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Monde

Le bal des hypocrites

Bombardement chimique en Syrie : une centaine de morts, dont une vingtaine d’enfants

Ce mardi, un avion non-identifié a bombardé la ville de Khan Cheikhoun, ville du nord-ouest de la Syrie, tenue par les rebelles. Ce nouvel épisode de la guerre en Syrie a causé la mort de cent personnes.

Cent personnes, dont des enfants, ont été tuées mardi dans un bombardement aérien qui a émis du « gaz toxique » et 400 autres ont été asphyxiées, selon l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM). Ce bilan a été confirmé par la direction médicale de la province d’Idleb. Selon le directeur, Obeida Fadel, les projectiles utilisés contenaient du gaz sarin. « Peu après l’attaque, une odeur de gaz s’est répandue dans la ville ». Selon les sources médicales sur place, les blessés présentaient des symptômes d’asphyxie, des vomissements et des difficultés respiratoires.

En Syrie, il n’y a pas un jour sans attaques faisant des centaines de morts et de blessés, en majorité des civils, alors que les centres hospitaliers sont dévastés par les différents bombardements et hors-service pour soigner malades et victimes dans des conditions dignes.
L’ONG UOSSM : «  Ce qui rend la situation encore plus terrible, avec un nombre aussi important de victimes, c’est la série d’attaques contre les hôpitaux de la région ». L’hôpital Rahma, à Darkoush, le dernier hôpital qui fonctionnait dans la zone, a subi une attaque de barils explosifs, affirmaient les membres de l’organisation.

États-Unis, Royaume-Uni, France, UE : le spectacle des hypocrites

Pendant que la population syrienne souffre de la barbarie depuis 8 ans, pris en tenaille entre les forces impérialistes, Daech et Assad, les membres des puissances impérialistes se sont empressés de verser leurs larmes de crocodile. Pourtant, ils sont directement responsables du massacre en Syrie.

Le président Trump, qui vient de déployer 400 militaires de la marine et des forces spéciales des Rangers en Syrie, a condamné cette « intolérable » attaque chimique que le gouvernement américain dénonce comme étant un « crime de guerre ». « L’attaque chimique d’aujourd’hui (mardi) contre des gens innocents, incluant femmes et enfants, est répréhensible et ne peut pas être ignorée par le monde civilisé  », a déclaré Sean Spicer, porte-parole de Donald Trump, dénonçant « un acte odieux » du régime Assad.

Le gouvernement américain profite de cet atroce bombardement pour attaquer l’ancien gouvernement Obama, affirmant que les actes atroces du régime de Bachar Al-Assad sont la « conséquence de sa faiblesse et de son indécision » alors qu’il avait déclaré en 2012 établir une ligne rouge à ne pas franchir, l’utilisation de l’arme chimique. Or, il n’avait en rien dénoncé la première attaque chimique, ce qui illustre bien l’hypocrisie.

Cependant, pour ne citer que les faits les plus récents, lors de l’offensive à Raqqa, supposé bastion de l’État islamique, selon l’Observatoire des droits de l’Homme en Syrie, au moins 23 civils sont morts par les bombes lancées des avions de la coalition alliée des États-Unis. Depuis 2014, au moins 220 civils sont morts des mains de l’armée américaine.

Le Royaume-Uni y va de concert pour dénoncer les attaques. « Nous ne pouvons plus laisser cette souffrance se poursuivre  », a déclaré la Première ministre britannique, Theresa May, « horrifiée » par l’attaque. S’il est établi que ce bombardement a bien été perpétré par Damas, « ce sera une preuve supplémentaire de la barbarie du régime syrien », a-t-elle ajouté. « Il ne peut y avoir d’avenir pour Assad dans une Syrie stable et représentative de tous les Syriens », a-t-elle déclaré en plaidant pour une transition sans lui. Façon de nier sa responsabilité directe et son rôle dans le chaos qui règne au Moyen-Orient.

