Monde

#PostRefRacism

Brexit : une ferveur xénophobe s’abat sur le Royaume-Uni

Publié le 5 juillet 2016

Le Royaume-Uni connaît un véritable déchaînement d’agressions à caractère raciste depuis la victoire du « Leave » lors du référendum du 23 juin. Le nombre de manifestations de xénophobie, voire de crimes haineux, est en nette augmentation. La tendance ne semble pas prête à s’inverser.

Ivan Matewan

La xénophobie a le vent en poupe outre-Manche. Les « faits divers » se multiplient dans les colonnes de la presse anglaise. «  On est en Angleterre ici ! Les étrangers ont quarante-huit heures pour foutre le camp !  » s’est écrié un client évidemment énervé alors qu’il faisait la queue dans un supermarché très fréquenté dans l’ouest du pays. Les Polonais ont été particulièrement ciblés par les propos et actes racistes. Plus de 200 travailleurs polonais ont été mis en garde par un SMS effrayant : « Halte à la vermine polonaise  ». A Londres même, un centre culturel polonais s’est vu taguer d’un grand « Go home !  » Dans le nord, un groupe d’hommes crachant des insultes racistes est allé jusqu’à poignarder le client d’un petit restaurant. Si son pronostic vital n’est plus engagé, ce dernier risque quand même de ne plus jamais marcher.

Selon les chiffres donnés par la police, le nombre de plaintes pour des délits liés à la haine xénophobe ou raciste a augmenté de plus de 57 % dans les jours suivant le référendum. En une semaine, environ 331 affaires de ce genre ont été signalées à travers le pays. Mais ces chiffres ne sont que la partie visible de l’iceberg, une bonne partie des victimes de ce racisme tout à fait banalisé renonçant à dénoncer ces « incidents ». Sur les réseaux sociaux de pareilles histoires prolifèrent. Un hashtag #PostRefRacisme a été créé afin de permettre aux utilisateurs de Twitter de dénoncer les comportements et violences racistes.

La caste politicienne saute progressivement du train en marche, cherchant à se dédouaner de toute responsabilité dans le climat délétère qui s’installe dans le pays. « Le climat dans les rues n’est pas bon » dénonce un lord conservateur qui avait participé à la campagne du « Leave » avant de la quitter à cause de « ses mensonges et sa haine ». Le Premier ministre conservateur David Cameron n’a pas hésité, quant à lui, à condamner les «  odieuses agressions xénophobes.  »

Mais à l’issue de trois mois de campagne pour le Brexit qui se sont vus polarisés principalement autour de la question de l’immigration par l’ultra-droite, il n’est pas étonnant que les secteurs les plus racistes et xénophobes de la population anglaise se sentent désormais pousser des ailes. Les dirigeants conservateurs et travaillistes, qu’ils soient pour le « Leave » ou le « Remain », y ont joué un rôle considérable et doivent en assumer la responsabilité. Ce sont leurs politiques racistes et policières, leurs camps de concentration, leurs déportations massives et leurs discours sur les immigrés « voleurs de travail » qui constituent le terreau sur lequel cette ferveur xénophobe se développe à l’heure actuelle.

Le mouvement ouvrier britannique, et notamment l’extrême-gauche, doivent sortir du piège du « Brexit » afin de revendiquer l’ouverture immédiate des frontières et la liberté de circulation et se donner véritablement les moyens de combattre le racisme grandissant.