Monde

Conférence Nationale du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs

Brésil. L’extrême gauche contre la droite et contre les attaques du gouvernement

Publié le 1er avril 2016

Lors de sa Conférence nationale des 26 et 27 mars, le Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs (MRT) a voté en faveur de l’approfondissement de sa campagne, afin de construire une réponse indépendante face à la crise qui traverse actuellement le régime brésilien. Il s’agit de mettre en échec la droite avec son coup d’état institutionnel en cours, ainsi que les attaques du gouvernement du Parti du Travail (PT) et de tous ceux qui veulent faire payer la crise aux travailleurs et jeunes.

Une conférence au carrefour d’un tournant pour le MRT


62 délégués et près de 200 représentants des militants de Sao Paulo, Rio de Janerio, Minas Gerais, Rio Grande do Sul et du District fédéral, ont participé à la conférence nationale du MRT. Des dirigeants du SINTUSP (syndicat des personnels de l’Université de Sao Paulo-USP), des travailleurs du métro de Sao Paulo, des enseignants, des employés de banque, des pétroliers, postiers, métallurgistes et artistes étaient présents. La participation de délégations étudiantes de diverses universités du pays témoignait des fortes avancées de l’organisation révolutionnaire parmi la jeunesse, notamment scolarisée, lesquelles ont permis le lancement d’un nouveau secteur jeune anticapitaliste et révolutionnaire.

Fredy Lizarrague, dirigeant national du Parti des travailleurs socialistes (PTS), le parti-frère du MRT en Argentine, a lui aussi assisté à la conférence. Dans ses interventions, il a insisté sur l’importance du Brésil au sein de la dynamique politique latino-américaine contemporaine. Il a notamment souligné l’opposition des deux principaux partis de l’extrême-gauche argentine, qui composent aujourd’hui le Front de gauche et des travailleurs (FIT), au coup d’Etat institutionnel en cours au Brésil. Il a partagé, avec les militants réunis, les leçons de l’expérience du PTS en Argentine concernant la construction d’une extrême-gauche révolutionnaire ayant une implantation importante au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse ou encore ses progrès sur le terrain électoral. Celui-ci est devenu aujourd’hui la principale force de l’extrême-gauche dans le pays.

Trois réponses capitalistes à la crise politique brésilienne actuelle


Le Brésil traverse en ce moment un moment historique, caractérisé par une crise économique et politique profonde qui va bien au-delà d’une crise de gouvernement, menaçant le régime politique, ce qui va marquer la situation politique et la gauche elle-même pour les années à venir.

Les participants ont débattu en profondeur des moyens d’action pour approfondir leur bataille afin que la crise, dans laquelle le PT a une grande responsabilité pour avoir ouvert le chemin au renforcement de la droite qui sort aujourd’hui dans la rue et polarise le pays entier, soit résolue par une réponse ouvrière et populaire et non pas capitaliste.

La première réponse est celle de l’impeachment, qui vise à imposer un gouvernement toujours aussi hostile aux travailleurs et aux jeunes, au moyen d’une petite poignée de parlementaires corrompus et réactionnaires qui veulent renvoyer Dilma pour la remplacer par son vice-président, Michel Temer, du Parti du Mouvement Démocratique brésilien.

La deuxième réponse est celle du juge Sergio Moro qui cherche, à travers les enquêtes anti-corruption (« opération Lava Jato »), à renforcer le pouvoir judiciaire et ses institutions (comme la police fédérale et le fisc), en tant qu’arbitre d’un régime en crise et avec l’objectif de légitimer de nouvelles attaques contre les travailleurs et les jeunes, ainsi qu’un plus grand contrôle du capital étranger sur les ressources naturelles du pays.

La troisième réponse à la crise est celle d’un gouvernement Dilma-Lula qui, loin d’un « virage à gauche » tant espéré par la base historique du PT, a déjà commencé à céder aux pressions exercées sur lui à droite, approfondissant la « démocratie des pots-de-vin » et promettant encore plus d’attaques contre le monde du travail et la jeunesse, en s’appuyant sur le contrôle qu’il exerce toujours au sein des syndicats. Ce sont trois réponses capitalistes à la crise que traverse actuellement le pays et elles montrent le virage à droite au sein du paysage politique brésilien comme dans d’autres pays sud-américains, fruit d’une pression impérialiste croissante.

Le Parti pour le socialisme et la liberté (PSOL) et le Parti socialiste des travailleurs unifiés (PSTU) s’alignent derrière l’« opération Lava Jato » et la croyance que le juge Moro peut en finir avec la corruption de la bourgeoisie, mettant en avant des mots d’ordre comme « Qu’ils s’en aillent tous » ou « élections générales », dans une véritable logomachie qui finit par servir la stratégie de l’impeachment de la droite.

Un plan de bataille pour une réponse ouvrière et populaire indépendante contre la droite et le gouvernement


Le PT utilise le sentiment progressiste qui se développe parmi les classes populaires face à l’offensive de la droite, pour légitimer le gouvernement de Dilma et de Lula, imposant alors que les syndicats et les organisations populaires luttent indépendamment contre les attaques en cours. Dans certains secteurs de la population qui s’opposent au coup d’état institutionnel de la droite et sont critiques vis-à-vis du PT, comme les lycéens de Sao Paulo et les travailleurs qui ont mené ces derniers temps d’importantes luttes de résistance, il existe de véritables bases pour empêcher la droite de capitaliser sur la crise et pour construire une forte organisation révolutionnaire au Brésil.

Ainsi, le MRT appelle à lutter contre la destitution, les manœuvres réactionnaires du pouvoir judiciaire et les attaques du gouvernement du PT, notamment en construisant une pression à la base des syndicats pour que les centrales syndicales officielles luttent contre les mesures d’austérité et le coup d’état institutionnel. Seuls les travailleurs et les jeunes, en obligeant les grands syndicats à se mettre en branle, peuvent formuler une réponse indépendante de la droite et du gouvernement fédéral à la crise.

Il faut combattre les licenciements qui touchent fortement l’industrie et les jeunes en particulier et mener la bataille pour le partage du temps de travail afin d’en finir avec le chômage. Il faut lutter pour l’indexation des salaires sur l’inflation afin de protéger le pouvoir d’achat des classes populaires. De telles mesures peuvent être garanties en refusant de payer de nouveau la dette publique, une véritable fraude qui détourne annuellement la moitié du budget fédéral vers les grands banquiers.

Pour le MRT, il faut également convoquer une Assemblée constituante car les problèmes profonds que connaît le pays ne peuvent être résolus que par un gouvernement des travailleurs fondé sur les organes démocratiques des masses, par l’expropriation de la bourgeoisie et par une rupture claire et nette avec les impérialistes. Ce plan de bataille doit être suffisamment fort pour imposer une assemblée constituante libre et souveraine avec l’objectif d’en finir avec la corruption, de faire payer la crise aux capitalistes et de s’attaquer aux problèmes structurels auxquels le pays fait actuellement face.