Politique

Le texte sera sans doute rejeté sans discussion par le Sénat

Budget 2017. Le gouvernement présente un texte "à gauche" dans son opération reconquête

Publié le 23 novembre 2016

On le sait, le dernier budget d’un quinquennat est conditionné par les chances de réélection de la formation politique au pouvoir. Et il fait peu dire que le PS, avec un Hollande à 4% d’opinion favorable, battu dans tous les cas de figure dès le 1er tour, est mal embarqué. C’est ainsi que le texte présenté à l’Assemblée Nationale est résolument plus à gauche, ce qui lui a valu d’être voté largement. Et si le Sénat rejettera sans doute le texte sans débat, l’essentiel est ailleurs : Le PS cherche à reconquérir une base sociale en vue de mai 2017.

Frédéric Apoyo


Un budget "plus social" ? Mais de nouveaux cadeaux aux entreprises !

287 voix contre 243 et 22 abstentions. Le budget 2017 est sans conteste le plus plébiscité par l’Assemblée Nationale, à majorité de gauche, depuis celui de 2014. Point de blocage par les "frondeurs" via l’abstention, mis à part une dizaine d’entre eux tel que Benoit Hamon ou Laurent Baumel, qui n’a pas marqué de désaccord mais souhaitait « traduire le désaccord global sur la politique budgétaire et fiscale de ce quinquennat ». En bref, ce budget semble contenter tout le monde au PS, du gouvernement aux frondeurs.
Pourtant, s’il est vrai que des baisses d’impôts pour les ménages semblent être une mesure "de gauche", le gouvernement n’a pas manqué de choyer le patronat avec ... une baisse d’impôt pour les entreprises. Quand on voit que des soutiens de Montebourg ont voté ce budget, tel que Yann Galut qui a déclaré que ce budget était «  plus social, avec quelques avancées de gauche » voilà qui en dit long sur la pseudo alternance "de gauche" proposée par le pôle frondiste. À savoir proposer quelques "avancées" tout en faisant des concessions toujours plus grandes aux possédants. Et ce n’est pas cette pseudo opposition "de principe" d’un Hamon, qui résulte plus de la manœuvre politique, qui vient contredire ce constat.

Opération reconquête d’une base sociale. Le PS dos au mur

Bien évidemment, l’objectif premier pour le gouvernement, au-delà du fait d’afficher un semblant d’unité factice avec sa majorité parlementaire, est avant tout de reconquérir une base sociale qui lui fait grandement défaut à l’approche de l’échéance 2017. Le constat dramatique d’un Hollande à 4% d’opinion favorable suffit à mesurer l’impasse dans laquelle se trouve la formation socialiste, alors qu’aucun de ses potentiels candidats ne semblent être en mesure de se trouver au second tour de la présidentielle.

La manœuvre s’inscrit dans la stratégie d’ensemble du PS à l’approche de l’échéance. En effet, l’annonce d’un budget plus social pour l’ultime année du quinquennat intervient quelques jours à peine après le lancement de l’incroyable pétition contre la casse des droits des travailleurs. Une initiative osée, pour ne pas dire obscène, de la part du gouvernement ayant fait passé à grand coup de 49.3 et de matraque la loi El Khomri, attaque massive sur le camps des travailleurs, et dont les décrets d’applications ont été sortis. Ici aussi, et après une succession de budgets pro-libéraux, austéritaires et faisant payer la crise aux travailleurs, le gouvernement tente de jouer la carte de l’amnésie pour redonner des couleurs (de gauche) à sa formation politique. Avec un tel bilan quinquennal, pas sûr que cela soit suffisant ...

Front de Gauche, Les Républicains et PS s’attaquent tout azimut

Mais les adversaires politiques du gouvernement au sein de l’hémicycle n’ont pas tardé à réagir. « Une doxa libérale » ont ainsi fustigé les représentants de feu le Front de Gauche, aujourd’hui totalement éclaté. Pour Les Républicains, Hervé Mariton a promis que l’opposition reviendrait sur «  la mauvaise réforme du prélèvement à la source » tandis que Charles de Courson, représentant UDI, a déclaré chercher « en vain les 50 milliards d’économies annoncés » lors du pacte de responsabilité en 2014. Des allégations qui ont fait réagir les députés PS, Dominique Lefebvre en tête : « Qui, à part François Fillon et la droite, nous dira que deux milliards en plus pour l’emploi, c’est beaucoup ? » s’est-il exclamé, fustigeant la droite «  libérale et punitive  ».

Cette passe d’arme à l’Assemblée Nationale révèle le réel combat qui s’oppose en arrière-plan du texte du budget, qui part ailleurs sera à coup sûr rejeté sans débat par le Sénat, à majorité de droite. La bataille pour les élections de 2017 est lancée, où le groupe du Front De Gauche mène un combat purement parlementaire, tandis que droite et gauche tentent de recréer un clivage qui avait fini par s’estomper…