Monde

Rencontre au sommet en Slovaquie

Bratislava. Dans un simulacre d’unité, l’Europe vire plus que jamais à la forteresse

Publié le 16 septembre 2016

Brexit, crise des réfugiés, travailleurs détachés. Les dossiers chauds ne manquaient pas sur la table des vingt-sept chefs d’Etat européens réunis à Bratislava, en Slovaquie. Si le duo Hollande / Merkel a tenté de donner l’illusion d’un semblant d’unité, Matteo Renzi à fait voler en éclat le tableau idyllique dès la fin de la réunion, qui s’est tenu à huis clos.

Frédéric Apoyo

Il s’agissait du premier rassemblement à 27 depuis le vote du Brexit. Les chefs d’Etats européens se sont en effet réunis dans un véritable bunker – interdit à tout journaliste – ce vendredi, sans le Royaume-Uni. Alors que l’Europe semblait irrémédiablement divisée entre l’Est et l’Ouest, Hollande et Merkel ont donné le ton : « situation critique », possible “disloquement” de l’Union européenne, le couple franco-allemand a tenté d’apparaitre optimiste quant à une homogénéisation des lignes à l’échelle européenne, avec un point central visant à contrer l’idéologie eurosceptique. « L’esprit de Bratislava » se veut être celui d’une Europe “attrayante”, dans laquelle les « citoyens […] puissent avoir confiance et qu’ils pourront soutenir ». Bref, un « début de processus » vers une Europe plus “démocratique”. Alors que les négociations se sont déroulées à huis clos et que les journalistes ne pouvaient s’approcher à moins d’un kilomètre de la salle de réunion, ces beaux discours peuvent laisser quelques peu perplexe.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y a bien que Hollande et Merkel qui ont affiché publiquement un tel enthousiasme. Matteo Renzi a ainsi refusé de faire conférence de presse commune avec le couple franco-allemand. Le chef d’Etat italien a eu des mots durs à l’encontre de ce sommet. « je refuse de suivre un scénario visant à faire croire aux citoyens que nous sommes d’accord sur tout » avant d’énumérer les principaux désaccords, avec en tête de liste la question des réfugiés. Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque) ont réaffirmé, par la voix du très xénophobe président hongrois Orban, leur position réactionnaire sur le sujet, réaffirmant leur désaccord sur la répartition des migrants.

L’Europe forteresse se renforce

Au final, très peu de conclusions sont disponibles à la suite de ce sommet. Sur le Brexit, la situation semble rester peu ou proue la même, en attendant la sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais une question a semble-t-il réussi à faire consensus. Une série de mesures importantes comme la création d’un quartier général unique pour coordonner toutes les opérations civiles et militaires européennes devrait être mis en place avant juin 2017, selon le souhait de Jean-Claude Juncker, président de la commission. Une voie qui semble convenir à François Hollande, qui a déclaré que la France « fait l’effort principal pour la défense européenne », mais « ne peut pas être seule » car « si les Etats-Unis font un choix de s’éloigner, l’Europe doit être capable de se défendre elle-même ». En bref, renforcer les aspects sécuritaires d’une Europe forteresse prête à laisser mourrir les réfugiés à ses portes en surfant sur un amalgame honteux entre « migrants » et « potentiels terroristes ». Et, au passage, puisque Hollande est désormais clairement en campagne, profiter du sommet européen pour se présenter une fois de plus en Président martial, et en présidentiable aux accents gaullistes autour du thème de l’indépendance militaire du continent.

Dans un débat qui frôle la caricature démocratique, avec pour point d’orgue une réunion totalement bunkerisée, les 27 de l’Union ont ainsi collectivement réaffirmé la politique sécuritaire et réactionnaire à l’encontre des réfugiés. Une voie qui tend à attiser la xénophobie ambiante à l’intérieur de la forteresse, et ceux aux quatre coins de l’espace Shengen. Voilà qui met d’emblée une belle ombre au tableau idyllique d’une Europe « attrayante », au service du patronat et qui réaffirme par la même ses positions les plus impérialistes.