracassante, à toute convergence des luttes.

La preuve par A+B de la nécessité d’une prise en main de la mobilisation par la base, pour assurer l’unité de l’ensemble des cheminots

Clairement, la CFDT prépare sa sortie du mouvement de lutte contre la réforme ferroviaire, et ainsi s’apprête à briser l’arc intersyndical historique à la SNCF.

L’argument du maintien de l’unité était pourtant particulièrement mis en avant par les directions syndicales, par la CGT Cheminots mais aussi, en partie, par Sud Rail, pour refuser systématiquement toute discussion autour de « l’accord » sur la grève perlée et la mise en place d’assemblées générales décisionnaires, y compris sur les modalités d’action. Aujourd’hui, la CFDT, dans une situation de stagnation de la mobilisation, cherche avant tout à s’afficher, auprès du gouvernement, comme un interlocuteur privilégié. Ni plus, ni moins.

C’est pourquoi l’ouverture réelle du débat, la prise en charge directe de la lutte par l’ensemble des cheminots et la subordination totale des syndicats aux décisions des AG, est à la fois la meilleure des méthodes pour massifier le mouvement (difficile de reprocher à des cheminots d’être peu enclin à venir à des AG aux allures de meeting syndicaux, sans possibilité de s’exprimer et encore moins de décider du mouvement) mais aussi de maintenir l’unité.

Alors que la menace d’un affaiblissement de la mobilisation est aujourd’hui une réalité, et que la prétendue « entente au sommet » censée maintenir « l’unité » apparaît comme une impasse, il s’agit de ne plus attendre et d’imposer des assemblées générales décisionnaires. Que ce soit au sujet des revendications, des modalités de grève ou d’action, le maintien de l’unité de l’ensemble des cheminots (90% des cheminots ont fait à minima un jour de grève) passe par la démocratisation des cadres de décisions du mouvement. Il s’agit là d’un des éléments qui pourrait bousculer le statut quo en faveur des travailleurs, et ainsi se donner le maximum de chances de gagner contre Macron et ses réformes.




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