Politique

Leurs guerres, nos morts. Solidarité avec les victimes

Carnage du 14 juillet à Nice. Une fois de plus, la politique ultra-sécuritaire de Hollande nous mène dans le mur

Publié le 15 juillet 2016

Un camion contre la foule, sur la Promenade des Anglais, à Nice juste après la fin du feu d’artifice du 14 juillet. Un bilan qui s’alourdit d’heure en heure. Après ce qui ressemble fortement à un attentat commandité ou perpétré au nom de Daech, côté gouvernement, on appelle à faire bloc. Hollande, lui, annonce le renforcement du tout sécuritaire et l’intensification de la participation impérialiste française aux frappes en Syrie et en Iraq. Face à l’extension monstrueuse, en France, de la guerre asymétrique que livrent les forces djihadistes, c’est l’intensification d’une logique toujours plus réactionnaire que prône le gouvernement, qui vient d’encaisser un coup sérieux après le triomphalisme des discours post-Euro 2016 et le traditionnel discours officiel de Hollande du 14 juillet, et qui mènent le monde du travail et la jeunesse dans le mur.

Courant Communiste Révolutionnaire

Un poids-lourd qui fonce à vive allure contre les passants massés sur la Promenade des Anglais un soir de feu d’artifice, des coups de feu qui auraient été tiré par le chauffeur, abattu par la suite. C’est la scène dont Nice a été le théâtre, peu avant minuit, le 14 juillet. Le bilan est extrêmement lourd avec 84 morts, dont plusieurs enfants, 18 blessés en état d’urgence absolue et plusieurs dizaines de blessés. Nos pensées vont bien entendu, aux victimes et à leurs proches, victime innocentes payant le prix pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Par-delà la sidération et l’horreur face à ce scénario de guerre qui fait suite à l’attentat de Bagdad qui a fait plus de 300 morts la semaine dernière, nous refusons cependant de marcher au pas cadencé que prônent Hollande, Valls et l’ensemble des politiciens de gauche comme de droite.

Des réponses qui alimentent le brasier

La réaction de l’Elysée et de Matignon a été, sur le plan intérieur, d’intensifier un arsenal répressif qui, jusqu’à aujourd’hui, a servi à instaurer un climat réactionnaire et qui, depuis les attentats de novembre et surtout au cours du mouvement contre la Loi Travail, a avant tout permis d’attaquer les secteurs les plus combatifs de la jeunesse et du monde du travail. Hollande a donc annoncé le renforcement de la militarisation du pays, l’Opération Sentinelle permettant de faire passer de 7 à 10.000 le nombre de soldats en charge d’opérations de police, le recours, pour la première fois depuis cinquante ans, à la réserve opérationnelle et, surtout, en dépit du vote de la « loi pénale » du 4 juin, l’extension de trois mois de l’état d’urgence, instauré à l’origine pour quatre-vingt-dix jours le 15 novembre dernier et dont Hollande, dans son traditionnel discours officiel du 14 juillet, quelques heures avant le massacre, avait annoncé la fin. Tel est l’ensemble de l’arsenal répressif que Hollande à décider de mobiliser, le niveau au-dessus étant la mise en application de l’article 16 de la Constitution conférant au chef de l’Etat les pouvoirs exceptionnels.

Sur le plan extérieur, Hollande se propose d’intensifier les frappes en Syrie et en Iraq sensées affaiblir Daech, de renforcer la coopération militaire avec l’armée du régime fantoche de Bagdad, laissant le soin à certains députés de sa majorité de demander une intervention au sol. Ce serait la solution pour « éradiquer le fléau du fondamentalisme islamique », que demande Marine Le Pen, à qui Sébastien Pietrasanta, député PS rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de janvier et de novembre 2015, emboîte le pas en demandant « l’éradication » de Daech. Mais la « lutte contre l’islamisme » a bel et bien commencé. Elle a été initiée, très officiellement, en 2001 et la première intervention impérialiste contre l’Afghanistan. Depuis, le djihadisme réactionnaire en est sorti renforcé, au fil des échecs, des crimes de guerre, des dommages collatéraux contre les civils et des appuis aux dictatures et aux régimes sanguinaires, du Pakistan à la Lybie. Le dernier avatar d’un djihadisme financé, à l’origine, à la fin des années 1970, par ces mêmes occidentaux, par le Pentagone et ses alliés, les pétromonarchies du Golfe, est particulièrement monstrueux : Daech.
Encore une fois, c’est nous qui payons le prix de leurs guerres et de leurs crises. Jamais depuis l’invasion impérialiste de l’Afghanistan en 2001 et la seconde guerre contre l’Iraq en 2003, les forces réactionnaires djihadistes n’ont été aussi meurtrières. Au Proche et au Moyen-Orient tout d’abord, en France, en Belgique et ailleurs, ce sont les populations civiles qui paient le plus lourd tribut.

