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Politique

Pour le leader de la CGT, ce serait une « expression barbare »

« Bloquer le pays ». Quoi qu’en pense Martinez, c’est le seul langage qu’ils comprennent

Philippe Martinez a choisi un terrain neutre pour dire ce qu’il pense du macronisme : La Tribune de Genève. Dans un entretien donné au quotidien suisse francophone, le leader de la CGT peine à maintenir une orientation, mais souligne surtout que « bloquer le pays » serait « une expression barbare ». C’est pourtant le seul langage que comprend le Medef et ses gouvernements.

Crédit @ REUTERS/Charles Platiau

Martinez dit ne pas avoir « d’a priori ». « On jugera sur ce que le gouvernement propose », dit-il. Et quand on lui demande si les directions syndicales n’ont pas leur petite idée sur ce que Macron concocte, Martinez trouve le moyen de dire qu’il « ne dispose d’aucun texte ». C’est bien mal lire la presse.

Libération a tout de même publié un document suffisamment compromettant sur cette question pour que le gouvernement menace de porter plainte pour calomnie. Après les coups de fil de Bayrou à France Inter, on voit bien l’idée que se fait Macron et les siens de la liberté d’information.

Pourtant, Martinez reconnaît que, dans les tuyaux, il y a le « plafonnement des indemnités prud’homales, la fusion des institutions représentatives des personnels, le référendum à la demande des employeurs ». Mais « comment, où, sur quelle base ? », fait-il semblant de se demander le leader de la CGT. « On n’en sait rien », répond-il tout seul.

C’est bien mal connaître Macron et ses ministres, Gattaz et ses amis, d’imaginer que tout cela ne se fera pas a priori au détriment du monde du travail, radicalement. Dans ce cadre, il est malvenu de dire que la CGT « n’a pas de bouton rouge pour déclencher la grève générale ». Si le bouton en question existait, ça se saurait, en effet. Mais la CGT n’aurait « pas d’a priori non plus. Nous sommes à l’écoute », poursuit Martinez.

Force est de constater que les directions syndicales, jusqu’à présent, y compris celles qui ont été au cœur de l’Intersyndicale au printemps dernier, CGT, FO, FSU et Solidaires, sont davantage à l’écoute des pseudo-négociations que propose le gouvernement que de la colère qui gronde dans les équipes, chez les salariés de GMetS, de Campanile Tour Eiffel et de partout où la réforme El Khomri puissance 10 passe très mal.

Dans ce cadre, sans se payer de mot, il n’est pas non plus nécessaire de dire que « bloquer le pays » serait une expression barbare. C’est le seul langage que comprend le Medef et les gouvernements à sa botte. Et le problème c’est que jusqu’à aujourd’hui, le pays n’a jamais été véritablement bloqué : journées de grève en saute-mouton, alors que les raffineurs étaient en lutte, mobilisations espacées dans le temps alors que, dans la rue, on réclamait la grève générale l’an passé. Les barbares, ils sont à l’Elysée et à Matignon.

Le 19 juin, à l’appel du Front Social, ce sera l’occasion de dire à Philippe Martinez qu’à défaut de disposer d’un bouton rouge, il n’est pas non plus nécessaire de se mettre un nez-rouge et de faire le clown avec Macron et Philippe. Des raisons de lutter, il y en a. Et contre cette réforme, il va falloir un véritable plan de bataille. Tous ensemble et dans la durée, jusqu’à faire reculer Macron, Gattaz, Pénicaud et tous les autres.




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