Politique

Condamnations à géométrie variable

Berger et la CFDT se découvrent un nouvel amour : les flics

Publié le 5 mai 2016

Rien de plus sincère qu’un cri du cœur et Laurent Berger s’est livré à une véritable déclaration, hier, en direct, sur RMC et BFMTV. Après ça, les deux chaînes pourraient rivaliser, niveau petites annonces, avec Le Chasseur Français : « bureaucrate syndical favorable à cette grande loi de progrès social dite Loi Travail souhaite consolider un rapport durable avec tout individu en uniforme et armé d’une matraque qui sait taper très fort ou éborgner les manifestants contre ladite Loi Travail ». C’est en substance ce qu’a déclaré le secrétaire générale de la CFDT.

Corinne Rozenn

Pas un mot pour les jeunes au crâne fracassé, pour les milliers de manifestants gazés, pour camarade rennais qui a perdu un œil en raison des violences outrancières des forces de répression. Dans son direct sur RMC-BFMTV, Laurent Berger n’en avait que pour les « policiers blessés ». Il paraît qu’ils sont 300. 300 de trop, selon le patron de la CFDT, qui trouve « insupportables les attaques dont ils font l’objet ».

Après tout, on ne pouvait s’attendre rien d’autre de la part du chef d’une centrale syndicale dont la direction a fini par applaudir des deux mains la Loi El Khomri (et ce contre l’avis de certaines de ses fédérations, dont la métallurgie) et au sein de laquelle est encartée l’une des principales organisations de poulets, Alternative Police-CFDT.

L’objet du scandale n’est pas tant les bouteilles lancées contre les forces de répression mais les deux affiches siglées CGT Info Com du 19 avril et du 3 mai qui ont déjà fait bondir le sinistre de l’Intérieur et assassin de Rémi Fraisse, Bernard Cazeneuve. Pour la CFDT, « il faut respecter les policiers (...). Ces deux affiches, a poursuivi Berger, sont insupportables (...) C’est irresponsable. Cela mérite une condamnation ». Après avoir secondé Hollande sur la Loi Travail, Berger va-t-il se porter partie civile contre la CGT à propos de ces deux affiches ?

Découvrant la lutte des classes à partir du mouvement de rejet massif que génère la Loi Travail au sein de la population, chez les travailleurs, les retraités et la jeunesse, Berger a également dit redouter « le climat social et même sociétal (sic.) actuel. Je redoute le climat d’affrontement permanent, la recherche d’adversaires. On est en train de perdre des valeurs et de considérer que ce qui fait sens dans notre pays, c’est de se foutre sur la gueule ».

Quand c’est les patrons qui nous foutent sur la gueule, Berger trouve cela absolument démocratique et en adéquation avec « nos valeurs ». Dès qu’il passe par la tête de quelqu’un de riposter, cela mérite « condamnation ». On voit bien que la CFDT a renoncé depuis belle lurette à toute référence aux « valeurs chrétiennes », depuis la déconfessionnalisation du syndicat, en 1964. Il paraît que la Bible nous dit qu’il faut savoir « pardonner ». Berger, lui, hurle avec les chiens de garde du capital. Il faut croire qu’un type pareil serait capable de vendre son frère au Medef pour trente pièces d’argent.