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Brésil. L’extrême-droite en nette progression au sein du pouvoir législatif

L’extrême-droite brésilienne ressort de ce premier tour des élections avec un large avantage. Le Parti Social Libéral (PSL) du candidat Bolsonaro a obtenu des scores inédits, s’élevant ainsi au rang de second groupe le plus important de la Chambre des députés, juste derrière le PT en net recul. Un symptôme de la polarisation politique et de l’enracinement des bases électorales de cette ultra-droite qui annonce une situation de plus en plus préoccupante pour les classes populaires.

Crédit photo : Henry Milleo

L’extrême-droite en nette progression au sein du pouvoir législatif

Jair Bolsonaro et le Parti Social Libéral (PSL) ressortent de ce premier tour avec un large avantage. En effet, Bolsonaro est arrivé en tête dans 17 États, contre 9 pour son principal concurrent Fernando Haddad, le candidat du PT et second en lice.
Le PSL a enregistré une nette progression au sein du pouvoir législatif, tant à la Chambre des députés qu’au Sénat. Il a obtenu 52 sièges à la Chambre des députés, devenant ainsi la seconde force derrière le PT qui comptabilise un total de 56 sièges.
A São Paulo, ce n’est autre qu’Eduardo Bolsonaro, le fils du candidat, qui a été élu avec 1,7 millions de votes pour le PSL. A Rio de Janeiro, le candidat ayant reçu le plus de voix est également celui du PSL, Helio Fernando Barbosa Lopes, le filleul de Bolsonaro, qui comptabilise plus de 340 000 voix. Il fait partie des 12 députés PSL élus à Rio de Janeiro, État dans lequel Bolsonaro a lui-même été député pendant 27 ans. Mais plus inquiétant encore, le record obtenu par Janaina Paschoal, une avocate connue pour son implication dans le processus d’impeachment, qui a totalisé 2 millions de voix, devenant la députée la plus votée de l’histoire du Brésil, illustre l’enracinement électoral de cette extrême-droite.

Ces résultats électoraux sont marqués par des différences géographiques : si dans le centre et le sud du pays la droite établit un record historique, le Nordeste quant à lui est plutôt marqué par un vote de centre-gauche. En effet, 21 des 56 députés fédéraux élus pour le PT sont ceux du Nordeste, et alors que les scores de celui-ci ont régressé dans tout le pays, c’est la seule région où le PT a fait un meilleur score qu’aux élections précédentes.

En revanche, son recul électoral est largement visible dans tout le reste du pays : bien que ceux-ci conservent la majorité des sièges à la Chambre, ils perdent 13 députés. Un résultat qui reflète la désillusion dans le PT après 13 ans passés au gouvernement, période pendant laquelle celui-ci a notamment entamé des attaques contre les classes populaires.

Mais le PT n’est d’ailleurs pas le seul parti en recul : il est accompagné de l’effondrement de la totalité des partis traditionnels brésiliens, démonstration une fois de plus de la crise organique qui touche la sphère politique. Le parti de Michel Temer, le PMDB à la tête du coup d’État institutionnel a perdu la moitié de ses sièges. Le PSDB, un des piliers du régime de 88, subit également une dégringolade, son candidat à la présidentielle Geraldo Alckmin n’ayant comptabilisé que 4,7% des voix, capitalisées par l’extrême-droite.

Cette polarisation sociale s’accompagne ainsi d’une fragmentation du vote. La Chambre des députés voit aujourd’hui plus de partis représentés, ce qui pourrait apparaître comme une démocratisation de la vie politique mais qui cache en réalité une élection marquée par la tutelle du pouvoir judiciaire et l’emprisonnement arbitraire de Lula. Cette polarisation politique pose un énorme défi au prochain gouvernement pour assurer sa stabilité.

La droitisation du Brésil

Si Bolsonaro est élu, il sera à la tête d’un régime profondément réactionnaire. Son programme s’inscrit dans la continuité des réformes de Temer, en se donnant pour objectif d’appliquer ce que le vice-président n’a pas réussi à mener. Bolsonaro a déjà promis, s’il était élu, la privatisation de 50 entreprises privées dès la première année de son mandat, ainsi que de nombreuses attaques aux droits des travailleurs, ralliant ainsi l’appui de franges de la finance et des marchés. Son discours haineux envers les femmes, les noirs, les indigènes, les LGBTs, a déjà des implications concrètes dans la société brésilienne, attisant des comportements violents à l’origine notamment de l’assassinat du compositeur et capoeiriste le Mestre Moa do Catendê, ou encore de l’agression de la sœur de Marielle Franco, la militante féministe noire sauvagement assassinée il y a plusieurs mois déjà.

Pour autant, il est important de souligner que le souvenir du coup d’État institutionnel n’a pas disparu au Brésil : il est toujours clair pour un secteur significatif de la population brésilienne que l’impeachment a signifié une dégradation des conditions de vie.

En d’autres termes, si Bolsonaro capitalise sur la colère de la population brésilienne, le vote PSL ne signifie pas non plus pour son électorat la remise d’un chèque en blanc pour l’application de ses réformes économiques, qui auront pour effet d’aggraver la précarité des classes populaires, et devront de fait se confronter à une résistance et à la lutte de classes.

Face à la montée de l’extrême-droite et à la consolidation de sa base électorale, il semble de plus en plus évident que celle-ci ne pourra être combattue dans les urnes, mais par l’organisation indépendante du PT de la classe des travailleurs, des femmes, des personnes racisées et des LGBTs, sur leurs lieux d’études et de travail, afin d’imposer une force prête à s’affronter à ce discours réactionnaire, contre le coup d’État institutionnel et l’arbitraire judiciaire.




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