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Monde

Crise politique en Belgique

Belgique : démission du premier ministre à 5 mois des élections

Il y a une semaine les nationalistes flamands du N-VA ont quitté le gouvernement du premier ministre libéral belge Charles Michel, en prenant pour prétexte la question du Pacte de Marrakech. En réponse, Charles Michel a tenté un virage à gauche pour convaincre PS et Ecolo de former une coalition. Sans succès, Charles Michel a décidé de démissionner anticipant la motion de destitution qu’ils s’apprêtaient à soumettre.

Crédit photo : Photo News

La Belgique renoue avec ses vieux démons. Après les élections de 2010, il a fallu attendre le 6 décembre 2011 pour qu’un gouvernement puisse se former, 541 jours exactement. Avec la démission de Charles Michel, premier ministre du parti Mouvement Réformateur (MR, centre droite libérale) en poste depuis 2014, la crise politique que connait la Belgique rappelle une époque difficile.

Il y a une semaine, le parti nationaliste flamand N-VA quittait le gouvernement sous prétexte que le premier ministre avait maintenu sa position de signer le Pacte de Marrakech. Ce pacte de Marrakech qui focalise l’attention et les hystéries de l’extrême-droite européenne consiste en une ratification d’un texte sur l’accueil des migrants proposée par l’ONU. Sans aucun caractère contraignant, c’est d’un humanisme de façade dont se dote les pays européens le ratifiant – la France comprise.

Depuis une semaine, le gouvernement avec sa coalition orange et bleu composé de MR, CD&V (démocratie chrétienne) et OPEN-VLD (libéraux) avait tenu tant bien que mal. Charles Michel s’était entretenu avec les différents partis pour tenter de les convaincre de rejoindre le gouvernement sans succès.

Ce mardi devant le Parlement, Michel a tenté le tout pour le tout : « Nous sommes confrontés à une situation exceptionnelle qui exige une réponse exceptionnelle », a-t-il déclaré, promettant de faire l’opposé de la politique qu’il mène depuis 4 ans. Politique qui a mis plusieurs milliers de belges dans la rue notamment en octobre dernier, époque à laquelle 20 000 personnes ont protesté contre la réforme des retraites. Essayant de répondre à la question des Gilets Jaunes notamment sur le coût de l’électricité, il promettait de faire un virage à gauche et écologique pour séduire le PS et Ecolo, en appelant à une « coalition de bonne volonté ». Le tout en promettant de faire un travail sur la sécurité pour continuer de dialoguer avec le N-VA. Un grand écart impossible à tenir.

L’opposition du centre comme de gauche, lors de la séance, ont tiré à boulets rouges sur Michel et son bilan de quatre ans avec les nationalistes flamands du N-VA, de la coalition dîtes suédoise. Plusieurs formations ont exprimé leur volonté de soutenir « une motion de méfiance ».

Le PS et Ecolo ont donné une fin de non recevoir

« Demandez-nous la confiance sur la base d’un vrai programme de relance. L’heure n’est pas à l’orgueil, l’heure est à la lucidité, sans quoi vous n’aurez ni confiance, ni soutien », a expliqué Ahmed Laaouej du PS.

Georges Gilkinet d’Ecolo a quant à lui expliqué : « Si vous ne clarifiez pas, nous devrons voter la méfiance et ce sera les affaires courantes ».

Après une interruption de séance, Charles Michel a décidé de donner sa démission et de la soumettre au Roi qui pour l’instant a mis sa décision en suspens. C’est-à-dire que pour l’instant, il n’y aura pas d’élection anticipée et le gouvernement actuel va gérer les affaires courantes, jusqu’à sa décision, voir jusqu’en mai prochain pour les élections législatives fédérales.

N-VA et Vlaams Belang, l’extrême-droite, grand gagnant de la crise ?

Qui peut tirer son épingle du jeu de cette crise politique ? Tout d’abord c’est une défaite pour la coalition orange, des démocrates-chrétiens (CD&V) et bleu (MR et Open-VLD), des démocrates-chrétiens et des libéraux. Ces partis ont une double responsabilité. La première est celle d’avoir essayé de trouver des accords et des compromissions avec les nationalistes flamands du N-VA. De plus, le N-VA n’a pas cessé d’accuser CD&V et OPEN-VLD d’être responsable de leur départ du gouvernement. La seconde d’avoir « lâché » le 1er ministre lors de son allocution « très à gauche » devant les parlementaires. Lors de l’allocution de Charles Michel, la présidente de l’Open VLD Gwendolyn Rutten a écrit un tweet pour se dissocier du Premier ministre.

C’est ainsi malheureusement le N-VA qui sort vainqueur. Le N-Va a prouvé qu’il pouvait gouverner pendant 4 ans en faisant des compromis notamment sur ses positions xénophobes. Les élections communales d’octobre ont vu une montée significative de Vlaams Belang, parti d’extrême droite, surfant sur un programme ouvertement xénophobe, ils ont récupéré les voix du N-VA qui a été obligé de mettre de l’eau dans son vin sur cette question pour gouverner. Le Pacte migratoire a été l’excuse pour rompre avec le gouvernement lui permettant de revenir sur le terrain anti-migrants.

C’est donc sur un calcul politique que le N-VA a plongé la Belgique dans la crise, dans son intérêt propre, pour ne pas laisser le champ libre au Vlaams Belang quitte à trahir ses positions sur le budget qui lui permettait d’avoir le soutien de grands patrons flamands.

Le Vlaams Belang pourra toujours dénoncer de telles manœuvres de la part du N-VA et continuer sa campagne réactionnaire, pour les européennes et les législatives fédérales, profitant du pourrissement des partis traditionnels belges.

Si des élections doivent avoir lieu, cela se fera lors d’une campagne éclair de 40 jours. Ce n’est pas sûr qu’un gouvernement puisse être formé dans la foulée comme en 2010. Les élections qu’elles soient dans les deux mois ou dans 5 mois comme prévues initialement, verront une Belgique de plus en plus divisée en deux. Entre une Flandre qui vote à droite voire à l’extrême droite et la Wallonie qui vote à gauche, voire extrême gauche : le Parti des Travailleurs Belges (PTB, gauche radicale) a fait une nette percée lors des élections communales. La crise politique, en Belgique comme ailleurs, met à sang les appareils traditionnels de la démocratie bourgeoise et fait émerger un nouveau champ des possible qui peut s’exprimer, pour le pire, à l’extrême-droite, ou pour le meilleur, vers une transformation progressiste de la société.




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