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Interview

Brésil. Candidates anticapitalistes : « ils veulent mettre fin au droit à la retraite »

Publié le 30 septembre 2016

Esquerda Diario

Chaque jour, les travailleurs brésiliens sont surpris par de nouveaux aspects de la réforme des retraites de leur gouvernement. Les grands journaux divulguent des pans de cette attaque contre leurs droits en même temps qu’ils essayent de la justifier.

Le gouvernement de Michel Temer n’a pas encore rendu public l’ensemble de la réforme, mais différents ministres en ont peu à peu annoncé des aspects, dont l’établissement d’un âge minimum de départ à la retraite, la fin de certains bénéfices minimaux garantis par la constitution, mais aussi l’instauration d’un système d’annuités de cotisations pour augmenter l’âge de départ et rendre plus difficile l’accès à une retraite pleine. Parmi les différentes propositions, les textes retenus rendraient presque impossible le départ à la retraite avant 70 ans, ce qui signifie de fait l’abolition du droit à la retraite pour les travailleurs les plus précaires, les travailleurs ruraux et ceux de diverses régions du pays où l’espérance de vie est plus faible.

Pour comprendre les propositions de loi et offrir un contrepoint à ce que les médias dominants affirment sur la « nécessité » de cette attaque contre les droits des travailleurs, nous avons interviewé Diana Assução et Flávia Vale, dirigeantes du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs (MRT) et respectivement candidates aux postes de conseillères municipales dans les villes de São Paulo et Contagem (État de Minas Gerais).

Quelle est la proposition de réforme des retraites que Temer et ses ministres sont en train d’annoncer ?

Diana Assução (DA) : D’après les informations que les ministres ont communiquées à la presse, le gouvernement putschiste de Michel Temer veut imposer un âge minimum de départ à la retraite fixé à 65 ans, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Actuellement, il n’y a pas d’âge minimum de départ à la retraite au Brésil. Un homme qui a travaillé formellement pendant 35 ans peut prendre sa retraite. Une femme peut le faire au bout de 30 ans de cotisations. L’année dernière, Dilma avait fait voter une réforme qui instaurait une formule combinant âge minimum et durée de cotisations pour avoir droit à une retraite pleine.

La formule de Dilma commençait déjà à établir un âge minimum et nous obligeait à travailler plus. Un cadeau pour les patrons qui auront plus de gens à la recherche d’emploi et donc pourront faire baisser les salaires et augmenter les profits. Avec la réforme de Temer, il y aura non seulement un âge minimum de départ, mais celui-ci sera le même pour les hommes et pour les femmes. Autrement dit, ils veulent mettre fin à notre droit à la retraite. Ils nient le fait que les femmes ont une double voire triple journée de travail. Cette réforme, en plus d’attaquer les droits des travailleurs, est machiste.

Flávia Vale (FV) : En plus de tout ce qu’a dit Diana, la réforme de Temer va aussi générer une formule de contribution. Ils veulent imposer le fait que les salariés travaillent dix ans de plus que ce que Dilma avait déjà imposé. C’est particulièrement cruel pour les métiers les plus précaires, où une personne de 60 ans ne peut plus travailler, et cela sans parler des travailleurs ruraux et des régions où le travail informel est très répandu. Comme l’a dit Diana, ils veulent mettre pratiquement fin au droit à la retraite.

Pourquoi cette réforme n’avait pas été faite par Dilma ?

A : Comme dit auparavant, Dilma a instauré la formule qui obligeait déjà les travailleurs à travailler plus d’années s’ils ne voulaient pas que leur misérable retraite ne soit amputée davantage. Maintenant, ils veulent mettre en place un minimum de contribution et aussi un âge minimum de départ à la retraite. Ils se sont saisis de ce que Dilma était en train de mettre en place et l’ont aggravé. Les attaques du PT ont préparé le chemin pour la droite, mais celle-ci veut des attaques plus rapides et plus dures.

