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Monde

L’étau se resserre

Brésil. Le président Temer accusé de corruption suspendu à son immunité présidentielle

C’était une question de temps : le président brésilien est maintenant accusé formellement de corruption passive par le procureur. Cependant, le président, devenu encombrant pour les élites, semble se maintenir devant l’absence d’alternative.

Le premier président traîné devant la justice pour un crime de droit commun

La « Lava Jato » (l’opération de justice anti-corruption) n’a pas fini de faire parler d’elle : ce lundi 26 juin, c’était au tour de Michel Temer, le président brésilien, d’être dénoncé pour un crime de droit commun. Une première dans l’histoire du géant sud-américain, qui pourrait voir deux présidents tomber en un an, après la destitution de Dilma Roussef, à travers un coup d’Etat institutionnel dirigé par une partie de ceux qui aujourd’hui essayent de se débarrasser de Temer.

En effet, le procureur général, Rodrigo Janot, a formulé une requête judiciaire auprès du Parlement pour mettre en examen le Président. En effet, possédant une immunité en tant que chef d’Etat, seul les deux tiers du Parlement peuvent autoriser cette mise en examen. Le Président est accusé par le procureur d’avoir accepté de Joesley Medonça Batista, le dirigeant de JBS, le géant mondial de la viande, près de 500 000 reais, soit 135 000 euros, et ce entre mars et avril 2017.

Il est donc poursuivi pour « corruption passive », « obstruction à la justice » et « participation à une organisation criminelle ». De plus, dans son rapport, le procureur évoque le chiffre de 38 millions de réais d’argent remis au Président par divers intermédiaires, soit 10 millions d’euros dans la poche du président. Un gigantesque système de détournements de fonds, de pots-de-vin, de corruption, qui fait tomber les responsables politiques comme des mouches : il y a deux semaines, l’ex gouverneur de Rio Sergio Cabral était condamné à 14 ans de prison pour corruption ; quelques semaines avant, c’était le député Eduardo Cunha qui était emprisonné. Autant de condamnations de membres du PMDB, le parti du président, qui ont resserré l’étau autour de Temer.

Un président encombrant qui n’a aucun remplaçant

Cependant, malgré les preuves accablantes rendues publiques, le président est loin d’être condamné dans cette affaire. Aujourd’hui, son taux d’approbation est proche de 7%, tandis qu’un sondage publié ce week-end indique que 76% de la population aimerait le voir démissionner avant la fin de son mandat.

Une défiance qu’il faut mesurer à l’aune des mesures drastiques que veut prendre le gouvernement, notamment l’énorme attaque contre les retraites que son gouvernement est en train de mener et contre laquelle une journée de grève générale se prépare vendredi 30 juin.

Malgré tout, il apparaît que les classes dominantes brésiliennes n’ont guère de solution de rechange face à Temer, qui apparaît donc comme une énorme épine dans le pied dont il va falloir se contenter. En effet, face à la montée populaire de ces dernières semaines, qui a ouvert une situation de crise inédite dans le pays, Temer, ne semble pas avoir de substitut consensuel pour les différents blocs des classes dominantes et des classes moyennes aisées. En effet, la droite est divisée et touchée par les affaires de corruption, à l’image de l’un de ses principaux leaders, Aécio Neves. Et Lula Da Silva du Parti des Travailleurs, qui pourrait être une alternative pour un secteur des capitalistes, est très mal vu par les classes moyennes aisées qui voient dans le PT « le diable en personne ».

C’est donc pour cela qu’il est peu probable que l’actuel président soit mis en examen : s’il faut 172 députés pour bloquer la mise en examen, entre 240 et 250 députés restent pour l’instant loyaux au chef de l’Etat, assez donc pour éviter une mise à l’écart. La situation reste cependant très instable et ne pourra pas rester dans un tel statu quo si longtemps.

Crédit Photo : REUTERS/Adriano Machado




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