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Politique

Du fric pour les facs et la santé, pas pour les flics ni pour l'armée

Budgets des forces de répression : le tout-sécuritaire a un coût

Dans un rapport publié jeudi 21 juin, la Cour des Comptes exprime ses inquiétudes sur les dépenses de l’État dans les forces de répression (police et gendarmerie), en augmentation suite au tournant autoritaire des derniers gouvernements. Pour bien mener une politique anti-sociale, il convient aussi de soigner son bras armé.

Alors que Gérald Darmanin affirme qu’il y a trop d’aides sociales en France et que Macron dénonce le « pognon de dingue » dépensé pour ces aides, la Cour des Comptes met le doigt sur une autre source de dépense importante de l’État : les forces de répression. En effet, la politique initiée par les gouvernements de Hollande et continuée par Macron de criminalisation et de répression violente des mouvements de contestation (ZAD, manifestations, grèves...), politique qui s’applique également contre les migrants et depuis plus longtemps encore dans les quartiers populaires a un coût. Ainsi, alors que le reste de la fonction publique, hospitalière, territoriale ou éducative (que l’on a retrouvée au printemps en grève et dans la rue pour revendiquer l’arrêt des dégradations des conditions de travail) voit ses points d’indice gelés, des postes supprimés, la police voit ses effectifs croître, ses rémunérations (indiciaires et indemnitaires) augmenter et connaît des avancements de carrière. Dans le rapport de la Cour des Comptes est constatée une augmentation des gradés qui conduit à un « déséquilibre pyramidal ».

Les attentats de l’année 2015 et l’instauration de l’État d’urgence, aujourd’hui permanent, ont permis de justifier cette politique autoritaire de l’État contre les classes populaires et d’instaurer un climat propice à l’augmentation des forces répressives. On se souvient de la rapidité avec laquelle Hollande avait accédé aux revendications des policiers qui manifestaient cagoulés, armés autour de l’Élysée fin 2016 et ce, quelques mois seulement après l’explosion sociale du printemps en réaction au passage en force de la Loi Travail. Le budget alloué à la police avait alors été augmenté. Hollande a également augmenté les effectifs tout comme Emmanuel Macron qui promet 10.000 créations de poste avant la fin de son quinquennat (7.500 dans la police, 2.500 dans la gendarmerie). La Cour des Comptes estime par ailleurs que les dépenses de rémunération auront augmenté de 920 millions d’euros (+9,5%) entre 2016 et 2022. Il ne faut pas non plus oublier les dépenses, qui risquent encore de s’accroître pour ce qui concerne le matériel, sobrement appelé, de « gestion démocratique des foules », responsable de plusieurs morts chaque année : flashballs, grenades lacrymogènes, de désencerclement, GLI-F4... À sa prise de poste, à l’été 2017, Collomb avait dû renouveler les stocks, épuisés par les multiples opérations de répression menée sous Hollande (Sivens, Notre-Dame des Landes, Calais, loi El-Khomri...).

Le gouvernement s’est montré rassuré face aux mises en garde de la Cour des Comptes, assurant que le budget était sous contrôle. Il est évident que Gérard Collomb n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin et ne saurait trop s’en faire puisqu’il a à ses côtés un gouvernement de combat prêt à rogner sur tout ce qu’il peut pour gonfler les profits de la bourgeoisie et, en cas d’explosion sociale incontrôlée, au budget de la police. L’armée n’est pas en reste puisque Macron a annoncé en février dernier une augmentation conséquente des budgets militaires. En 2014, suite au meurtre de Rémi Fraisse à Sivens, et face à ces politiques, les étudiants toulousains scandaient « Du fric pour les facs et les lycées, pas pour les flics ni pour l’armée ! ».

Crédit photo : @ PHILIPPE DESMAZES / AFP




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