Les médias et le gouvernement disent que cette réforme est nécessaire parce que la population est en train de vieillir. Le PT disait la même chose. Quel est ton opinion sur cela ?

FV : Beaucoup de chercheurs sérieux démontrent que ce déficit des caisses de retraites sur lequel ils s’appuient en parlant du vieillissement de la population est faux. En réalité, les chercheurs montrent qu’il y a des ressources suffisantes dans le système de sécurité sociale mais que ces fonds sont utilisés pour autre chose.

Comme on le sait, près de 50% du budget fédéral sont utilisés pour payer les dettes interne et externe du pays. Ce manque de ressources est un grand mensonge, car il ne remet pas en cause l’utilisation de l’argent destiné aux retraites. En tant que MRT, non seulement nous nous opposons à cette réforme, mais nous exigeons l’arrêt du payement de la dette, pour que cet argent ne finisse pas dans les poches des banquiers et pour que les travailleurs puissent avoir le droit à une retraite digne. Cette revendication est l’une de celles que nous défendons dans nos campagnes.

Dans quel contexte politique Temer mène-t-il ces réformes ?

DA : La réforme des retraites n’est pas la seule que Temer est en train d’adopter. On parle aussi de mettre fin aux conventions collectives de travail ou une partie de cette réglementation. Ils appellent cela la « modernisation des relations de travail ». Mais Temer n’est pas le seul. La Court Suprême est aussi en train d’examiner des recours d’entreprises qui proposent de revoir les accords collectifs et que ces nouveaux accords soient prioritaires face aux anciennes conventions collectives.

Ainsi, cette attaque peut arriver à travers Temer, du parlement mais aussi de la part du pouvoir judiciaire. En outre, on propose de réduire les dépenses de santé et d’éducation et de modifier l’enseignement secondaire par décret en supprimant certaines disciplines.

En observant l’ensemble, on constate qu’il s’agit de mesures pour enlever des droits aux travailleurs, et ainsi nous obliger à accepter les pires emplois, qui payent moins et ont moins de droits, et ainsi faire augmenter les profits des patrons.

Comment s’opposer à ces attaques contre les droits des travailleurs, qui impliquent la presque abolition du droit à la retraite ?

FV : Les syndicats ont parlé de grève générale. Nous considérons qu’elle est plus que nécessaire. Mais pour faire face à l’ensemble des mesures du gouvernement, nous avons besoin de dépasser la passivité que démontrent les principaux syndicats et les centrales qui soutenaient le gouvernement de Dilma, comme la CUT et la CTB. Pour mener une vraie grève générale, il est nécessaire d’organiser les travailleurs démocratiquement dans chaque lieu de travail, tenir de vraies assemblées, dépasser la division des luttes, soutenir les luttes en cours comme celle des travailleurs des banques. De cette façon, nous pourrons mettre dans les rues les forces nécessaires pour arrêter ces attaques.

DA : Cette exigence que les syndicats rompent avec leur passivité fait partie de la lutte pour que les travailleurs aient une voix dans la crise économique, sociale et politique que nous vivons dans le pays. La force réelle pour faire face à Temer viendra de l’organisation du mécontentement social des travailleurs. Politiquement, nous cherchons à exprimer ce rejet de la droite et de ses attaques dans nos campagnes, en lutte contre la droite du PSDB, contre le PMDE de TEME et les autres partis pro-patronat, de façon indépendante du PT qui a préparé le terrain à la droite. Nous cherchons à contribuer à la construction d’une nouvelle tradition de l’extrême-gauche brésilienne, de l’indépendance de classe, qui dépassent le PT et sa conciliation avec la droite et les patrons pour mettre en pied une force anticapitaliste. Il s’agit de la lutte quotidienne du MRT, qui s’exprime à travers des articles dans Esquerda Diario et aussi à travers la bataille que nous menons dans ces élections.