^

Politique

Le groupe vise 70 milliards de bénéfice

Carlos Ghosn dévoile le nouveau projet stratégique de Renault

Carlos Ghosn, le PDG de Renault est désormais président du conseil d’administration des groupes Nissan et Mitsubishi Motors. Il a présenté ce vendredi la nouvelle stratégie d’ensemble des trois constructeurs automobiles qui couvrira la période de 2017 jusqu’à 2022. « Le plan fixera notamment les projets de plateformes communes avec Mitsubishi Motors Company » comme l’a indiqué Thierry Bolloré directeur délégué à la compétitivité de Renault au magasine Challenges lors du salon automobile de Genève.

Le groupe Renault-Nissan était devenu, avec l’achat de 34% de parts de Mitsubishi l’année dernière, le troisième constructeur automobile au monde, derrière l’allemand Volkswagen et le Japonais Toyota. Au milieu de l’année 2017 il arrive en tête du classement dépassant légèrement le groupe allemand avec 5,27 millions de voitures vendues depuis le mois de janvier. Si, aux alentours de 2009 le groupe était en grande difficulté, aujourd’hui il retrouve sa forme et se place comme un exemple de réussite. Les résultats record au premier semestre de l’année en sont la preuve. Le constructeur Renault (Dacia, Samsung Motors, Alpina et Lada) sans compter Nissan ni Mitsubishi ont réalisé, sur les six premiers mois de l’année, un chiffre d’affaires de 29,5 milliards d’euros, une marge opérationnelle de 1,82 milliards d’euros et un bénéfice net de 2,38 milliards d’euros. Ce bond dans les affaires est dû à une hausse des ventes sur le marché de l’Europe de l’ouest, mais aussi à un redressement strict au niveau des coûts de la marque. Suppressions de postes, délocalisations, gel de salaires, « optimisation » des chaînes de production pour éviter les temps morts au niveau de la main d’œuvre, petits chefs répressifs et une pression monstrueuse chez les cadres intermédiaires pour assurer plus de modèles et plus des solutions à bas coût.

Voici le secret du PDG Renault Carlos Ghosn : peu importe le projet stratégique, les bénéfices de cette entreprise se font à coup de burn-out, stress, mal-être au travail et certains d’entre eux qui décident malheureusement de mettre fin à leurs jours, voilà le prix de la réussite du groupe ! Selon les syndicats, dans quatre sites sur onze en France, entre 2013 et 2017 il y aurait eu 10 suicides et 6 tentatives liées aux conditions de travail. (Source Libération)

La Nouvelle stratégie

Désormais c’est une stratégie d’ensemble que le groupe tend à appliquer dans l’avenir. Cela consiste dans la mutualisation de la production entre les entreprises, visant à réduire les coûts liés au transport des marchandises. Dans l’horizon, une possible fusion des groupes à long terme est envisageable, en se débarrassant d’abord de l’état français comme actionnaire avec lequel le PDG a maintenu des relations toujours tendues. « On pourra légitimement un jour se poser la question de l’intérêt d’une fusion, mais cette question ne se pose pas aujourd’hui dans la mesure où la structure actuelle ne nous handicape pas. Une fusion n’est pas à l’ordre du jour » (Les Echos).
A L’heure actuelle les bases de ce futur projet stratégique sont posées par le nouveau plan basé sur une durée de six ans dévoilé ce vendredi, « Drive the futur » qui consiste dans un triple plan des trois entreprises comprises dans le groupe où chaque entreprise aura un plan propre à moyen terme où, par exemple Mitsubishi utilisera la plate-forme de la nouvelle Clio V et des voitures Mitsubishi seront construites dans les usines du groupe en France.

Prochainement, un grand programme technologique commun sera dévoilé. Le but serait d’avoir une plate-forme commune de voitures électriques à l’horizon de l’année 2020. Le groupe vise 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires à la fin du programme (ce qui représente 5 millions de véhicules vendus seulement pour Renault), contre 51,2 milliards en 2016, une marge opérationnelle de 7% avec un plancher à 5% et un flux trésorier positif chaque année. L’objectif sera atteint en visant les nouveaux marchés émergents, comme la Chine, l’Inde et l’Iran. Et en capitalisant les investissements faits en Russie et au Brésil. Le but serait d’être moins dépendant des marchés européens à long terme (56,7% des ventes sont réalisées en Europe).

Différentes stratégies pour les mêmes objectifs

Peut-on se souvenir d’autres plans comme « Renault contrat 2009 » qui s’était avéré un échec (les objectifs de ventes n’avaient pas été atteints) ou son substitut « Drive the change » qui grâce à la reprise des marchés et malgré des doutes à ses débuts, s’est avéré satisfaisant pour les actionnaires du groupe. Maintenant c’est l’heure du nouveau plan « Drive the futur », mais derrière ces mots techniques, à force de les faire marteler à la télévision, ils deviennent familiers (croissance, compétitivité, marchés, etc.) se cache une dure réalité pour tous les travailleurs du groupe. Pour les salariés de Mitsubishi, un plan de redressement est envisagé, comme celui de Nissan, dans les années 2000, quand ce groupe à bout du souffle et criblé de dettes s’est rapproché de Renault en cherchant de l’air. Ce redressement se fit évidement sur le dos des travailleurs des usines Nissan et les méthodes, on peut les retrouver en partie dans les usines Renault de l’hexagone, mais avec la possibilité à l’étranger, de jouer avec une jurisprudence plus souple que la jurisprudence française dans le domaine de la réglementation, du code du travail. Par exemple, dans l’usine Nissan de Canton aux États-Unis dans le Mississippi, les syndicats sont interdits. Pour le bonheur de Carlos Ghosn, Macron tente de faire de même en France. L’objectif de ses redressements sont clairs, réduire au minimum la part du capital variable pour pouvoir ainsi augmenter la plus-value et donc pouvoir accroître les taux de profit très fortement atteints par la crise de 2008. La mutualisation des plateformes, la technologie et le développement visent directement à réduire le coût du transport des marchandises qui a augmenté avec la flambée des prix du baril de pétrole, mais aussi à réduire tous les techniciens et les cadres intermédiaires dans les domaines de la recherche et du développement autant en France qu’au Japon. Ceux-ci vont subir prochainement une vague de « restructurations », soit par des licenciements, soit par des départs non renouvelés : rien de bon à attendre pour les travailleurs du groupe dans cette soi-disant « nouvelle » stratégie. L’organisation et l’unité internationale des travailleurs contre cette nouvelle « stratégie internationale » est essentielle pour que plus une famille n’ait à subir le burn-out, le stress, le chômage ou pire encore le suicide d’un proche dans les usines : pour nous une tragédie, pour eux un accident statistique, un de plus, au crédit de Carlos Ghosn et ses laquais avides de dividendes…




Mots-clés

Carlos Ghosn   /    Renault-Nissan   /    Politique