Politique

Mise en cage des manifestations, menace de 49.3, tractations avec FO…

« C’est dans la rue que ça va se jouer » dit Martinez : mieux que le dire, le préparer dans les boites !

Publié le 1er juillet 2016

Alors que François Hollande s’est livré aux Echos, dans un discours aux allures présidentielles, le gouvernement prépare dans les coulisses, même si cela n’est pas gagné d’avance, de quoi rallier les « frondeurs », tout en affirmant ne pas hésiter à user du 49.3 pour voter la loi dans les délais prévus. C’est aussi dans le sens de fissurer le front de l’intersyndicale pour isoler la CGT que le gouvernement a proposé ses amendements à la loi Travail. Une réussite puisque non seulement Mailly abandonne la rue, mais il a révélé, dans une interview au journal La Croix, ne pas souhaiter le maintien de la manifestation le 5 juillet. Cependant, si Martinez appelle avec force à défiler dans la rue, il faudrait qu’il se prenne lui-même au mot : la nouvelle journée d’action du 5 juillet, journée de passage de la loi pour adoption définitive par l’Assemblée, doit être une journée de grève et de manifestation, pour réaffirmer notre droit à manifester, en dehors des cages du gouvernement, tout en affirmant haut et fort notre exigence du retrait total.

George Waters

Hollande ne veut pas que l’on touche à l’article 2. Tout sera donc utilisé contre les initiatives allant à son encontre : 49.3, répression des manifestations, nouvelles petites miettes pour les syndicats. Il s’agit en tout cas de faire taire une rue, les grèves, qui exige depuis 4 mois le retrait de cette loi scélérate. Mais aujourd’hui, les syndicats réformistes ne sont pas du côté de la rue : la Cfdt a annoncé qu’elle s’opposerait à un recul sur la loi travail, même avec un nouveau 49.3.

Jean Claude Mailly le martèle : il n’a jamais connu de mouvement si long. Et dans sa bouche, ceci n’a pas l’air d’être une fierté. Cependant, il est visiblement satisfait des derniers amendements sur le texte, qui portent sur l’article 13. Avec la collaboration de Berger, El Khomri a donc proposé que la branche soit le niveau de négociation pour une série de mesure, parmi lesquelles les salaires, les classifications, la formation professionnelle, la prévoyance, l’égalité professionnelle et la pénibilité. Pour Mailly, « cela veut dire qu’on garantit que la branche existe encore demain, c’est un point positif », qui va jusqu’à parler de « progrès ». Il s’agit de toute évidence de faire un appel du pied au gouvernement, en soulignant que « ce qui est négatif, c’est que les heures supplémentaires, le travail de nuit et le temps partiel continuent de relever de l’entreprise » : en lisant entre les lignes, on comprend que si le gouvernement lâche sur les heures sup’, Mailly pourra l’afficher dans son tableau de chasse, à défaut il se satisfera du présent texte.

Mais pour l’instant, rien n’est joué pour le gouvernement. S’il venait à accepter la question des heures supplémentaires brandie par FO, ce qui semble peu probable, il est possible qu’il obtienne une majorité pour faire passer le texte à l’Assemblée. Une solution plus obligeante pour Hollande et Valls qui ont derrière eux le souvenir du premier 49.3 et du rebond dans la mobilisation qu’il avait instauré. Pour autant, face à un Medef qui se radicalise, dénonce une loi « vidée de son contenu », refuse en tout point de maintenir le « dialogue social » pourtant tout à son avantage et prépare le terrain pour la droite, et la tentation de ne pas céder à la « faiblesse » dont l’accuse ses opposants, le gouvernement cherche à tout prix à limiter les concessions, aussi faibles soient-elles.

Face à cela, Mailly a peut-être enterré le mouvement un peu trop vite. Après avoir décidé de ne plus appeler à la mobilisation, il vient de mettre les pieds dans le camp gouvernemental en déclarant souhaiter que la manifestation du 5 juillet ne se tienne pas.

Du côté de la CGT, Martinez se retrouve isolé. Il est également de plus en plus timoré. Tout en déclarant que « c’est dans la rue que ça va se jouer », Martinez ne précise pas de nouvelle date et est loin de se donner les moyens de sa politique. Plutôt que la pression par la rue, et des journées saute-mouton, c’est bien d’un plan de bataille pour réaffirmer notre droit à manifester non encagé, par la grève et la pression de rue qu’il faudrait. C’est la base même pour construire un réel rapport de force capable de faire plier le gouvernement. En effet, le dernier communiqué de l’intersyndicale n’appelle même plus à une seule journée de grève, mais seulement à la mobilisation par « des formes à déterminer localement, durant le débat parlementaire » le 5 juillet.

Après le ralliement de Mailly (FO) au gouvernement, et 4 mois de mois de lutte déterminée de la jeunesse, de certains secteurs de salariés, appuyé par la majorité de la population, menée envers et contre la répression, il s’agirait de jeter toute nos forces dans la bataille. Non seulement pour réaffirmer notre droit à manifester en dehors du cadre et des cages imposés par le gouvernement et sa police. Mais aussi, pour taper un grand coup : le minimum serait un appel à la grève reconductible pendant la durée du débat parlementaire, à partir du 5 juillet pour réaffirmer notre exigence du retrait de la loi, et préparer au mieux les batailles de demain.