Monde

Élections municipales au milieu de la crise

Brésil. L’homme d’affaires Joao Doria élu maire de São Paulo, la droite putschiste se renforce

Publié le 3 octobre 2016

Après des élections marquées par les lois restrictives du régime électoral, le manque de débats et un traitement médiatique extrêmement réduit, le candidat du PSDB, Joao Doria, est élu maire à São Paulo dès premier tour. Sur 91,72% d’électeurs, il obtient 53,28% des voix, contre 16,64% pour le maire sortant Fernando Haddad (PT).

Fernanda Montagner

L’expression principale de la droite néolibérale, à l’historique d’évasion fiscale internationale, est sa série d’affirmations conservatrices concernant les droits des femmes, en plus de son soutien au projet « Escola sem Partido » qui vise à imposer la vision officielle à l’école et empêcher les visions critiques.

C’est un résultat inattendu. Les élections de São Paulo signifient la victoire de la droite du PSDB avec Joao Doria, au détriment d’autres candidats qui étaient favoris au début de la campagne. Il s’agit d’un revers également pour le gouvernement de Temer dont sa candidate, Marta Suplicy, a été éliminée. Quant au candidat du PT, Fernando Haddad, il obtient une légère progression au dernier moment, mais pas assez pour aller au second tour, malgré le fait d’avoir fini deuxième.

Ces oscillations sont le résultat d’une élection marquée par la crise de la représentativité. Au cours de celle-ci le PSDB a parié sur le profil de l’entrepreneur « gestionnaire, non politicien ». Ce discours a réussi à toucher, au-delà de l’électorat de droite traditionnel, un large secteur de la population dégoûtée par la corruption du régime et la politique traditionnelle.

Pour le PSDB, c’est une victoire considérable qui le renforce alors que ces élections étaient un avant-goût des élections présidentielles de 2018. En effet, dans la lutte interne de la droite, Geraldo Alckmin, gouverneur de São Paulo, place son candidat avec plus de force que son rival interne Aécio Neves, dont le candidat remporte le premier tour à Belo Horizonte mais devra disputer le second avec le candidat du PHS (Parti Humaniste de la Solidarité). Cela favorise le dirigeant du PSDB de São Paulo, Alkmin, dans sa course à la candidature PSDB aux présidentielles.

Les principales discussions étaient liées à la crise nationale, les grandes revendications sociales, comme la santé, les transports et l’éducation, ainsi que la tentative de Marta Suplicy, Russomanno et Doria de capitaliser un secteur dégoûté par le PT, après le coup d’État institutionnel et la faible approbation de l’ancien maire PT, Fernando Haddad.

Pour le PT, en dépit de la progression de dernière minute de Haddad, c’est une défaite importante, surtout avec la victoire de Doria dès le premier tour. Haddad a été la principale réponse pour reconstruire le parti après le vote de l’impeachment. Pendant les élections, le PT a dû faire face à la mise en examen de Lula à propos de l’enquête du Lava Jato (scandale de Petrobras), et a donc divisé ses forces entre Lula et la campagne de Haddad. On ne peut encore déterminer comment cette défaite va ouvrir la voie à une offensive de Lava Jato contre le PT, grand perdant dans tout le pays aux élections municipales, décevant de nombreux secteurs de la population par sa conciliation avec la droite et ses attaques contre les travailleurs.

Cette élection permet au PSDB de gagner au premier tour, ce qui, depuis le retour à la démocratie, n’avait jamais eu lieu dans la ville de São Paulo, et pose un défi majeur à la gauche. Il y aura une unité politique entre la mairie et le gouvernement de São Paulo, avec Geraldo Alckmin. Un élément décisif de la victoire du nouveau maire a été le soutien de l’appareil du gouvernement de l’État de São Paulo, dirigé par la droite, ainsi que l’autofinancement du milliardaire Doria.

Cependant, ce vote pour Doria ne signifie pas un « chèque en blanc » à droite, ni même l’atténuation de l’énorme crise de la démocratie représentative qui reste forte à travers tout le pays. À titre d’exemple, la somme des blancs, nuls et absentions (le vote est obligatoire à São Paulo) était de 3.096.000 – supérieurs au nombre de voix du PSDB.

L’unité PSDB de la mairie et du gouvernement de l’État de São Paulo annonce de plus grandes attaques contre les travailleurs, avec la proposition de privatisation du métro, des voies de bus et des parcs de São Paulo. Voilà comment se renforce la politique du principal parti qui parle de la nécessité d’une réforme du travail et des aides sociales, ainsi que de réforme politique visant à restreindre davantage la participation de la gauche aux échéances électorales.

La candidate du MRT pour le conseil de la ville de São Paulo, Diana Assunçao affirme : « Pour notre campagne, le combat contre la droite du PSDB était central, nous avons écrit plusieurs articles et réponses aux propositions de cette droite. Face à la crise du PT – et de l’échec de sa stratégie de conciliation de classes, qui s’est allié avec la droite pour attaquer les travailleurs – il est fondamental pour la gauche de se donner la tâche d’empêcher que la crise de la représentativité soit capitalisée par la droite, et cela commence par l’expansion des idées de l’extrême gauche et la lutte sans relâche contre cette droite néolibérale qui défend une série de mesures impopulaires. Notre campagne consiste à l’élévation de cette voix pour lutter contre la droite. Nous voulons organiser la résistance face à ces attaques grâce à cette force anticapitaliste, et des milliers d’autres à la recherche d’une voix indépendante de classe ».

Trad. Arapo