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Élections présidentielles au Brésil

Brésil. Bolsonaro prévoit de faire descendre l’armée dans la rue car « le Brésil est en guerre »

Une semaine avant le second tour du scrutin, le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro a déclaré qu'il utiliserait les forces armées pour « gérer la violence » car « le Brésil est en guerre ».

Le candidat brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro a déclaré dimanche qu’en cas de victoire, il prévoyait d’avoir recours à l’armée pour effectuer des patrouilles de rue de routine, le justifiant par l’argument que le Brésil serait « en guerre ».

Il s’agit d’une tentative d’étendre au niveau national la politique déjà menée par le gouvernement putschiste de Michel Temer à Rio de Janeiro. Dans cette ville, Temer a tenté de se refaire une popularité en instrumentalisant de façon démagogique le problème de sécurité qui existe à Rio. Ainsi il a ordonné une intervention fédérale, comprenant une militarisation des rues de la ville. C’est dans ce cadre et avec ce mandat des forces armées que la députée du PSOL Marielle Franco, qui s’opposait à l’intervention militaire au Parlement local, avait été assassinée.

Bolsonaro propose désormais de multiplier ce plan dans les principales villes du pays, en militarisant les rues pour intimider les travailleurs et les pauvres partout au Brésil, comme c’est déjà le cas dans les favelas de Rio.

Bolsonaro a avancé cette mesure dans une interview accordée à Band TV, dans laquelle il a déclaré qu’il discuterait de cette idée avec son Ministre de la Défense et les gouvernements des États fédéraux, responsables de la sécurité publique : « Si le Congrès donne son accord, les forces armées descendront dans la rue », a-t-il déclaré.

Les chefs des armées ont déjà largement soutenu le candidat d’extrême droite qui, comme on le sait défend ouvertement la dictature militaire de 1964-1985 et ses méthodes de torture, en affirmant même qu’il aurait dû y avoir plus de morts.

Une « task force » à la disposition de Bolsonaro

L’annonce de Bolsonaro intervient à peine quatre jours après la publication d’un décret signé par Temer, jeudi dernier, actant la création d’une sorte de force spéciale géante (qui fonctionnera en fait comme une Task Force), pour coordonner la répression interne. Ce nouvel organisme sera centralisé directement sous le contrôle de la présidence et comprendra l’ensemble de l’appareil d’espionnage et de répression.

Le décret Temer prévoit la création d’un Cabinet de sécurité institutionnelle de la Présidence, qui coordonnera cette nouvelle force avec l’Agence brésilienne de renseignement (ABIN), les centres de renseignement de la marine, de l’armée et de l’aéronautique, sous le contrôle du ministère de la Défense. La Police fédérale, le Département pénitentiaire national (DEPEN) et le Secrétariat national de la sécurité publique relèveront du Ministère de la sécurité publique.

Selon le texte en question, la mission de cette nouvelle task force est de s’affronter aux « organisations criminelles qui menacent l’État brésilien". En d’autres termes, il s’agit d’une force créée en vertu des directives de la loi antiterroriste, selon laquelle les partis politiques et les mouvements sociaux pourraient être considérés comme des organisations criminelles.

A Rio de Janeiro et à São Paulo, il existe déjà des exemples de telles applications de la loi antiterroriste décrétée par le PT sous le gouvernement de Dilma Rousseff. Il a été utilisé par exemple contre des manifestants lors des journées de protestation de juin 2013.

Temer sert ainsi sur un plateau à Bolsonaro un décret qu’il pourra utiliser dès le premier jour de son mandat, s’il gagne dimanche prochain, pour persécuter les organisations sociales, ouvrières et de gauche et pour criminaliser le mouvement social.




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