Société

Quand le Figaro parle de liberté d’expression…

Blocage des quotidiens. La CGT du Livre a raison !

Publié le 26 mai 2016

« Attentatoire à la liberté d’expression », « honteux », « c’est pire qu’en URSS ». Les patrons des « grands » quotidiens nationaux n’avaient pas de mots assez durs pour condamner l’action de la fédération CGT des travailleurs des Industries du Livre, du Papier et de la Communication (Filpac) qui a bloqué, hier, la sortie des quotidiens nationaux. Seule exception dans le panorama, L’Humanité, qui avait accepté de publier la tribune signée par Philippe Martinez et expliquant les raisons de l’opposition de la centrale de Montreuil à la Loi Travail. Quand Le Figaro, Les Echos et Laurent Joffrin parlent, de concert, de « déni de démocratie », c’est qu’il y a un problème…

Corinne Rozenn

Vendredi dernier, la Filpac, dont la « CGT du Livre » (SGLCE) est l’une des branches les plus fortes, avait invité les travailleurs du secteur à « faire paraître dans leur quotidien respectif un communiqué […] sur les réalités du mouvement social et sur les enjeux, présents et à venir, posés par la loi El Khomri ». Un nouveau courrier a été adressé mardi 24 aux dirigeants du Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale (SPQN), sourds aux exigences des salariés qui font sortir la presse des rotatives, pour réitérer la demande.

Les patrons des principaux journaux nationaux ont alors grimpés aux rideaux. Ceux-là mêmes qui parlent depuis deux mois et demi des manifestants comme des « casseurs », des militants comme des « pré-terroristes », de la grève comme d’une « catastrophe pour le pays » et des syndicats comme des « scories d’un passé révolu » se sont réunis… en AG pour dénoncer cette « prise en otage ».

« La seule prise en otage, a répliqué Didier Lourdes pour le Livre, c’est celle qui est menée par ce gouvernement avec le 49.3 ». Droits dans leurs bottes à l’instar de Valls, les patrons de la presse nationale ont refusé le « chantage » et les travailleurs du secteur ont donc bloqué l’impression des journaux jeudi, à la seule exception de L’Humanité, qui a légitimement publié la tribune de Martinez.

Les cris d’orfraie du SPQM ont continué toute la journée d’hier, relayés sur les ondes et à la télévision. Intéressante, néanmoins, cette « leçon de démocratie » donnée par les amis et collègues de Serge Dassault, dont l’un des proches, à la mairie de Corbeil-Essonne, est jugé en ce moment pour « tentative d’homicide ». Peut-être que pour lever les blocages et casser les grèves en cours, le patron du Figaro s’estime-t-il bien placé pour donner quelques conseils de « bonne conduite » au gouvernement ? Côté salariés, néanmoins, les grévistes du Livre ont mille fois raison d’avoir fait grève et d’avoir bloqué la sortie des quotidiens hier pour la troisième fois depuis le début du mouvement. A quand la prochaine ?