^

Jeunesse

Coup de com’ raté

Blanquer fait la leçon aux professeurs des écoles

Nouveau coup de communication pour le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a dévoilé et envoyé aux professeurs des écoles quatre circulaires revenant sur l’apprentissage du français et des mathématiques. Un tollé du côté des enseignants qui soulignent qu’elles sont tout bonnement inutiles d’un point de vue pédagogique. L’ABC de l’enseignement ne remplacera pas les moyens accordés à l’éducation nationale.

Capture d’écran du film Les Quatre Cents Coups de François Truffaut

Un guide de lieux communs… pour un retour à « l’ordre »

Blanquer a fait publier ce jeudi dans le « Bulletin officiel » (et non pas par la voie hiérarchique comme cela se fait habituellement) les quatre circulaires à propos des méthodes d’apprentissage de langue et de calcul. C’est un guide de 130 pages adressé aux enseignants du primaire sur la lecture qui viendra compléter ces directives.

Plaidant la « fin de l’anarchisme pédagogique », il se propose ainsi de trancher un faux débat entre apprentissage global ou syllabique, demande l’homogénéisation du format des cahiers utilisés ou encourage les instituteurs à apprendre aux élèves à résoudre des problèmes… Ce qui, pour Blanquer, relève de « l’anarchisme pédagogique » semble relever de l’adaptation aux besoins réels des élèves.

Loin de tout intérêt portant sur la pédagogie, c’est surtout un recadrage des enseignants que cherche le gouvernement. C’est aussi ce qui passe mal. Avec des propositions telles que des séries de 15 minutes de dictées et de calcul mental chaque jour ou la critique de méthodes d’apprentissage de la lecture qui ne sont pas syllabiques, Blanquer donne une méthode rigide à la pédagogie, en excluant toute autre forme d’apprentissage. Dans une interview donnée au Parisien, il se targue de l’élaboration de méthodes « qui puisent au meilleur de la tradition et au meilleur de la modernité ».

Cette publication a entraîné de nombreuses réactions de la part des syndicats de l’éducation et des professeurs directement concernés, qui semblent s’accorder pour dire qu’il s’agit là d’un « coup de com’ » plein de « mépris » qui ne mène finalement pas à grand-chose. Francette Popineau, co-secrétaire générale du Snuipp-FSU déclare ainsi que ce que recommandent les circulaires « correspond grosso modo à ce que le maître fait déjà en mieux ».

… et pour mettre sous le tapis les véritables problèmes.

La publication de ces circulaires tend ainsi, dans un premier temps, à discréditer le travail que les enseignants font déjà. Mais aussi et surtout, cela tend à déplacer le problème d’une mauvaise aquisition des compétences vers un problème de « méthode », alors il s’agit surtout d’un problème de moyens. Car c’est bien cela que les enseignants pointent : des classes surchargées qui rendent l’accompagnement personnel impossible, pas assez d’aides sociales pour venir compléter leur travail et pas assez de temps de formation sur les différentes méthodes pédagogiques.

Dans des classes où les élèves apprennent des savoirs fondamentaux et où ils auraient besoin pour cela du plus d’accompagnement possible - et donc personnalisé - Blanquer pond un guide censé uniformiser l’apprentissage qui ne répond en rien aux manques de moyens mis dans l’éducation. A ce cadrage méthodologique rigide, les enseignants opposent la nécessité d’une adaptation aux besoins particuliers de chaque élève.

Au moment où les acteurs de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur se mobilisent et pointent du doigt notamment le manque de moyens alloués, Blanquer arrive donc comme un cheveu sur la soupe pour proposer un « guide » de l’enseignement, nostalgique de la « bonne vieille époque », après avoir annoncé la suppression de 200 à 300 classes dans les écoles rurales.




Mots-clés

Jean-Michel Blanquer   /    Education   /    Jeunesse