^

Politique

Au congrès de la CFDT

Berger, vent debout contre le « syndicalisme mortel », cherche à s’attirer les grâces de Macron

Ce jeudi, Laurent Berger a été réélu secrétaire général de la CFDT, lors du congrès de la confédération syndicale qui s'est tenue à Rennes. Et si, dans le discours, Berger a affiché ses divergences avec la politique de Macron, il s'est avant tout évertué à s'afficher en interlocuteur possible de « Jupiter ».

Crédit Photo : Bertrand Guay / AFP

Alors que mercredi, le bilan de Laurent Berger a été approuvé à 83,36%, bien que nombre de délégués ont fustigé la politique de la CFDT, notamment lors des ordonnances Macron de septembre 2017, le secrétaire général a été reconduit ce jeudi. Un numéro d’équilibriste pour Berger, qui a affiché à la fois ses désaccords avec Macron tout en mettant en avant la stratégie de « lutte » (si l’on peut dire...) de la CFDT.

« Syndicalisme mortel » ; « pseudo-combativité » : Berger veut plus de dialogue social pour être le collaborateur n°1 de Macron

C’est ainsi que Laurent Berger a d’abord lancé une opération séduction auprès des délégués, qui se succédaient à la tribune pour critiquer la politique de la CFDT lors des dernières échéances. « Je comprends votre mécontentement, votre colère, vous, militants engagés sur le terrain. Je les comprends et je les partage » a ainsi lâché le secrétaire général, n’hésitant pas à afficher son désaccord profond avec la politique de Macron... et surtout avec la méthode, qu’il estime impossible à maintenir sur les 4 prochaines années du quinquennat. « Il n’y aura pas de transformation en profondeur de la société contre ses acteurs, sans ceux qui mettent en œuvre les réformes » a t-il ainsi affirmé. Le message est clair : pour appliquer les contre-réformes néo-libérales, Macron a besoin de l’appui des fameux « corps intermédiaires »... et Berger entend placer la CFDT en pôle position.

Particulièrement attaqué sur sa position vis à vis du combat contre la loi travail XXL en septembre 2017, Berger a usé d’une pirouette étonnante et s’est caché derrière le respect de la démocratie, car Macron ne faisait que mettre en œuvre son programme.. « Faire cela juste après l’élection d’un nouveau président qui applique son programme… Quel cadeau nous leur aurions fait ! »a t-il ainsi lancé, sans prendre en compte le fait que seulement 18% de la population a voté pour Macron (si l’on prend en compte les non-inscrits, les abstentionnistes et les votes blancs...) et affirmant que la défaite était certaine. Un véritable nostradamus.

Mais Berger ne s’est pas contenté de défendre son bilan. Il a également été à l’offensive, se voulant le porte drapeau d’un syndicalisme 2.0, sur son modèle CFDTiste bien évidemment. « Le syndicalisme est mortel quand il se limite à dénoncer, à s’indigner, sans jamais apporter de résultats qui améliorent, ici et maintenant, la situation des travailleurs. […] Le syndicalisme est mortel, quand il montre son impuissance et s’enferme dans la spirale d’une radicalité stérile. » a t-il ainsi lâché. L’objectif est donc clair : désarmer totalement les travailleurs sur le terrain de la lutte des classes, qu’il s’agirait purement et simplement de déserter, pour les doux et confortables fauteuils de Matignon. 

Des objectifs élevés pour dépasser la CGT : La méthode de Berger pour contrecarrer la crise du syndicalisme... et étouffer les contestations de la classe ouvrière

Pour les 4 années à venir, le principal objectif de Laurent Berger est tourné vers cet objectif primordial de devenir l’interlocuteur n°1 de Macron. Ainsi, le secrétaire général de la CFDT vise une augmentation de ses effectifs de pas moins de 20% ! Si de nombreux délégués se sont montrés sceptiques face à cette annonce, visant plutôt 10% de hausse des effectifs, il est clair que cette opération de course à la carte vise à détrôner la CGT, notamment dans la fonction publique. 

En soi, cet objectif ressemble presque à un effet d’annonce, alors que les effectifs des syndicats, toutes centrales confondues, ont fondu ces dernières années, symptôme d’une crise profonde du syndicalisme français. D’autant plus que ce sont bien les multiples trahisons des différents bureaucrates syndicaux qui sont la source même de cette crise. Il va sans dire que la ligne tenue par Berger lors du congrès de Rennes tend plutôt à poursuivre et approfondir la tendance à une plus grande collaboration avec le gouvernement, et ce alors que Macron et ses ministres restent sur une ligne frontalement opposée, préférant passer en force en sautant les « corps intermédiaires ». En définitive, Laurent Berger cherche bien à renforcer la position de la CFDT, dans le public comme dans le privé, pour parvenir à contenir les explosions de colère des travailleurs, maintenir un semblant de paix sociale et surtout devenir un soldat indispensable du macronisme.

En soi, Berger est conscient que le gouvernement, dans le contexte et le climat social actuels marqués par une possible exacerbation de la colère sur le terrain de la lutte des classes, pourrait avoir besoin, à terme, de « soldats » de sa trempe : prêts à toutes les ignominies pour vendre les travailleurs et imposer les réformes de Macron. Une politique qui pourrait être, sur le moyen-long terme, à double tranchant, tant la politique de Macron est une véritable fabrique à radicalité. Le retour de bâton pourrait ainsi faire très mal, alors que les postures de façade commencent à faire jaser en interne, et pourrait aussi faire exploser une crise XXL entre la direction et la base de la CFDT.




Mots-clés

CFDT   /    Emmanuel Macron   /    CGT   /    Politique