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A Minas Gerais

Brésil : l’attaque contre Jair Bolsonaro accroît les tensions un mois avant les élections

Le candidat d’extrême droite, qui mène les élections après la proscription de Lula, a été poignardé jeudi lors d’un acte de campagne et a subi une intervention chirurgicale. Bien que hors de danger, il restera à l’hôpital pendant au moins une semaine.

Traduit de La Izquierda Diario

Le député et militaire de réserve, Jair Bolsonaro, a été poignardé alors qu’il était porté sur les épaules au milieu d’une foule dans une rue centrale de Juiz de Fora, la deuxième plus grande ville de l’état de Minas Gerais (sud-est). L’événement a provoqué une grande agitation dans le pays et a conduit les autres candidats à annuler provisoirement leurs agendas de campagne.

Bien que la police ait arrêté l’auteur de l’attaque et précisé qu’il s’agissait d’un incident isolé commis par une personne indignée par la situation au Brésil, l’attaque contre le chef de l’extrême-droite a accru la tension du différend électoral.

L’ensemble des candidats et des référents politiques ont répudié l’attaque. « Je trouve cela regrettable », car « dans un pays démocratique qui se respecte, on ne peut pas laisser un candidat ou quiconque se faire poignarder », a déclaré l’ancienne présidente Dilma Rousseff après sa visite à Lula. Mais elle a aussi ajouté « inciter à la haine crée ce genre d’attitudes ».

« En cette période difficile que traverse notre pays, il est nécessaire de veiller rigoureusement à la défense de la vie humaine et à la défense de la vie démocratique », a déclaré Marina Silva, connue à tort comme « écologiste » et deuxième aux sondages avec 12% des intentions de vote.

Ciro Gomes du Parti travailliste-démocrate, également avec 12%, a souligné son "rejet de la violence en tant qu’expression politique".

Le mouvement révolutionnaire des travailleurs et le journal Esquerda Diário, à travers son référent Diana Assunção a déclaré que « nous rejetons l’attaque contre le candidat Bolsonaro, car malgré les énormes différences politiques et idéologiques que nous avons, nous nous opposons aux attentats comme méthode de lutte politique ».

Après ses soins hospitaliers, les médecins ont déclaré que, bien qu’ayant été admis en état grave et en risquant la mort, Bolsonaro est stable en ce moment et avait réagi « de manière satisfaisante » à l’opération suite à une coupure dans une veine de l’abdomen, qui a causé une grave hémorragie, ainsi que trois plaies dans l’intestin grêle et une autre dans le côlon.

« Les blessures graves qui menaçaient sa vie ont été identifiées et traitées en chirurgie, et il est dans une unité de soins intensifs, dans un état grave mais en ce moment stable », a expliqué le chirurgien Luiz Henrique Borsato, qui a dirigé l’équipe responsable de l’intervention.

Borsato a ajouté que le capitaine de réserve de l’armée devra rester hospitalisé pendant au moins une semaine et qu’il pourra ensuite continuer normalement avec son agenda de campagne, bien qu’il devra retourner à l’hôpital dans un ou deux mois pour inverser la colostomie pratiquée.

La police a déclaré avoir arrêté un homme identifié comme Adelio Bispo de Oliveira, 40 ans, qui avait été lynché par un groupe après l’avoir accusé de l’attaque et qui avait avoué être l’auteur de l’attaque. Il a également noté que Bispo de Oliveira a un casier judiciaire datant de 2013 pour « lésions corporelles » contre d’autres personnes et que « la motivation est maintenant recherchée, s’il y a un problème psychologique ou s’il y a une motivation idéologique, tout cela fait déjà l’objet d’une enquête ».

Bolsonaro, fervent défenseur de la dernière dictature militaire au Brésil (1964-1985), a suscité diverses protestations pour ses déclarations sexistes, racistes et homophobes et fait face à des procès pour discrimination et incitation au viol. De façon permanente, il favorise la criminalisation de la pauvreté, la militarisation du pays, en particulier des favelas, et a même déclaré qu’il tirerait « sur la petralhada », façon péjorative d’appeler les militants du parti des travailleurs de Lula et Dilma Rousseff.

Ce jeudi ne fut pas le premier acte de violence politique dans le pays cette année. Avant l’emprisonnement arbitraire de l’ancien président Lula da Silva en avril, ses caravanes de campagne ont subi plusieurs agressions, une étant criblée de balles par des inconnus. Auparavant, au mois de février et après la mise sous contrôle militaire de la ville de Rio de Janeiro par le leader du coup d’Etat Michel Temer, la conseillère du PSOL et militante féministe Marielle Franco a été assassinée par balles alors qu’elle rentrait dans sa voiture après une réunion politique.

La politique du PT au sein du gouvernement, qui depuis 2003 n’a pas fondamentalement modifié la structure du pays, est responsable de la croissance de l’extrême-droite dans le cadre de la crise politique nationale. Le PT a passé des accords avec les forces politiques de droite et conservatrices pour gouverner, a fait partie du circuit de la corruption des entreprises avec les travaux publics et a fini par appliquer une politique austéritaire au peuple. Ceci, conjugué à son refus d’affronter le coup institutionnel de Temer, à l’approfondissement des plans d’ajustement et à l’arbitraire judiciaire, a conduit à une croissance de l’extrême-droite dont la base se consolide.

Cette situation se reflète aujourd’hui dans les 22% d’intention de vote pour Bolsonaro, pourcentage qui augmentera sûrement à la suite de l’attaque, bien que les mesures continuent à indiquer qu’il perdrait au deuxième tour devant certains de ses concurrents.




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