Politique

La réaction n’a plus de limite !

Béziers. Après les affiches xénophobes, Robert Ménard fait adopter un référendum anti-migrants

Publié le 19 octobre 2016

Robert Ménard a fait adopter en conseil municipal un référendum illégal sur une prérogative qui revient à l’État et non aux communes : l’hébergement d’urgence des migrants.

Léo Serge

Ce 18 octobre 2016, le conseil municipal, dans cette mairie proche du FN, a été particulièrement tendu. En effet, il se tenait en public, comme tous les conseils municipaux, et de nombreux manifestants sont venus dans la salle pour crier leur colère. « Ménard démission » et « Ménard facho » se sont fait entendre, avant d’être sortis manu militari. À l’extérieur, une manifestation réunissait plus de 100 personnes contre la perspective d’un projet de référendum sur la présence de migrants. Les drapeaux d’Ensemble, du PCF, de SOS-racisme étaient brandis tout comme des inscriptions « Migrants bienvenus, référendum non ».

Le projet du référendum ayant été annoncé à l’avance, le préfet avait écrit à Robert Ménard pour lui « rappeler la loi » : « Je me dois dès à présent de vous indiquer que si cette délibération venait à être adoptée, je serais conduit à en demander la censure par le juge administratif par la voie d’un référé-suspension ». Déjà le 1er octobre, le maire d’Allex, dans la Drôme, avait dû renoncer à organiser un référendum sur les migrants dans sa commune, le tribunal administratif ayant jugé illégal ce référendum.

Il y a deux choses à dire : l’utilisation du peu de pouvoir politique des communes pour mener une politique anti-migrants est une politique ignoble qui rappelle à beaucoup les politiques anti-migrants des années 1930. C’est une politique raciste assumée, basée sur la xénophobie et la haine. Rien de très étonnant venant de Robert Ménard dont les saillies racistes et ultraviolentes, équipant sa police municipale de gros calibres mortels, se sont multipliées ; cet homme ayant connu une conversion politique passant du mitterrandisme, au sarkozysme avant de rejoindre l’extrême droite à la fin des années 2000. Il se proclame lui-même « réactionnaire », pour la peine de mort, contre le mariage homosexuel, proche des identitaires et de la théorie du « grand remplacement » de Renaud Camus.

Évidemment, l’État a beau jeu d’interdire ces référendums alors que le gouvernement Valls détruit la Jungle de Calais, poursuit sa politique de traque anti-migrants, donnant carte blanche aux brutalités policières et proclamant par la voix de Valls qu’il y a trop d’immigrés en France – ce qui est ridiculement décalé quand on regarde les chiffres de migrations en baisse (moins de 6 % d’immigrés vivent en France, soit moins que la moyenne européenne).

En réalité, Ménard mène la politique de Valls jusqu’au bout. On peut d’ailleurs parler de complicité implicite : elle permet à Ménard d’apparaître comme un pur qui « défend » sa commune jusqu’au bout et à Valls d’apparaître comme garde-fou contre l’extrême droite. Mais la propagande, les implicites, l’idéologie et les mesures prises par les deux hommes sont extrêmement proches. C’est particulièrement apparent dans le cas de la « garde biterroise », une idée qui a été récupérée au niveau national pour créer la « garde nationale ».

Et l’enjeu concret à Béziers, une ville de 75 0000 habitants ? La création de seulement 40 places supplémentaires pour des migrants venus notamment de Calais dans le centre d’accueil géré par la Cimade, qui compte pour l’instant 130 places. Ridicule. Après les affiches anti-migrants, c’est bien la surenchère des plus réactionnaires et droitières qui continue pour Ménard.