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Politique

Affaire Benalla

Benalla - l’épisode sénatorial : beaucoup de bruit pour peu d’éclaircissements

Ira, Ira pas ? Après un suspens médiatique entretenu pendant plusieurs jours durant lesquels Benalla s’est payé le luxe de tenir la dragée haute aux sénateurs, de les insulter, et de traîner les pieds pour se rendre à leur convocation, l’enquête du Sénat a bel et bien repris son cours, avec trois auditions mercredi 12 septembre… sans beaucoup de résultats. Peut-être en saura-t-on plus lors de l’audition de Benalla lui-même le 19 septembre ?

Des sénateurs « respectueux » de la séparation des pouvoirs

La convocation de « ces petites personnes » pour lesquelles « il n’a aucun respect » a finalement été acceptée par Benalla, mardi soir. Non sans que l’affaire ait pris la tournure d’un bras de fer entre l’exécutif et le sénat. Nicole Belloubet, ministre de la justice et garde des sceaux est même allée jusqu’à apporter son aval aux réticences du « chargé de mission » de Macron, en arguant du fait « qu’il ne doit pas y avoir d’interférence entre une enquête parlementaire et une information judiciaire car la personne en cause n’a pas les mêmes droits ». Ce qui bien sûr a provoqué des réactions indignées, comme celle du président LR de la commission d’enquête, Philippe Bas, ou de la sénatrice Esther Benbassa d’EELV, ou d’autres encore qui l’accusent d’instrumentaliser la séparation des pouvoirs et lui conseillent de s’en montrer elle-même plus respectueuse.

Dans un tel contexte, les sénateurs de la commission d’enquête, prudents, se sont bien gardés de dépasser un tant soit peu le rôle qui leur était assigné. Respectueux de « l’indépendance de la justice » ils se sont contentés de rester sur l’objectif énoncé, comprendre comment et pourquoi cet ancien collaborateur de l’Élysée a pu, alors qu’il était simple observateur des manifestations du 1er mai, procéder à deux reprises à des interpellations musclées.

Des réponses qui les laissent sur leur faim

Les sénateurs ont procédé à trois auditions successives. Leurs questions ont visé principalement à préciser les missions de Benalla relatives à la sécurité du président et les conditions dans lesquelles il a pu se trouver porteur d’une arme de police.
Premier auditionné, le chef de cabinet de Macron, François-Xavier Lauch s’est appliqué essentiellement à ouvrir le parapluie. S’évertuant à minimiser la portée des missions de son subordonné, il n’a pas oublié de souligner qu’il était lui-même en mission préparatoire en Nouvelle-Calédonie au moment des faits. Et pour agrandir encore la surface du parapluie, il a répété que M. Benalla avait eu "un comportement individuel fautif" le 1er mai mais qu’il avait « à l’évidence agi en dehors de ses fonctions à la présidence de la République ». Il n’aurait, selon lui « jamais exercé de missions de police » mais seulement des missions « très administratives », comme par exemple l’organisation des déplacements en France du président. Il s’agissait surtout pour lui de démontrer que Benalla ne touchait pas à la sécurité du Président, tâche sensible qui incombe à des unités d’élite de la police et de la gendarmerie.

Le commandant militaire de l’Elysée, le général Bio-Farina, entendu après le chef de cabinet, a cependant tenu des propos qui ont pu paraître contradictoires. Selon lui, Alexandre Benalla était « un petit peu la charnière entre ce que fait le GSPR et le commandement militaire ». Etre la charnière, ne fût-ce « qu’un petit peu », entre les deux unités en charge de la sécurité du président ne semble pas relever de missions « très administratives ».

Troisième et dernier auditionné Maxence Creusat, commissaire de police à la direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris. Il s’est contenté de jurer qu’il était exempt de toutes relations de « copinage » avec le sieur Benalla. Une protestation d’innocence qui n’a pour elle, au moins pour l’instant, que sa véhémence puisqu’étant mis en examen pour avoir transmis des documents de vidéo-surveillance à Benalla, il ne peut s’exprimer sur les faits…

On comprend, après cela, que les sénateurs, restent sur leur faim et soient déçus de cette journée d’auditions, même s’ils ne l’expriment que sous les formes atténuées qui conviennent à des sénateurs : « Je ne dirais pas que nous avons eu des réponses claires à toutes les questions posées » a déclaré le président de la commission, Philippe Bas, que Benalla avait gentiment traité de « petit marquis ». Et il ajoute : « Il reste toujours des contradictions et c’est à nous de les éclairer »…comme le port d’armes d’Alexandre Benalla ou ses missions de protection rapprochée.

Une affaire à suivre… si elle ne se referme pas

La montée au créneau de la ministre de la justice, aux côtés de Benalla, sous couvert de défense de la séparation des pouvoirs, représente une prise de risque considérable ; surtout dans un contexte de rentrée très fragilisant pour le président et la Macronie, en général. Croiser le fer avec une institution comme le Sénat pour un président qui se veut Bonaparte mais dont la faiblesse grandit chaque jour, ne peut relever que d’une conscience de l’enjeu porté par l’affaire Benalla. François-Noël Buffet (LR), vice-président de la commission des lois le flaire certainement lorsqu’il déclare, à l’issu des trois auditions : « Toutes les contradictions ne sont pas levées et on en déduit la gêne gouvernementale ». Et d’ajouter : « On voit bien que cet homme était ultra-protégé ».

La prochaine échéance c’est donc l’audition de Benalla, probablement le 19 septembre. Mais il y a fort à parier que l’ombre ne sera pas levée. Elle risque même encore de s’obscurcir tant il serait dramatique pour Macron qu’apparaisse au grand jour le recours à des barbouzeries aux antipodes de la nouvelle morale politique que le candidat brandissait comme un étendard, lors de sa campagne présidentielle.




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