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Monde

La réponse des travailleurs

Brésil. Journée de grève et mobilisations contre les réformes du gouvernement putschiste

Au milieu d’une crise politique profonde, une journée de grèves et de mobilisations contre les réformes antipopulaires du gouvernement illégitime de Michel Temer était organisée pour le mercredi 15 mars. Les travailleurs commenceraient-ils à répondre au virage à droite sur le continent ?

Bien que les grands médias brésiliens aient essayé de cacher l’appel à la grève, les énormes perturbations, notamment dans les transports publics et dans le secteur de l’éducation, ont imposé la mobilisation dans les actualités.
En effet, à São Paulo on a vu les perturbations du trafic les plus grandes depuis des années. Il y a eu 140 km d’embouteillages dans l’agglomération. Aucun bus n’a circulé le matin jusqu’à ce qu’un ordre judiciaire oblige les grévistes à reprendre le travail. Le métro de la mégalopole n’a pratiquement pas circulé. Le transport public d’autres grandes villes du pays a aussi été perturbé comme à Belo Horizonte, Recife ou Porto Alegre.

Le secteur de l’éducation s’est également largement mobilisé car les réformes du gouvernement le vise tout particulièrement. Ainsi, les enseignants, les étudiants et les travailleurs de l’Université de São Paulo ont adhéré largement à la grève et ont bloqué certains axes importants de circulation du poumon économique du pays. Les enseignants du secondaire aussi bien du public que du privé se sont également mobilisés dans plusieurs Etats.
Il y a eu d’autres secteurs qui ont fait grève et se sont mobilisés. Les autorités aussi bien étatiques que régionales et municipales n’ont pas hésité à criminaliser le mouvement à coup de décrets judiciaires sommant les travailleurs de reprendre le travail et même en envoyant la police réprimer, comme cela a été le cas contre les travailleurs du port de Santos, prés de São Paulo. Cependant, les différentes actions des travailleurs ont rencontré un large soutien de la part de la population qui va être toute entière touchée par les réformes.

Des réformes profondément antipopulaires

La mobilisation et les grèves d’hier s’opposaient à la réforme des retraites du gouvernement putschiste de Michel Temer qui prétend repousser l’âge de départ à la retraite à 65 ans et augmenter les nombre d’annuités de cotisation pour avoir accès à une retraite à taux plein. Dans un pays où le taux de travail « informel » et de précarité est très élevé et où l’espérance de vie est bien plus faible que dans les pays capitalistes développés, ces réformes équivalent à la suppression du droit à la retraite pour la large majorité des salariés.
A cela il faut ajouter la réforme du code du travail que le gouvernement de Temer veut mettre en place permettant l’élargissement du recours à la sous-traitance. En effet, l’une des caractéristiques du « miracle économique » du Brésil de l’ère Lula-Dilma a été la création de millions de postes de travail précaires et l’explosion des entreprises sous-traitantes. Cela s’est traduit par une plus grande exploitation de la main d’œuvre et donc une augmentation des profits capitalistes. Cette nouvelle mesure va dans le sens d’approfondir cette tendance.

Ces deux grandes réformes de Michel Temer sont présentées dans un contexte de grandes attaques contre les conditions de vie et de travail des salariés. Il ne faudrait pas oublier que le gouvernement putschiste a gelé les salaires des fonctionnaires pour les vingt prochaines années ; il entend également limiter le droit de grève dans 19 secteurs de l’économie jugés « stratégiques » en imposant un service minimum en cas grève à hauteur de… 80% du fonctionnement normal.

Un gouvernement illégitime

Le gouvernement de Michel Temer est le résultat d’un coup d’Etat institutionnel, avec la complicité du pouvoir judiciaire, contre l’ancienne présidente Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs. Bien qu’au départ ce changement brusque de gouvernement, et l’approfondissement de la crise politique, n’était pas la première option des capitalistes locaux et du capital impérialiste, le gouvernement de Temer est aujourd’hui l’expression de ces secteurs dominants. Son agenda politique est clairement néolibéral et pro-patronal.
Cependant, dans l’évolution bonapartiste du régime brésilien, le pouvoir judiciaire et ses enquêtes anti-corruption est rentré en contradiction avec le gouvernement Temer, rempli de dirigeants politiques corrompus et embourbés dans le scandale de surfacturation des travaux pour le géant national du pétrole, Petrobras. L’objectif de la Justice brésilienne n’est nullement de mettre en prison les politiciens corrompus mais de relégitimer aux yeux de la population, un régime basé sur la corruption, à travers des enquêtes très sélectives.
Ainsi, le grand patronat brésilien, l’impérialisme et leurs médias sont en train d’utiliser « l’arme judiciaire » pour mettre sous pression le gouvernement de Temer pour qu’il applique les réformes qu’ils exigent.

Or, ces attaques contre les travailleurs et les masses populaires ne font qu’accentuer le mécontentement et la dégradation de la popularité de Temer, notamment dans une situation où le chômage a atteint un taux de 22,2% au mois de mars, concernant plus de 24,3 millions de travailleurs si on y inclut les précaires.

Une réponse ouvrière et populaire

Cette journée de grèves et mobilisations est une première réponse de la part des travailleurs face aux attaques du gouvernement et du patronat. Comme on a pu voir la semaine dernière en Argentine, il s’agit peut-être d’un début de contestation ouvrière et populaire face au virage politique à droite que connaît l’Amérique latine dans son ensemble.
Mais même si le mouvement ouvrier réussi des mobilisations pour 24h ce ne sera pas suffisant pour arrêter les attaques. Pour cela, la lutte doit se structurer autour d’un plan d’ensemble contre les attaques des capitalistes qui, face à la récession la plus grande de l’histoire brésilienne, n’ont qu’une idée en tête : faire payer les travailleurs. Et un tel plan doit être élaboré par les travailleurs eux-mêmes, dans des assemblées dans les lieux de travail. Un plan qui soit indépendant des partis politiques pro-patronaux.

Cela implique que les directions de la Central Unique des Travailleurs (CUT) et de la Centrale des Travailleurs et des Travailleuses du Brésil (CTB), liées au PT de Lula, préparent vraiment la lutte contre le gouvernement et le patronat et surtout qu’elles rompent avec leur orientation qui vise davantage à préparer le terrain pour l’élection de Lula en 2018 qu’à répondre aux intérêts des travailleurs et des classes populaires durement frappées par la crise.




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