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Monde

Tué par les gendarmes

C’est bien le cadavre de Santiago qui a été retrouvé. Colère contre le gouvernement argentin

Cela faisait 81 jours que l’on était sans nouvelle de lui. Après une opération de gendarmerie de grande violence conduite contre une communauté mapuche, dans le Sud du pays, Santiago Maldonado, un jeune activiste de la cause autochtone, était porté disparu. Le gouvernement de droite de Mauricio Macri a soutenu les hypothèses les plus improbables pour couvrir la gendarmerie. Mardi, en revanche, son cadavre a été retrouvé sur les lieux mêmes où les flics sont intervenus, le 1er août. A la veille d’élections législatives de mi-mandat pour lesquelles la droite argentine partait favorite, ce sont l’ensemble des cartes qui pourraient être rebattues.

Quelques jours avant le scrutin décisif de dimanche, la justice a ordonné le ratissage, pour la quatrième fois depuis le mois d’août, de la portion du fleuve Chubut en direction de laquelle Santiago Maldonado avait fui avec l’ensemble de la communauté mapuche de Cushamen qui protestait contre l’accaparement de leurs terres ancestrales par Benetton le jour où les forces de gendarmerie sont intervenues. Mardi, donc, de façon complètement improbable, les plongeurs de la police ont retrouvé un corps, flottant à la surface et à 300 mètres en amont de l’endroit où avait été vu pour la dernière fois Santiago Maldonado et qui a été identifié comme celui du jeune activiste.

Ce qui, d’entrée de jeu, ressemblait à une « disparition politique forcée », à savoir l’assassinat d’un militant, suivi de la soustraction du corps, en acquiert aujourd’hui toutes les caractéristiques. Le meurtre de Santiago Maldonado rappelle les heures les plus sombres de l’’histoire contemporaine de l’Argentine, la période de la dictature militaire de 1976-1983 et son cortège de 30.000 disparu-e-s. Elu en 2015, le président de droite Mauricio Macri semblait n’accorder qu’une importance toute secondaire à cette période, prônant la « réconciliation nationale » et souhaitant refermer la parenthèse des procès intentés contre les responsable de crimes contre l’humanité et de génocide pour la période 1976-1983. Le meurtre de Santiago vient rappeler qu’il ne s’agissait pas d’un simple projet tourné en direction du passé. Ce crime politique indique la continuité existante entre le discours et les pratiques de la droite argentine et des forces de répression et le projet porté par la dictature de Videla.

Après plusieurs semaines de mobilisations pour que la lumière soit faite sur la disparition de Santiago, en Argentine comme à l’étranger, des manifestations monstre ont été organisées depuis jeudi soir, partout dans le pays, en dépit de la suspension de la campagne par les partis politique et l’interdiction de tenir des rassemblements à la veille du scrutin.

Pour l’avocate et candidate du PTS au sein du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT), Myriam Bregman, « [en dépit de l’attente des résultats de l’autopsie] on peut d’ores et déjà parler d’un assassinat par la gendarmerie. ET je ne parle pas ici seulement d’un point de vue politique, mais tout simplement juridique. Santiago n’était pas en train de pécher ou de se promener [sur les bords du fleuve Chubut]. Il courrait pour échapper à une opération de répression sans pitié conduite directement par le ministère de l’Intérieur. C’est dans ce cadre-là que Santiago est mort. Nous verrons par la suite s’il a été assassiné et que l’on a placé le corps, par la suite, ou s’il a été assassiné et que le corps était là depuis le début. Nous allons attendre les résultats de l’autopsie pour nous exprimer sur la version complète des faits. Mais en aucun cas il n’est possible d’exclure la responsabilité de la gendarmerie. Les gendarmes qui étaient sur place savaient, eux, ce qu’il s’est passé (…). Un jour ou l’autre le gouvernement devra payer pour autant de cruauté et d’impunité ».

L’impact des derniers rebondissements autour de l’assassinat de Santiago est encore compliqué à évaluer tant la polarisation s’est accrue au cours des dernières semaines, autant sur la droite qu’en direction de la coalition péroniste menée par l’ancienne présidente, Cristina Kirchner. Vendredi soir, les derniers sondages pour la province de Buenos Aires, une province absolument clef pour la politique argentine, continuaient à donner Esteban Bullrich, neveu de la ministre de l’Intérieur, au coude-à-coude avec Kirchner, avec 38,5% des intentions de vote. Le FIT, en première ligne des mobilisations au cours des dernières semaines aura à se battre pour arracher chaque voix contre la pression du « vote utile » en direction du centre-gauche et du kirchnérisme. L’enjeu sera de conserver, sur l’échiquier électoral, l’autorité politique que l’extrême gauche trotskyste argentine, menée par le jeune Nicolás Del Caño, a consolidé au cours des dernières années, et de sanctionner lourdement Macri sans pour autant conforter une Kircner qui souhaiterait se présenter pour un nouveau mandat en 2020.

En attendant l’ouverture des bureaux de vote, dimanche, un nouvel appel à manifester, centralisé, a été lancé pour aujourd’hui, 14h (heure locale), à Buenos Aires, pour exiger des comptes et la démission des responsables de l’assassinat de Santiago.




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