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Politique

Crise du gouvernement

Budget 2019 : Macron face à ses contradictions

Avec une croissance en berne et une faible consommation des ménages, Macron a annoncé en grande pompe un budget 2019 centré sur la question du pouvoir d'achat. Mais malgré les effets de manche la réalité est bien là : beaucoup prendre aux plus précaires et plus donner aux entreprises. Surtout, c'est la tentative de Macron de regagner la confiance des ménages, indispensables pour mener la suite de ses réformes et mieux détruire les acquis sociaux. Mais face aux réticences de la population envers le projet macroniste, le pari est loin d'être gagné pour Macron.

Photo : Flickr | Denis Adam de Villiers.

Beaucoup d’effets d’annonce pour une réalité bien maigre

Après avoir arboré les huit milliards d’euros accordé au plan pauvreté, pour se défaire de son image de président des riches, Macron poursuit son virage en communication, en mettant en avant six milliards de réduction d’impôts pour les ménages, qui devraient se traduire par une hausse équivalente du pouvoir d’achat. Ces annonces, que le gouvernement tente de faire passer comme la continuité d’un pseudo virage social initié avec le plan pauvreté, ne sont pourtant que des effets de communication.

Si Macron met en avant le chiffre de six milliards d’euros de gain de pouvoir d’achat pour les ménages, c’est sans compter les diverses réductions et suppressions d’allocations sociales qui vont peser dans la période à venir. En réalité, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), en prenant en compte le gel des retraites, des allocations familiales et des Aides Personnalisées au Logement (APL), ainsi que les effets de l’inflation, on verra déjà ce chiffre se réduire de moitié, pour atteindre plutôt 3,5 milliards.

Les plus fragiles : grands perdants du budget 2019

Surtout, derrière les écrans de fumée, le macronisme n’a pas changé : comme le souligne Eric Heyer, directeur du département « analyse et prévision » de l’OFCE, interviewé par France Info « les grands perdants de ce budget sont les inactifs et les retraités, qui voient leurs pensions non revalorisées au niveau de l’inflation. C’est dont une belle perte de pouvoir d’achat ».

Parmi les réductions de dépense publiques, les premières toucheront directement l’Emploi et le Logement, via la suppressions de 4500 fonctionnaire notamment. Et l’agence Pôle Emploi sera une des premières atteintes par ces suppressions de postes. Au contraire les dépenses allouées à la Défense et la Justice vont augmenter.

18,8 milliards de cadeau pour les entreprises

Si le pouvoir d’achat des ménages va être en réalité peu affecté par les mesures du projet de loi de finances, et va au contraire continuer à baisser pour certaines catégories sociales, les principaux bénéficiaires du budget seront sans surprise les entreprises. Elles vont ainsi profiter d’une baisse des prélèvements obligatoires de 18,8 milliards d’euros selon Bercy. Le CICE va être basculé en baisse des cotisations sociales pour près de 20 milliards.

Le pari de Macron : relancer la consommation pour renouer avec la croissance...

Le ralentissement de la croissance et l’augmentation du déficit public prévu pour l’année prochaine restreignent significativement les marges de manœuvre de Macron. Relancer la croissance est crucial dans le contexte économique et politique, à la fois pour rompre avec sa posture de président des riches en montrant qu’il se préoccupe du pouvoir d’achat, mais surtout pour convaincre une frange des classes moyenne encore sceptiques à son projet, et sans laquelle Macron ne pourra pas mener à bout son projet politique. « M. Macron essaie d’augmenter le pouvoir d’achat face à sa chute de popularité et aux accusations selon lesquelles ses réformes ne profitent pas aux classes populaires françaises » écrit le Financial Times.

Plus fondamentalement, l’enjeu de la croissance n’est pas seulement économique mais aussi politique. Le blues de la macronie touche la bourgeoisie, qui commence à émettre de sérieux doutes sur la capacité de Macron à mener à bien ses réformes et obtenir des résultats. La baisse de la croissance malgré l’enchainement des réformes durant la première année du quinquennat met un sérieux coup à Jupiter, brutalement redevenu Manu : « Avec un taux annoncé de 1,7 %, elle est plus faible que prévu alors qu’à 2,8 % du PIB, le déficit public est plus lourd qu’attendu. C’est le signe que le pari de départ a échoué : l’élection d’un jeune président pro-business n’a pas ramené comme par miracle la prospérité dans l’Hexagone » Monde.

Ce pari, comme on le voit, est donc loin d’être gagné. Et il est même très risqué pour Macron qui, si la consommation ne repartait pas, essuierait un échec économique et politique.

Car en réalité, au-delà de potentielles hausses du pouvoir d’achat, c’est de la crédibilité politique de Macron qu’il s’agit au moment où l’illusion du macronisme se dissipe brutalement, non seulement au sein de la majorité de la population mais aussi, plus grâce, jusque et y compris dans les plus hautes franges de la bourgeoisie elle-même. Comme le note Françoise Fressoz, éditorialiste au journal Le Monde :« sans le soutien des ménages, pas de confiance ni de croissance et c’est cette bataille-là qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe doivent mener dos au mur, handicapés par une impopularité croissante parce que leur politique, en plus d’être vécue comme inégalitaire, ne donne pas les résultats escomptés ».

Celui qui était propulsé par la bourgeoisie française et européenne comme la superstar capable de relancer la croissance et transformer la croissance se retrouve désormais dos au mur. Le temps des postures à la Thatcher est révolu, la bourgeoisie s’en déplore. Au sein de la bourgeoisie l’illusion macroniste s’évapore brutalement. Il est temps que le monde du travail aussi s’en défasse et mène la contre-offensive en se dotant d’un réel plan de bataille.




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