Aux racines du massacre

Même si l’attentat du 14 juillet n’a pas été revendiqué, il semblerait avoir été perpétré au nom de Daech. Le scénario comme l’auteur du carnage ressemblent fortement aux précédentes attaques terroristes contre des « cibles molles » : un jeune niçois, français d’origine tunisienne ou de nationalité tunisienne mais résidant en France, connu pour des faits de droit commun, aurait choisi de perpétrer un carnage. Dans l’Hexagone, ce sont les zones les plus sinistrées, de banlieue parisienne, du Nord, de l’Hérault ou de la région niçoise, qui sont devenues les principaux bassins de recrutement pour les djihadistes. C’est le reflet, cauchemardesque, de décennies de ghettoïsation et de paupérisation, mais le gouvernement choisit d’y répondre en poursuivant la même logique et en l’approfondissant.
Par ses attentats, le djihadisme labellisé Daech alimente et creuse un peu plus les clivages structurés par le système capitaliste lui-même entre les exploité-e-s et les opprimé-e-s, au Proche et au Moyen-Orient, avant tout, mais aujourd’hui, également, dans les pays occidentaux. De façon spéculaire, avec une symétrie effrayante, l’impérialisme alimente le djihadisme qui, à son tour, sert sa logique tout en « l’affrontant ».
Dans la foulée du massacre de Nice, les médias dominants, plus voyeuristes que jamais, ne se privent pas, quant à eux, de donner la parole en continu à des responsables politiques de gauche comme de droite qui pointent du doigt « l’ennemi intérieur » et s’apprêtent à nous reproposer toutes les « solutions » les plus réactionnaires et liberticides pour contrer une menace qui plonge en réalité se racines dans une situation géopolitique et systémique dont l’impérialisme et ses relais sont les premiers responsables. Les « réponses » du gouvernement après les attentats de janvier 2015 n’ont pas évité ceux de novembre ni le carnage du 14 juillet. Elles alimentent en réalité une spirale infernale réactionnaire, qui, loin de nous protéger, menace d’enfermer nos vies dans la folie sécuritaire. Les organisations de la jeunesse et du monde du travail doivent mettre fin à cette fuite en avant en combattant cette logique sécuritaire et bonapartiste et en offrant des perspectives de façon à combattre la désespérance sociale qui nourrit, en dernière instance, les pressions réactionnaires à l’œuvre dans notre classe.

Une fin de règne qui pourrait s’accélérer pour Hollande

A court terme, après les discours triomphalistes de Cazeneuve sur la « sécurité garantie » pendant l’Euro et en dépit du passage en force de la Loi El Khomri au Parlement, malgré les trois jours de deuil national décrétés par Hollande, il n’est pas à exclure qu’une crise politique majeure s’ouvre, sur sa droite, pour l’exécutif après qu’il ait difficilement réussi à sortir de la crise sociale générée par la Loi Travail à l’origine du plus gros mouvement de contestation depuis 2010. Un tel attentat, jour de fête national qui plus est, remet en cause la capacité du gouvernement à répondre aux dangers du terrorisme qu’il était censé combattre. Il affaiblit encore davantage l’Elysée et pourrait transformer radicalement l’agenda politique et électoral en vue de 2017, ce qu’aucun des secteurs les plus lucides de l’establishment politique et patronal ne souhaite. Une fin de règne en pleine déliquescence pour Hollande, à la tête de la seconde puissance de l’UE, pourrait s’avérer catastrophique pour la bourgeoisie française et pour les bourgeoisies européennes, et davantage encore après le Brexit dont les conséquences n’ont pas fini de se dessiner et alors que les menaces d’un nouveau rebond de la crise financière se profilent.
Dans ce cadre, si la jeunesse et le mouvement ouvrier ne sont pas capables de dessiner les contours d’un vaste mouvement contre la guerre et ses conséquences, contre l’austérité et le chômage, contre le racisme, l’islamophobie et pour l’unité de notre classe autour de combats communs afin d’enrayer la fuite en avant des impérialistes et, en l’occurrence, du gouvernement français, alors à ce jeu-là, la politique et les discours de la gauche social-libérale, absolument carbonisée, et de la droite classique, ouvriront la voie à l’extrême droite réactionnaire, aux Trump et aux Le Pen de tout poil. C’est un signal de plus, tragique et meurtrier, de l’urgence de la situation.

Paris le 15/07/16, 13h.