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Débats

4e Congrès du NPA BI n°6

Bloc de Gauche portugais : comment justifier l’injustifiable

Voici un article de débat sur la politique menée par les camarades portugais du Secrétariat unifié de la Quatrième internationale, du Bloc de Gauche qui participe d'une alliance parlementaire depuis 2015 avec le Parti Communiste portugais et le Parti Socialiste portugais afin de porter le Parti Socialiste au pouvoir.

« Toute similitude avec des événements passés serait purement fortuite ». On connaît la formule qui apparaît dans les génériques de film. Dans un long article publié le 13/02, intitulé sobrement « Quelques notes sur le Portugal » https://npa2009.org/idees/internati..., mais qui aurait pu s’appeler « En défense du Bloc de Gauche (BE) », Léon Crémieux justifie, comme il peut, la politique menée par les camarades de la PfU au Portugal depuis 2015, lorsque le BE a commencé à soutenir un gouvernement minoritaire conduit par les sociaux-libéraux. Mais il va plus loin, d’un point de vue « cinématographique » : toute ressemblance avec des événements passés relève de la pure fantaisie voire de la calomnie. Selon Crémieux, « toute similitude avec un autre gouvernement socialiste d’austérité (…), avec le gouvernement Lula ou avec Syriza est totalement hors de propos. On peut discuter de la tactique suivie (…), mais dans tous les cas, elle n’est en rien une trahison ou une capitulation du Bloco, comme certains l’en accuse ».

La formule rouvre, à son corps défendant, un certain nombre de débats pas si vieux que cela : rien à voir avec la participation de Démocratie Socialiste (alors section brésilienne du SU) au gouvernement Lula, avec M. Rossetto en ministre du « Développement » agraire entre 2003 et 2006 ; aucune ressemblance avec l’enthousiasme du « Secrétariat du Bureau exécutif de la IVe Internationale » (SU), en janvier 2015, à appeler à « battre la droite et l’extrême droite grecque et tout faire pour que la gauche grecque, dont Syriza est la principale composante, gagne ces élections » ; rien à voir, non plus, même si le camarade « oublie » ce triste épisode, avec la participation directe de dirigeants du SU à la majorité parlementaire du gouvernement Prodi, entre 2006 et 2008 en Italie. A l’époque F. Turigliatto avait voté la confiance, les crédits de guerre pour financer les opérations militaires en Afghanistan et au Liban, de même que les budgets. Depuis 2015, ce que fait le BE au Portugal en soutenant un gouvernement social-libéral n’aurait donc absolument rien à voir avec cette fâcheuse tendance qu’a le courant international dans lequel se reconnaît la PfU d’adopter tous les raccourcis possibles et qui finissent, dans le meilleur des cas, dans des impasses. Il ne s’agit ni d’un problème politique ni d’une question de principe que d’être la pierre angulaire qui permet à un gouvernement social-libéral de tenir en place. Tout est à analyser, selon Crémieux, à l’aune de questions « tactiques » et « techniques ».

Le camarade commence par justifier la participation de F. Louçã, personnalité emblématique de l’extrême gauche portugaise, au Conseil d’Etat comme un « droit ». Peu importe, donc, si ce Conseil est, selon ses statuts, « l’organe politique de consultation du Président, qu’il préside, [qui] le conseille également, dans l’exercice de ses fonctions ».

Dans un second temps, le camarade explique le contexte politique ayant permis la constitution de ce gouvernement social-libéral (pour faire obstacle à un gouvernement d’une droite qualifiée « d’ultra néo-libérale »), les « conditions » fixées par le BE pour le soutenir et, enfin, le bilan du « coup de frein mis par ce gouvernement aux nouvelles attaques sociales ».

A ce niveau, on nous parle, entre autres, de l’augmentation de 5% par an du salaire minimum (de 580 euros en 2018, ce que le camarade « oublie ») ou encore la gratuité des livres scolaires l’an prochain. En revanche, les principaux conflits qui ont secoué le pays ces derniers mois sont absents du texte de Crémieux. Le prolétariat et la jeunesse au Portugal ne sont pas une masse amorphe qui attend qu’on mette un coup de frein aux coups de matraques qu’elle a subis : à Volkswagen, chez les pilotes de la TAP, chez les enseignants, les infirmières, à la rentrée, ou encore les postiers, la semaine dernière, il y a eu des luttes très dures contre le régime austéritaire salarial et budgétaire. Quel a été le rôle du BE ? Relancer la conflictualité et l’initiative de classe, comme en 2008-2011, ou se concentrer, avant tout, sur les équilibres gouvernementaux ?

Le gouvernement a répondu, à sa façon, en rassurant le FMI, ces jours-ci : « les réformes du marché du travail de l’époque de la Troïka ne courent aucun risque » (Negócios, 25/02/18). Toujours dans Negócios (04/02/18) où elle est citée, Catarina Martins, porte-parole du BE, reconnaît que l’accord de 2015 n’a pas vraiment été appliqué, ce qui risque de « frustrer les espoirs populaires quant au fait qu’une nouvelle majorité politique apporterait une amélioration des conditions de vie pour les travailleurs ». Mais qu’on se rassure : le BE « n’a jamais été ultimatiste » et a toujours manifesté sa disponibilité pour « arriver aux meilleures solutions techniques possibles ». Le gouvernement social-libéral a encore de beaux jours devant lui, grâce au bon sens « technique » et « tactique » du Bloco.




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