Société

Après les incendies dans les centres d’accueil

Calais. Début de raids par l’extrême droite ? Deux jeunes migrants attaqués à l’arme à feu

Publié le 26 octobre 2016

Alors que l’évacuation de Calais est en cours et que la police déporte les migrants sous les bravos de toute la classe politique, on ne peut que s’inquiéter de l’accueil qui leur sera réservé sur leur lieu d’arrivée. Dès hier après midi, des migrants ont été pris pour cible aux alentours de la "jungle". Si les tirs n’ont, pour l’heure, pas fait de victimes, cette agression violente est plus que préoccupante . Qu’en sera-t-il quand ces populations qui demandent l’asile seront dispersées aux quatre coins de l’hexagone, parfois dans des villes où les centres d’accueil sont déjà la cible de coups de feu ou d’incendiesvolontaires ?

George Waters

Il est 15 heures sur la route qui mène de Gravelines à Calais, près du camp de réfugiés que le gouvernement a entrepris de démanteler définitivement. Deux jeunes gens soudannais, de 16 et 17 ans, marchent tranquillement le long de la route vers la « jungle ». Une voiture passe, un coup de feu part, cinglant l’air. Leur crime ? Se rendre en ville pour « pour acheter des bonbons » et fêter leur départ pour l’Angleterre ce mercredi. Interrogé par Libération, Mohie, l’un des deux jeunes agressés, témoigne. « Un homme qu’on ne connaissait pas a tiré sur nous. Il était seul dans la voiture. Il s’est arrêté, il a tiré, et il a redémarré, en roulant très vite. Quand on a aperçu l’arme, dirigée vers nous, on a commencé à courir ». Un mode opératoire qui fait froid dans le dos, au scénario proche d’un film de gangsters, et qui témoigne du passage à l’acte d’individus pour l’instant isolés. L’atmosphère ultra réactionnaire des quelques coups d’éclat de l’extrême droite, comme la divulgation des logements occupés par les migrants par le FN à Lourdes ou bien encore la campagne médiatique de Ménard à Béziers, n’y semble pas étranger. En effet, influencés par ces discours réactionnaires, des individus semble décidés à se lancer dans une chasse aux migrants, au sens strict du mot.
Alerté par les tirs, Maryam Guerey, bénévole au Secours Populaire, explique ainsi qu’« lls avaient même peur de moi. Ils tremblaient. Je leur ai demandé de quelle maison venaient les tirs, ils ont dit qu’ils venaient d’une voiture. Au début, ils ne voulaient pas que j’appelle la police. Ils disaient "c’est pas grave, c’est des gens qui ne nous aiment pas" » Entre lucidité sur les intentions politiques des agresseurs et méfiance envers les forces de répression, dont les migrants subissent les brimades depuis de long mois, ces témoignages retranscrivent la violence de leur quotidien fait de menace de mort permanente, d’angoisse et de harcèlement.

Le démantèlement du camp de réfugiés de Calais devient chaque jour plus inquiétant alors que les conditions d’accueil des migrants dans les villes auxquelles ils ont été assignés sont de plus en plus incertaines. Entre les villes où les centres ont été incendiés comme à Forges-les-Bains (Essonne), Billiers (Morbihan) ou Loubeyrat (Puy-de-Dôme) et celles où ils ont été attaqués à l’arme à feu, comme à Saint-Brévin (Loire-Atlantique) ou Saint-Hilaire-du-Rosier (Isère), les passages à l’acte meurtriers se multiplient. Racistes, islamophobes et réactionnaires, ces attaques sont le fait d’une minorité déterminée, capable de déployer la plus grande violence contre celles et ceux qui justement l’ont fuie pour un pays qu’ils croyaient plus accueillant. Face à ces actes haineux et meurtriers, seule la solidarité peut gagner, soit grâce à des initiatives comme celle des cheminots, ou des rassemblements qui doivent être de plus en plus systématiques et nombreux pour montrer que leur haine n’aura pas raison de notre lutte solidaire.