Politique

En tournée sur le Front…

Calais. Sarkozy nourrit sa campagne de la misère des migrants et des peurs qu’elle suscite

Publié le 21 septembre 2016

C’est mercredi qu’ont été officiellement désignés les candidats pour les primaires à droite. C’est également ce jour-là que Sarkozy a choisi pour aller étrenner, dans le port et à l’hôtel de ville de Calais, son costume de candidat officiellement investi. Une bonne occasion de donner à son premier acte de campagne la tournure xénophobe et ultra réactionnaire qu’il pense utile pour gagner en chassant sur les terres du FN.

Claire Manor

Entouré de plusieurs élus, dont le président de région Xavier Bertrand et la maire de Calais Natacha Bouchart, Sarkozy s’est rendu mercredi matin sur le port de Calais pour « évaluer l’impact des migrants ». Tandis qu’il se faisait expliquer comment sont détectés les migrants dans les camions, il a assisté à l’ouverture d’un camion d’où sont descendus douze Afghans et Syriens. Cela n’avait en fait rien d’une mise en scène. Le cas se répète 30 à 40 fois par jour, à la fois signe de la volonté opiniâtre des migrants de quitter l’enfer de Calais pour l’Angleterre et source répétée de tensions avec les camionneurs et les usagers de la zone portuaire.

Peu sensible au drame qui se jouait, Sarkozy, qui avait d’ailleurs refusé de se rendre dans la jungle, a simplement vu dans cette circonstance, une belle opportunité de campagne. Après avoir parlé à la police qui venait d’interpeller les douze migrants, il s’est payé le luxe de déclarer : « Il y a quelque chose d’effrayant dans cette démission [de l’État], cette absence d’autorité ». De quoi laisser entendre que « lui Président… ».


Du hangar à la jungle et au chaos, Sarkozy y est pour quelque chose…

Sarkozy a beau jeu de tirer un bilan critique de la situation. Il ne devrait pourtant pas oublier qu’en tant qu’ancien Président de la République et ancien ministre de l’Intérieur, il a déjà eu en main le dossier calaisien.

En 2002, il existe à Calais, pour unique structure d’accueil, le hangar humanitaire de Sangatte, ouvert par la Croix-Rouge en 1999 et arrivé à totale saturation avec un nombre de demandeurs d’asile multiplié par trois en moins de cinq ans. Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, organise pourtant la fermeture du local qui hébergeait 2000 migrants. D’une nouvelle structure d’hébergement, il n’est pas question. Sarkozy s’en sort en négociant très durement avec l’Angleterre afin qu’elle récupère les migrants de Sangatte.

Mais ce coup réussi ne règle évidemment pas le problème du contrôle aux frontières. Sarkozy signe, le 4 février 2003, le traité du Touquet, celui-là même qu’il souhaite renégocier aujourd’hui. Le principe : chaque pays accepte que les voyageurs souhaitant traverser la Manche, dans un sens ou dans l’autre, soient contrôlés en amont de la traversée. C’est ce même principe qui a conduit directement au blocage à Calais. Situation qui a été dramatiquement accentuée par l’intervention de la France en Libye et au Moyen-Orient.

Depuis la fermeture de Sangatte, l’afflux de migrants vers Calais ne s’est donc pas tari et Sarkozy a continué à démontrer sa vision humanitaire de la situation en faisant évacuer en septembre 2009, un bois où des centaines de migrants se cachaient dans une insalubrité totale.

En chassant les migrants chaque fois qu’ils s’installaient, l’État, sous Sarkozy comme sous Hollande, a créé un véritable chaos avec une montée de la violence, du racisme et de la mafia, devenue totalement impossible à maîtriser.


Sarkozy part en guerre d’éradication des migrants

Ce mercredi à Calais, après sa visite dans les installations portuaires, Sarkozy s’est rendu à l’hôtel de ville pour une réunion qui regroupait un auditoire de policiers et de professionnels hôteliers, transporteurs routiers, petits commerçants… Il s’agissait de s’adresser, outre à la police, à des couches sociales traditionnellement faciles à capter sur la droite, quand les intérêts de leur activité sont touchés.

Mais au-delà, c’est pour l’ensemble de ses électeurs potentiels, à droite, voire à l’extrême droite, que Sarkozy a déroulé les grandes lignes de son programme contre les migrants. Il se résume en trois points, tous plus contraires les uns que les autres aux droits démocratiques les plus élémentaires :

Il s’en prend d’abord au droit à la libre circulation des personnes en prônant « le rétablissement systématique des contrôles à toutes les frontières », et en soulignant que l’espace Schengen « n’existe plus ». Pour lui, le problème se traite d’abord à Vintimille, en fermant toutes les frontières « passoires ».

Ensuite, il sollicite la fibre nationaliste française contre les Britanniques qui tirent leur épingle du jeu. À chacun sa responsabilité. Le traité du Touquet, dont il n’a mesuré que trop tard toutes les conséquences, est à renégocier. « Il faudra bien qu’il y ait un centre de traitement en Grande-Bretagne pour l’entrée des réfugiés en Grande-Bretagne », déclare-t-il.

Enfin, pour ceux qui souhaiteraient rester en France, il opère le tri inacceptable entre les migrants « légitimes » et les migrants « illégitimes » ; les réfugiés qui sont en situation de demander le droit d’asile et qui devront le faire dans les deux mois et ceux qui ne le sont pas et seront immédiatement reconduits aux frontières.


Et pendant ce temps-là, Cazeneuve …

L’« absence d’autorité » de Hollande et Cazeneuve dont fait état Sarkozy n’est pourtant pas le véritable reproche qu’on pourrait leur faire. Car, même s’il s’affuble du terme « d’humanitaire », le plan de démantèlement de la jungle qui se poursuit est bien un véritable acte d’évacuation et de dispersion, sans solution durable et acceptable pour les migrants.

Simultanément, commence à se construire, à quelques mètres de la jungle, en bordure de la rocade, un mur de 4 mètres de haut sur 1km de long qui a pour objectif d’interdire aux migrants l’accès à l’axe routier et à la zone portuaire. On sait le rôle qu’ont joué et jouent historiquement les barbelés et les murs comme moyen de domination, d’oppression et de refoulement. Celui de Berlin est tombé, mais l’ère néolibérale et impérialiste en reconstruit d’autres, en Palestine, au Mexique, à Calais ou ailleurs. Signe de la coopération retrouvée entre la France et l’Angleterre sur le dos des migrants, c’est la Grande-Bretagne qui finance le mur de la Jungle.


De l’air, de l’air, ouvrez les frontières !!!

Face aux politiques racistes et xénophobes que véhiculent les Marine Le Pen, les Sarkozy, les Hollande, les Cazeneuve à l’égard des migrants, il importe avant tout que les travailleurs et notamment les dockers, les travailleurs du transport, ne se laissent pas diviser par une situation dont les migrants sont les victimes et les responsables le gouvernement et ses guerres impérialistes.

À l’encontre de ce que propose Sarkozy, la seule voie possible et viable à terme, est l’ouverture des frontières et la libre circulation des personnes, le droit d’asile pour ceux qui le demandent, le droit à un logement décent pour tous, la fin des guerres impérialistes et des interventions extérieures qui génèrent la grosse majorité du flux de réfugiés.

Autant de revendications qui doivent être incluses dans une perspective plus large pour toutes les luttes qui se mènent, d’Air France aux Goodyear en passant par Alstom, contre la loi El Khomri, mais aussi contre la répression qui n’est pas réservée aux boucs émissaires étrangers, aux immigrés ou aux chômeurs, mais à l’ensemble des travailleurs de ce pays.