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Pas question d’aller aux toilettes, portez des Pampers !

Travailleurs-esclaves en Serbie. Bienvenue dans l’enfer des usines Jura

Publié le 13 mai 2016

De plus en plus de témoignages font état de graves violations des droits des travailleurs dans les usines sud-coréennes Jura, dans le Sud de la Serbie. Mais l’État serbe répond par un silence assourdissant.

Par LJ. Bukvić, courrier des Balkans

De plus en plus de témoignages font état de graves violations des droits des travailleurs dans les usines sud-coréennes Jura, dans le Sud de la Serbie. Mais l’État serbe répond par un silence assourdissant._

La grève dans l’usine sud-coréenne Jura à Leskovac, mardi 26 avril, aura duré quinze minutes. Les travailleurs ont exprimé leur mécontentement, car ils n’ont pas droit à une journée de repos hebdomadaire, conformément à la loi. Ils se plaignent également des mauvais traitements, physiquement et mentalement dégradants, qu’ils sont obligés de subir. Des plaintes relatives au harcèlement sur les lieux du travail ont en outre été déposées.

Le président du syndicat Sloga, Željko Veselinovic, a expliqué que la bataille avec l’entreprise Jura durait depuis cinq ans. Et le constat est accablant.

Pas question d’aller aux toilettes, portez des Pampers !


« Les travailleurs sont battus avec des barres métalliques et les femmes sont exposées au harcèlement sexuel, même s’il n’y a pas eu de cas de viol. Aller aux toilettes est interdit, les travailleurs ont reçu le conseil de porter des Pampers. Si quelqu’un ressent un malaise, on appelle les urgences, mais si la personne n’est pas hospitalisée, elle doit immédiatement reprendre son poste », raconte Željko Veselinovic.

« Nos plaintes sont restées sans réponse, à l’exception de l’affaire du licenciement de six travailleurs qui ont tenté de former un syndicat. La décision judiciaire leur a été favorable, ils ont reçu des dommages et intérêts, mais ils n’ont jamais pu récupérer leur emploi », poursuit-il.

Des travailleuses de l’usine Jura, à Kragujevac, ont été licenciées parce qu’elles étaient enceintes. Selon Željko Veselinovic, ces infractions sont la règle dans toutes les usines Jura en Serbie, à Leskovac, Kragujevac, Raca et Niš.

Plusieurs travailleurs ont rencontré le président du Conseil syndical de Leskovac, Ivan Jovanovic, mais sans obtenir aucune protection : l’organisation syndicale est tout bonnement impossible dans les entreprises Jura.

Pour une poignée de dinars


Ainsi, des milliers de personnes subissent toutes sortes de mauvais traitements pour un salaire mensuel moyen d’environ 250 euros. L’État serbe, qui offre des subventions aux investisseurs étrangers, a payé la société Jura jusqu’à 10000 euros par emploi et a subventionné l’année dernière l’usine de Leskovac à hauteur de 950000 euros.

En 2010, Jura a ouvert à Leskovac une fabrique de câbles électriques, comptant 1700 travailleurs. Leur salaire mensuel moyen brut est de 362 euros. Le maire de Leskovac, Goran Cvetanovic, a déclaré en septembre dernier que l’entreprise sud-coréenne allait construire une cinquième usine en Serbie, toujours à Leskovac, et employer 3000 personnes.

Les autorités serbes ont été informées de ces mauvais traitements, mais elles n’y ont jamais répondu. Depuis que l’affaire a éclaté dans les médias, aucun journaliste n’a pu s’entretenir avec des travailleurs ni avec la direction de l’entreprise.