Pour sa part, le président de la République, François Hollande, a mis en cause la responsabilité « politique, stratégique et morale » des soutiens du régime Assad. «  Une fois encore le régime syrien va nier l’évidence de sa responsabilité dans ce massacre. Comme en 2013, Bachar Al-Assad compte sur la complicité de ses alliés pour bénéficier d’une impunité intolérable. Ceux qui soutiennent ce régime peuvent une nouvelle fois mesurer l’ampleur de leur responsabilité politique, stratégique et morale.  ». Pour celui ayant fait une guerre tous les six mois depuis le début de son quinquennat, la dénonciation apparaît grosse.

Le régime d’Al-Assad et la Russie nient leurs responsabilités

Attaqué de toute part, le gouvernement syrien affirme avoir rempli toutes les obligations concernant l’interdiction d’utilisation des armes chimiques, suite au bombardement. Dans un communiqué publié par l’agence officielle Sana, l’armée syrienne a démenti toute implication. «  Le commandement de l’armée dément catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun aujourd’hui […]. Il souligne qu’il n’en a jamais utilisé, à aucun moment, à aucun endroit et ne le fera pas dans l’avenir ».
La Russie s’empresse également de démentir les accusations. « Les avions de l’armée de l’air russe n’ont mené aucune frappe dans la zone de la localité de Khan Cheikhoun », a assuré le ministère de la Défense russe dans un communiqué mardi.
Pourtant, mercredi, la Russie reconnaît « l’aviation syrienne [était] à l’origine de la frappe  ». Elle affirme aussi que la contamination est le fruit du bombardement d’un dépôt d’armes chimiques appartenant aux rebelles alors que l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a précisé que l’attaque, qu’il a qualifiée d’ « horrible », avait été menée par voie aérienne.

Le Conseil de sécurité de l’ONU est saisi

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont présenté mardi un projet de résolution au Conseil de sécurité, condamnant l’attaque chimique en Syrie qui a fait au moins 58 morts parmi les civils, et appelant à une enquête complète et rapide.
Le texte signé à l’ONU par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni est clair : il appelle l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à présenter rapidement ses conclusions sur l’attaque de cette petite ville de la province d’Idleb.
Le texte « condamne dans les termes les plus forts l’usage d’armes chimiques » en Syrie, en particulier l’attaque de Khan Cheikhoun, et demande que la commission d’enquête de l’OIAC, mandatée par l’ONU, commence immédiatement à travailler pour identifier les auteurs de cette dernière attaque.
Le projet de résolution demande également à la Syrie de fournir les plans de vol et toute information sur des opérations militaires au moment de l’attaque. Damas devrait également fournir les noms de tous les commandants d’escadrons d’hélicoptères et ouvrir aux enquêteurs ses bases militaires d’où aurait pu être lancée l’attaque de mardi. Enfin, le texte menace d’imposer des sanctions.
La Russie, quant à elle, juge le projet de résolution inacceptable et posera son droit de veto.

Alors que ces crimes se perpétuent en toute impunité, nous dénonçons et condamnons l’ensemble des responsables, l’hypocrisie des puissances impérialistes, le régime syrien, ou encore l’ONU qui sous drapeau humanitaire, est par le passé intervenue en Libye ou encore a mis en place l’embargo criminel contre les peuples d’Irak, douze années durant, après la première guerre du Golfe. En effet, il est clair que cette résolution vise à enquêter sur les crimes du régime, éludant de fait les responsabilités des différentes puissances impérialistes (notamment les États-Unis et la France) et leurs responsabilités, même indirectes, dans ces crimes de guerre. Combien d’entre eux s’émeuvent du massacre mené par l’Arabie saoudite contre le Yémen alors que le commercial Hollande vend des armes à l’Arabie saoudite pour le compte de Dassault.

Après 7 années de guerre, la Syrie est le lieu de la pire crise humanitaire de ce début de XXIe siècle. 500 000 morts, 11 millions de déplacés, dont 4 millions hors du pays, des villes entières détruites, la Syrie est devenue un terrain d’affrontement entre les différentes puissances, en premier lieu les États-Unis et la Russie.
Une vraie enquête sur les crimes de tous les responsables (le régime et ses alliés ainsi que les puissances occidentales) ne pourrait être menée jusqu’au bout que par des organismes de défense des droits de l’Homme, indépendants de tout gouvernement et pouvoirs économiques, et par les organisations du mouvement ouvrier et les principaux intéressés, les victimes des atrocités en Syrie et dans la région.




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