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Politique

Un possible boomerang pour l’Elysée

Brigitte Macron, « first Lady » avec ou sans budget ?

Madame Macron pourra disposer d’un budget propre sans demander l’accord de Monsieur ? La dernière opération de com’ de Macron, dont les proches avaient annoncé un texte sur le statut de la Première dame pour la fin de l’été, est en train de se retourner contre lui.

Réagissant à la pétition qui est en train de buzzer sur internet, il s’agit, pour Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, de mettre fin à une « hypocrisie française » qui consiste à ne pas institutionnaliser une tradition qui est établie de fait pour les épouses des présidents. Il serait utile de remarquer qu’un autre moyen de mettre fin à cette hypocrisie serait de mettre fin à la pratique. Et, avec elle, aux 450 000 euros par an, en moyenne, que coûtent les femmes de nos présidents en frais de personnel notamment ; un poste de dépense qui a pu atteindre jusqu’à 720 000 euros par an dans le cas de Carla Bruni, selon des chiffres de la Cour des Comptes révélés dans Le Monde.

Des frais qui viennent bien sûr s’ajouter au train de vie monarchique que mènent nos présidents et leurs familles mais auxquels pourraient s’ajouter également des dons aux œuvres caritatives que Brigitte Macron souhaite généreusement effectuer aux frais du contribuable, afin de redorer par ricochet le blason de son époux. En plein débat sur la moralisation de la vie politique, suite notamment à l’affaire Fillon, et après l’interdiction pour les députés des emplois familiaux (une goutte d’eau ôtée du vase de leurs revenus princiers), la pilule passe mal, en dépit des protestations vertueuses des députés LREM. Pas question d’accorder un salaire à la femme du président, s’exclament-ils la bouche en cœur (et pour cause : nul besoin avec ce qu’elle nous coûte déjà), il s’agit « seulement » pour eux d’acter le rôle « public, et non politique » qu’est amené à mener l’épouse du président.

Il faudrait expliquer à quel moment la sphère des activités publiques d’une femme de président, effectuées au nom du fait qu’elle est la femme du président et avec les moyens financiers de l’Etat, se distinguent de la sphère politique - en réalité, son rôle public consiste justement à augmenter la popularité de son époux, et donc sa marge de manœuvre politique. Il faudrait expliquer également en quoi il coule tellement de source que les amours présidentielles se voient attribuer un tel rôle.

En plus des aspects profondément anti-démocratiques (ou monarchistes, comme on voudra) de la fonction, Libération souligne à juste sa forte charge patriarcale : « A l’instar des épouses d’ambassadeurs en mission à l’étranger, la tradition attribue aussi à la première dame le rôle de ‘maîtresse de maison’ : elle prend soin de décorer la résidence de l’Elysée, d’organiser les fêtes et réceptions, etc. […] En dehors de son rôle de maîtresse de maison, la première dame se transforme également depuis peu en icône ‘people’ : à ce titre, elle doit incarner les vertus de la féminité et briller par son élégance. Les divers rôles de confidente bienveillante, de maîtresse de maison, et d’icône, renvoient à l’ensemble : mère, épouse, et femme-objet. » Un rôle que Brigitte Macron elle-même synthétise parfaitement : « Vous avez toujours l’air étonnés que les épouses soient à côté de leur mari, il serait temps d’évoluer un peu, c’est notre place. » Belle évolution en réalité ; on sent que le progrès est en marche.

En tout état de cause, Macron avait promis, au cours de sa campagne et au nom de la « transparence républicaine », codifier une situation instaurée par Anémone Giscard d’Estaing depuis 1974. La femme de Giscard avait alors lancé, avec l’argent de l’Etat et dans l’opacité la plus complète, la tradition de la « first lady » à la française. A trop vouloir jouer les vertueux et en resservant sur la place publique cette histoire de fonds spécifiques destinés à l’épouse du locataire jupitérien de l’Elysée alors même qu’il prêche la rigueur et l’austérité, Macron est en train de se prendre les pieds dans le tapis rouge du protocole alors qu’il continue à trébucher dans les sondages. Espérons que tout ceci soit un signe avant-coureur de la rentrée sociale !




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