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Monde

Au pays d’Evo Morales…

Bolivie. Répression contre les communautés paysannes et les militant-e-s

Au pays de Evo Morales, les paysans, les indigènes et les militants n’ont pas la côté. Et pour peu qu’ils choisissent de se battre, la seule réponse du gouvernement, c’est la répression.

La situation est extrêmement tendue dans la zone d’Achacachi, sur l’Altiplano, à une centaine de kilomètres au Nord de La Paz, ainsi que sur le Territoire Indigène et Parc National Isiboro-Securé (Tipnis), dans les basses-terres amazoniennes. Dans les deux cas, il s’agit d’anciens bastions du MAS, le parti d’Evo Morales, au pouvoir, et de zones de résistance aux politiques néolibérales au début des années 2000. Mais la réponse du gouvernement ne se distingue guère de celle de ses prédécesseurs de droite, dès lors qu’il s’agit de faire face aux mouvements sociaux.

Dans le Tipnis, la question du respect des terres indigènes continue à être piétinée par le gouvernement qui n’a pas renoncé à son projet de route transamazonienne. A Achacachi, une lutte très dure se mène entre les habitants de la ville et le maire, Edgar Ramos (MAS), soutenu jusqu’il y a peu par le gouvernement, et accusé de corruption. Le combat porte également sur des questions de scolarisation des enfants, dans cette région enclavée de l’Altiplano. A la suite de plusieurs opérations de barrages routiers, le gouvernement a répondu par la répression, alors que Ramos s’accroche à son poste.

C’est ainsi que plusieurs dizaines de paysannes ont été arrêtées, en fin de semaine dernière, et emmenée à La Paz, la capitale, où elles ont été incarcérées. C’est dans ce cadre que, lundi 19 septembre, trois jeunes activistes, Violeta Tamayo, Carlos Cornejo et Daniel Lozano, militants de la Ligue Ouvrière Révolutionnaire et du courant Octubre à l’Université de La Paz (UMSA), ont été arrêtés et incarcérés, à la suite d’une provocation policière, alors qu’ils se solidarisaient avec la lutte des femmes d’Achacachi. Violeta Tamayo couvrait l’action de solidarité pour le réseau international de quotidiens d’extrême gauche en ligne La Izquierda Diario.

En raison de la pression exercée par le mouvement étudiant, les autorités de la fac, la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), les trois camarades ont finalement été libérés sous caution mais 21 paysans d’Achacachi restent incarcérés. Une trêve, dans la lutte, a été décidée, entre les habitants d’Achacachi, en assemblée générale, et le gouvernement, qui a envoyé sur place son ministre de l’Education et la Défenseuse des Droits de l’Homme.

« Au pays du "vivre ensemble" de Morales, et du "respect de la Pachamama" le MAS réserve ses plus mauvais coups à ceux qui défendent leurs conditions de vie, leurs territoires ancestraux et l’environnement, contre l’appétit des capitalistes. La lutte pour la victoire des camarades d’Achacachi et pour l’amnistie de nos camarades se poursuit ; cela passe par la coordination de nos luttes », souligne Javo Ferreira, de la direction de la LOR-CI. Un discours en écho à ces femmes, mères ou épouses de manifestants détenus soulignant « combien Evo [les] a trahis, alors qu’ils ne luttent que pour leurs droits ».

[Crédit photo : Beatriz Layme / femme à Achacachi exigeant la libération de son fils incarcéré, le 20/09/17]