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Notre classe

Souffrance au travail

Cadences infernales, accidents du travail : PSA Valenciennes raconté par le délégué CGT

Cédric Brun, secrétaire général CGT de PSA Valenciennes, a répondu aux questions de Révolution Permanente.

Propos recueillis par Vincent Duse

Révolution Permanente : Depuis plusieurs mois maintenant, le site de PSA Valenciennes tourne à fond pour pouvoir produire les boites de vitesses, il y a même tellement de demandes des usines du groupe PSA que certains sites sont au chômage. Comment expliques-tu les choses, mais surtout d’où vient le problème ?

Cédric Brun : L’explication est simple, des machines vieilles de 40 ans, 500 CDI en moins sur 3 ans et un investissement trois fois inférieur pour cette BV (Boîte de Vitesse) par rapport aux boîtes précédente.

RP : Avec cette suractivité, des samedis et des heures supplémentaires à n’en plus finir, comment réagissent les salariés, ils doivent être à bout ?

C.B : Tout d’abord les samedis imposés gratuits, du moins 1 sur 2, sont rendus possible à cause du Nouvel Elan pour la Croissance (NEC : un accord de compétitivité) signé par les autres syndicats. Ce NEC que les salariés de l’usines ont combattu avec force en 2016 avec un pic à 700 grévistes, du jamais vu.

A ces heures imposées, la direction a fait signer aux autres syndicats un accord de changement des horaires. Avec rabotage des pauses, journées de travail plus longue et, pour l’équipe de nuit, une journée supplémentaire sur un cycle de 15 jours.

Malheureusement nous n’avons pas réussi à mobiliser contre cette attaque et les gars en mesurent toutes les conséquences aujourd’hui.

Bien sûr que les gars sont à bout, mais nous ne restons pas l’arme au pied, la pression reste forte face à la direction. La direction a tenté à plusieurs reprises d’imposer des affichés les jours fériés mais les gars ont toujours répondu présent.

C’est aussi parce que la direction se méfie de la réaction des gars que 1 affiché sur 2 est payé contrairement au reste du groupe où c’est 1 sur 3.

R.P : Il y a peu de temps, le PDG du groupe PSA est venu vous voir sur le site pour exiger que vous fassiez 3000 boites de vitesses. C’est une véritable provocation ! Qu’en pensez-vous ?

C.B : Le type, tu lui explique techniquement, démonstration à l’appui que c’est impossible d’en faire 1500, il te répond qu’il en faut 3000 par jour.

Il est parfaitement conscient qu’il met les usines à mal mais il ne répond qu’a une seule logique la redistribution aux actionnaires, le reste c’est pas son problème.

C’est un démagogue, c’est une erreur de penser qu’il est à côté de la plaque.

Il te répond : « Nous gagnons du fric, beaucoup de fric ! Il n’est pas grave d’avoir ici et là des difficultés à fournir les usines terminales ! »

RP : Une des conséquences des rythmes du travail, ce sont les accidents du travail qui augmentent, comme ce cariste il y a peu de temps. Comment réagis-tu à ce désastre pour les ouvriers qui travaillent à Valenciennes ?

C.B : Nous sommes scandalisés, les victimes de cet accident et des autres précédents sont liées à plusieurs choses : la pression constante et le manque d’investissement concernant la sécurité.

A chaque fois, les enquêtes menées par nos membres CHSCT démontrent que les précédents ne sont pas pris en compte et la direction se décharge en disant « c’est du comportemental », de la faute des victimes, un scandale !

L’état du dernier accidenté est préoccupant, il a déjà subi de grosses interventions et sera probablement lourdement handicapé.

Nous avons immédiatement proposé notre aide à la famille.

A mon arrivé 45 minutes après, l’accident et malgré la gravité déjà connue par la direction, le responsable de Fabrication a tenté de minimiser l’état des victimes en disant qu’elles n’étaient qu’en observation.

Pendant ce temps, l’hôpital annonçait à la famille de l’intérimaire, la victime la plus touchée, que le pronostic vital était engagé.

Je suis écœuré, c’est des « ordures » et je pèse mes mots !

Maintenant, la direction tente d’incriminer la victime en disant qu’il ne devait pas se trouver là !

C’est son poste de travail bordel, il y a 3 ans j’étais à sa place !

On va leur faire la guerre, je ne lâcherai rien !

R.P : Et comme partout sur le groupe PSA, il y a eu beaucoup de suppressions d’emplois à Valenciennes avec l’aval des tous les syndicats sauf la CGT comment ils réagissent dans les ateliers pour justifier leur acceptation de ce désastre ?

C.B : Il y a bien longtemps qu’ils n’essaient plus de se justifier, leur position est intenable.

Il y a peu dans le journal régional (la voix du nord) FO a tenté de minimiser sa responsabilité en démentant nos chiffres ce que nous avons rectifié en apportant des Procès-Verbaux de Comité d’Entreprise preuve irréfutable si l’en fallait une.

R.P : Et de ton point de vue et celui du syndicat CGT PSA Valenciennes qu’est-ce-qui devrait être fait, et quelle stratégie il faut employer pour que le massacre cesse, surtout que le groupe PSA a fait des milliards ?

La démonstration est faite surtout sur le sujet de PSA que c’est le coût du capital qui casse les usines et non le supposé coût du travail.

Mais une fois que nous avons démontré ça, ne nous voilà pas beaucoup plus avancé pour que nos conditions de vie changent.

Pour autant tous les travailleurs du pays quel que soit leur patron connaissent ce schéma.

A ces attaques nous devons répondre par la convergence des lutte. Le blocage général de l’outil de travail doit imposer un changement de donne dans la durée.




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