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Politique

Emplois fictifs

Bayrou reconnaît avoir « recasé » des salariés à Bruxelles

Dans une interview publiée par le journal Sud-Ouest le 23 juin, François Bayrou a reconnu avoir placé des salariés du Modem comme assistants parlementaires au parlement européen. Visé par une enquête préliminaire et contraint à la démission de son poste de Garde des sceaux, le président du Modem en charge du projet de loi de « moralisation de la vie politique » continue sa chute, après avoir largement contribué à la victoire de Macron aux présidentielles.

Alors que le gouvernement tente d’éviter une première crise politique en procédant à un remaniement, le ministre de la Justice démissionnaire François Bayrou s’enfonce, tel un Fillon, dans une de ces affaires de détournements de fonds et d’emplois fictifs devenues banales dans le régime de la Ve république. Depuis début juin, le président du Modem est en effet visé par une enquête préliminaire.

Détournement de fond public en « période de mauvaise passe »

Dans une interview publiée par le journal Sud-Ouest le vendredi 23 juin, le président du Modem et ex-ministre de la Justice du gouvernement Macron-Philippe 1 a reconnu que son parti avait utilisé les fonds du parlement européen pour payer ses salariés. François Bayrou a justifié ces détournements de fonds par la « période de mauvaise passe » que traversait la formation centriste après sa défaite électorale aux législatives de 2007. Le faible score obtenu par le Modem avait fait fondre le financement public indexé sur le nombre de députés, et le parti avait besoin d’argent. Il a donc consciemment pioché dans les caisses publiques européennes.

Déjà visé par une enquête préliminaire pour « abus de confiance », les révélations et témoignages accablants s’accumulent contre l’éphémère Garde des sceaux. Le 09 juin, un ancien assistant parlementaire européen auprès d’un député centriste affirmait avoir été témoin du « système Bayrou » : des pratiques d’emplois fictifs et de détournement d’argent mis en place par le président de l’UDF, qui deviendra Modem en 2007. « Les budgets des assistants parlementaires servaient à financer le fonctionnement du parti politique », affirme l’ancien assistant parlementaire. Pour Charles de Courson, député Nouveau centre, « tout le monde connaît ce système […]. D’ailleurs, c’est une pratique qui ne concerne pas que les eurodéputés, elle peut concerner les parlementaires nationaux. »

Derrières les affaires, les difficultés politiques du premier gouvernement Macron

Depuis la victoire de LREM aux législatives, c’est un peu la « chute du faucon noir » pour François Bayrou, devenu inutile à un Macron majoritaire à l’assemblée nationale, même sans les députés Modem. Un ministre de la justice en charge d’un projet de loi de moralisation de la vie politique qui se retrouve au cœur d’une affaire d’emplois fictifs, c’est légèrement encombrant pour un gouvernement dont le premier objectif est l’écrasement du Code du travail et la mise en place d’un état d’urgence permanent. Le président, en écartant ces ministres, évite ce qui aurait pu devenir la première crise politique de ce gouvernement très faiblement élu (les députés LREM ont été élus avec une moyenne de 22,5% des inscrits au second tour). Malgré une majorité à l’Assemblée nationale, le gouvernement Macron repose sur des fondations fragiles entamées par la défiance des classes populaires envers la classe politique et l’hostilité envers ses politiques antisociales et sécuritaires. Le remplacement des figures connues du Modem par d’illustres inconnus renforce en outre l’aspect « technocratique » du gouvernement Macron-Philippe, placé désormais sous la souveraineté absolue de l’Elysée.




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